Daniel Gildenlöw (PAIN OF SALVATION)

Le confinement. Ça paraît loin maintenant (en attendant le prochain). C’était en avril, nous avions décidé de solliciter quelques artistes de nos connaissances, pour faire le point sur le confinement, justement. Quelques artistes dont nous sommes fans, pour des interviews « à la cool », entre amis. Jørgen Munkeby (Shining), Toschie (Audrey Horne), Roy Khan (Conception) (ca vient !), et Daniel Gildenlöw aussi (petite infidélité à la Norvège !). Vous l’ignorez probablement, mais Daniel est bavard. Très bavard. On lui avait dit, et il était emballé, on parlerait du confinement, d’Hitler, de Star Trek, et puis peut-être aussi de Pain Of Salvation (à la rigueur). On a appris en discutant que le nouvel album de PoS, Panther , sortirait fin août (scoop mondial !). Mais ce n’était pas le but de notre entretien. Alors si vous cherchez des scoops (que nous avons eus avant tout le monde en avril), ce n’est pas ici. Mais si vous vous intéressez aux échanges véritables et sincères (et longs), vous êtes au bon endroit. Ça a duré plus d’une heure et demi. On aurait pu couper un peu, ne pas évoquer les nombreux rires, ça aurait sûrement perdu de sa saveur. La musique, les artistes, le metal…. c’est bien. Et puis derrière, il y a des gens comme vous et Daniel. Et c’est encore mieux. On commence avec la vie confinée en Suède… Daniel, c’est à toi, ça tourne !

Le confinement ? On a les mêmes soucis qu’ailleurs. Ici aussi, ce que les gens achètent le plus, c’est le papier toilettes. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi cela semble si important (rires) car c’est vraiment un sujet qui ne m’inquiéterait pas même si c’était, disons, l’apocalypse avec des zombies ! Je pense que la dernière de mes inquiétudes serait vraiment de savoir comment garder les fesses propres ! Je suis sûr que j’improviserais de façon satisfaisante ! C’est complètement stupide en pleine pandémie de voir que les gens se ruent en massent dans les magasins pour acheter du pq !

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Dans ma région, le taux de malades et de décès est le plus important du pays. Mais ça reste gérable. Les hôpitaux semblent faire face, c’est le plus important.

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Nous n’avons pas fermé nos frontières, mais je crois que l’on n’accepte plus beaucoup de vols. Quant au quotidien, tous les services indispensables à la vie sociale ont tenté de rester ouverts et accessibles. Il faut que chacun prenne conscience qu’il doit faire de son mieux, et agisse pour la collectivité.

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Curieusement, ce sont les personnages âgées, et donc à risques, qui ont le moins pris conscience de la situation. Ma mère me dit « Je vais en ville ! ». Je lui demande pourquoi donc ! De quoi a-t-elle besoin qui soit si nécessaire ? Elle me répond : « une canne » ! Je lui ai dit de rester chez elle ! (rires) Ce qui n’est pas du tout dans sa nature ! Alors je suis allé l’acheter pour elle. J’avais prévu de garder mes distances dans le magasin, de désinfecter la canne,…. et que vois-je en arrivant sur place ? Des vieux en train de faire leurs courses, comme si de rien était ! Et même trois chez le coiffeur ! Je pense qu’ils se se sont dit que s’ils devaient mourir, ce serait mieux avec les cheveux légèrement violets (rires) Quand je lui ai apporté sa canne, ma mère m’a annoncé qu’elle partait chez le coiffeur ! Je lui ai fait comprendre que ce n’était absolument pas une priorité ! (rires)

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Quand notre premier ministre, et même notre Roi, ont tenu leurs discours sur la gravité de la situation et comment il appartenait à chacun d’être responsable, de ne faire que ce qui était indispensable, certains ont compris « papier toilettes » et « teinture de cheveux » (rires) !

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Je suis presque sûr que tout le monde a attrapé le coronavirus chez moi. On avait tous les symptômes dès la première semaine. Bien sûr, ils n’ont testé que les personnes les plus gravement touchées. Ceux qui n’avaient que de faibles symptômes étaient invités à rester chez eux. C’est une bonne chose que le gouvernement agisse ainsi, en demandant à la population de coopérer. Cela responsabilise les gens. Ces mesures ont été bien accueillies. Je pense que cela aurait été différent si on avait imposé aux gens le confinement.Mais comme les médias le rappellent régulièrement, ce n’est qu’après la crise que l’on verra si on a fait le bon choix.

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Je suis resté chez moi presque tout le temps car j’ai contracté assez tôt ce que je pense être le corona. Il suffisait d’une simple toux pour qu’on nous demande de ne plus sortir. Et recevoir de l’Etat au bout de quelques jours une indemnité journalière. Elle est difficile cette interview car ce n’est pas un vocabulaire anglais que j’utilise généralement, d’habitude je ne parle que de musique ! (rires) J’ai un énorme manque de vocabulaire !! (rires) Au moins ça confirme que j’ai été un musicien toute ma vie ! (rires) J’ai fait très peu d’autres boulots ! J’enseigne la musique à des enfants de 10 à 15 ans. Au début je faisais des remplacements à l’école, puis on m’a engagé à temps plein mais je me suis rendu compte que l’emploi du temps n’était pas compatible avec le temps dont j’avais besoin pour le groupe. Deux jours de boulot dans la semaine, c’était le maximum que je pouvais donner ! (rires) J’avais bien un contrat de deux jours, mais répartis sur une journée complète et deux demi-journées ! Et ces demi-journées me prenaient en fait toute la journée ! Quand je rentrais après le déjeuner, je ne pouvais vraiment pas mettre à profit les trois heures de libre qui me restaient. Mais depuis la semaine dernière, j’ai enfin un nouveau contrat. Je n’avais pas repris depuis mon arrêt maladie, à cause des vacances de printemps qui ont suivi. J’ai recommencé à enseigner la semaine dernière. Dorénavant, je suis payé à l’heure… il faut donc que je gère mon emploi du temps, que je remplisse des formulaires sur un portail digital pour chaque heure faite, et…. Oh mon Dieu ! Je ne suis pas du tout fait pour ça !! (rires). Mon cerveau fonctionne assez correctement, mais dès qu’il s’agit de faire de l’administratif, il se met en erreur ! Je suis toujours dans l’action, et je suis persuadé que quand quelque chose ne marche pas, il faut agir et non pas remplir des formulaires ! Beaucoup de nos meilleurs professeurs n’enseignent pas parce qu’ils voudraient transmettre aux élèves et on leur demande surtout de remplir des tâches administratives. Ils voudraient être en classe, enthousiastes, mais ils ont peu de temps pour s’y consacrer car tout est trop organisé, cadré,.. C’est difficile d’enseigner quand on tue l’enthousiasme. Quand je vois tout ce que je dois gérer… pffff….

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Le dernier album de PAIN OF SALVATION, In the Passing Light of Day, remonte à janvier 2017. Qu’en est-il de son très attendu successeur, Panther ?

Il est au mastering aujourd’hui-même! J’avais enfin réussi à établir la tracklist, mais le label et le management m’ont demandé de bien vouloir la revoir. Alors on a perdu quelques jours… mais ça devrait le faire (rires). Tu sais, la musique de Pain of Salvation, c’est juste moi, et je développe à nouveau sur cet album une thématique, tant au niveau de la musique que des textes. C’est un processus un peu étrange d’essayer de trouver le moyen pour que tout s’enchaîne de la meilleure des façons. Mais pour des raisons marketing, pour la presse, pour le public, il faut réfléchir au premier titre de l’album tout en faisant en sorte que le concept se tienne,… C’est un peu comme si tu filmais dix scènes distinctes pour un film et que tu devais les assembler pour obtenir à la fois le meilleur effet et garder une cohérence. Il faut répondre à tous les besoins, alors que certains sont opposés. Et en plus à cause du coronavirus, tout s’est arrêté d’un coup alors qu’on approchait de la fin. Je devais me rendre à Stockholm pour le mixage, et s’ils n’ont pas vraiment confiné Stockholm, ça n’en était pas loin, pour mesurer le rythme de contagion, le taux de mortalité, et soulager la tension dans les hôpitaux. Pour toutes ces raisons, on n’a pas voulu y aller au moment prévu. C’est je pense la problématique principale de toute cette situation. Le problème, ce ne sont pas les risques que tu acceptes de prendre pour toi. Beaucoup ne comprennent pas les courbes d’expansion exponentielle. Trump est un bon exemple. Il regarde les chiffres et dit « C’est formidable, nous n’avons qu’un cas en amérique ! » (rires) Mais si tu regardes les courbes et le taux de propagation de la pandémie, c’est peut-être vrai, mais ça n’a aucune importance parce que ce que tu regardes, c’est le passé ! Ce facteur exponentiel est vicieux, car ça commence tellement doucement ! Beaucoup ne le comprennent pas. Pas même Trump d’ailleurs, même s’il a déclaré qu’il était celui au monde qui analysait le mieux ces courbes (rires). C’est fantastique ! (rires) Qui savait qu’il était aussi diplômé en maths ? (rires) C’est tellement évident, bien que je ne sois pas une personne à risque, je peux être un nœud du filet des gens qui propagent le virus. En février en Suède, on a une semaine de pause dans les écoles qu’on appelle sport breaking, et généralement les jeunes vont skier. Quand j’étais jeune, on allait tous skier dans le nord du pays, on y allait en voiture… mais aujourd’hui, ils vont en Italie, en Suisse… Cette année le gouvernement leur a dit, sans imposer, que ce n’était pas judicieux d’aller en Italie compte tenu de la situation. Mais ils y sont allés ! (rires) Parce qu’ils ne comprenaient pas les courbes de propagation exponentielle ! Ils n’ont rien vu venir. Ils y sont donc allés, en prenant le risque, mais sans comprendre qu’ils pourraient causer la mort de leur grand-père ou de leur grand-mère quatre semaines plus tard. Et même plus tard, ils ne comprendront pas le lien, car la chaîne est trop longue. Envoyer tous ces gens en Italie au tout début de l’épidémie, c’était dramatique. Tous les premiers cas avérés ont eu un patient zero qui revenait d’Italie. Mais il y a aussi une une fille en provenance de Chine, qui a été extraordinaire ! (rires) La seule au monde probablement ! Dès le premier symptôme, elle s’est auto-confinée ! Elle s’est fait livrer sa nourriture, elle a réussi à appeler une ambulance, et à la fin elle a réussi à ne pas transmettre le virus ! Pour moi, c’est un héros !

Sortir un album est généralement suivi d’une tournée. Ce confinement pourrait-il repousser la sortie de l’album ?

Non, ca fait tellement longtemps qu’on travaille dessus, on a enfin trouvé une date de sortie, et on ne patientera pas une année de plus pour le sortir au motif qu’on ne pourra pas tourner. Ce qu’on fait, en fait, c’est qu’on ne change pas la date de sortie, mais comme on a écrit plus de titres que ceux qui figurent sur cet album, on va travailler beaucoup plus rapidement que d’habitude sur le suivant puisqu’on ne pourra pas tourner. Cette année est désastreuse, mais nous sommes des musiciens, on est habitués. Chaque année est désastreuse ! (rires) C’est pour ça que c’était vraiment bizarre, je suis désolé de revenir encore sur le coronavirus, mais on était tous chacun chez soi et… (rires) tous nos amis nous disaient « Oh mon Dieu, comment allez-vous faire ? Vous devez rester cloîtrés chez vous, travailler sur ordi, vous ne pouvez pas sortir, faire la fête, vous ne savez pas quelle sera votre situation financière… », alors je leur répondais : « Bienvenue dans mon quotidien ! » (rires) Et ça fait trente ans que ça dure ! (rires) Ils avaient l’air surpris ! (rires) : « Tu veux dire que ta vie de tous les jours c’est le confinement, c’est ça ? (rires) ». Bah oui, le plus souvent je suis chez moi, je compose sur mon ordi, et quand ce n’est pas la cas je sors dans la nature, j’habite à la campagne. De temps en temps on prend la voiture pour aller faire des courses. Ma femme travaille à la radio. Mon quotidien n’a pas changé. J’ai juste perdu mes deux jours d’école parce que j’étais malade ! Ah oui, j’ai aussi entendu cette experte suédoise en je ne sais quoi, qui a dit « Préparez-vous à un été chiant ! » (rires). Comme si ne pas pouvoir se rendre à l’étranger, devoir rester enfermé chez soi, définirait ce que serait notre vie ! C’est sûr, il va y avoir des contraintes, mais rien qui fasse que notre vie devienne ennuyeuse ! Jamais aucune génération avant la notre n’a eu accès à une telle multitude de films, de séries TV, de livres, de sources de savoir,… on peut apprendre cinq langues si on le veut ! Et on peut observer la nature. Je comprends bien que tout le monde ne vit pas à la campagne, mais quand même, il y a des choses à découvrir partout, où que l’on habite ! On peut aussi communiquer par skype, facetime, avec les gens qu’on aime ! Je comprends ce qu’on peut ressentir de prime abord, mais d’un autre côté on n’est pas sans rien. Bien sûr, il y a beaucoup de choses que l’on ne peut plus faire, mais jusqu’à relativement récemment ce sont des choses qu’on ne pouvait pas faire non plus : prendre un avion et parcourir le monde juste pour le plaisir par exemple. C’est un loisir très récent. Je suis sûr qu’on peut réussir à s’en passer pour un été. Deux même, s’il le faut !

Le plus gênant, c’est quand on ne peut pas voir ses proches.

Oui, on vit ça aussi car la famille de Johanna (la femme de Daniel – ndr) vit dans le nord, alors que la mienne est ici. Sa famille est plus « sociable » que la mienne, du coup ne pas pouvoir se retrouver est vécu différemment. Mais je me suis rendu compte… je joue beaucoup sur PS4 en ce moment (rires), les jeunes dans la famille discutent, échafaudent des plans, des stratégies, sur différentes phases de jeu… et pour Pâques on a fait une session sur skype, avec cinq branches différentes de la famille, on a mis ça sur la télé, avec des compétitions, des quizz, etc. C’était cool, la plus jeune sœur de Johanna est super douée pour organiser ce genre de truc ! C’était super sympa.

La prochaine, et pire, étape serait une panne mondiale d’internet !

(rires) Oui !!! En fait j’attends qu’une des victimes de la covid se relève et qu’on ait une sorte de zombie apocalypse ! (rires) C’est vraiment le seul truc qui manque, non ? (rires)

dolly partonComment va Hitler ? Il t’a causé des soucis récemment ?

(sérieux) Oh non…. (rires) Ah ok, ton sens de l’humour est vicieux, mais j’ai compris…(rires) Je ne sais pas pourquoi, mais il y a un côté en moi qui est… je ne dirais pas « énervé » par facebook, mais qui a envie de titiller, de provoquer (rires). Car ce n’est tellement pas moi, répondre à des chaînes ou publier sur le mur de mes amis pour les inviter à jouer. Je pense (rires) que j’aime réagir dans le contexte ! Et quand… (rires) tous les jours quand j’ouvre FB et que je vois que des gens publier des statuts demandant « devinez à quel concert je n’ai pas assisté ? »…. J’adore les gens, vraiment, mais savoir quels concerts ils ont vus ne m’intéresse pas forcément ! Ce sont juste des trucs qu’on fait, ça ne dit rien sur qui on est. Je ne sais pas pourquoi, mais il a fallu que je publie ma propre version pervertie de ce statut ! (rires) Dans ce genre de statut, actuellement on demande dix artistes, mais à ce moment-là c’était six. Je ne sais pas qui a eu l’idée de six. Probablement quelqu’un qui n’avait vu que cinq concerts dans sa vie ! (rires) Mais bon, il fallait donner six noms d’artistes dont un était faux. Alors je l’ai fait ! Et j’ai écrit « Dolly Parton / Dolly Parton / Dolly Parton / Dolly Parton / Hitler / Dolly Parton » (rires) ! Ce qui était complètement stupide ! (rires) Mais parfois, même en publiant en mode « public », tu sais d’avance qui va rire ! Et je savais que Gustaf, notre bassiste, trouverait ça hilarant ! Je l’ai donc posté, et un ami qui voulait répondre me dit qu’il ne trouve plus la publication d’origine ! Je suis allé voir sur ma page, elle était toujours là, mais plusieurs amis ne la voyaient plus. Deux semaines passent, je continue à bosser sur l’album sans y penser, et puis un jour je suis pris à nouveau de cet étrange sens de l’humour (rires) et je me dis qu’il faut que je m’excuse, que c’était stupide, que je vais rectifier tout ça en publiant une version à jour, et donc je publie ma nouvelle liste : « Dolly Parton / Dolly Parton / Dolly Parton / Dolly Parton / Not Hitler / Dolly Parton » ! (rires) Peut-être que sans le coronavirus cela ne serait pas arrivé ! (rires) On rencontre des gens avec le même état d’esprit, ou le même sens de l’humour, et ça fait sortir ce genre de choses ! FB peut sembler comme un bon moyen de communiquer avec les autres, mais pour ça personnellement j’envoie plutôt des textos. Mon FB, c’est un mélange assez bizarre d’amis et de fans. J’ai toujours essayé d’organiser les choses dans des boîtes dans mon esprit, mais je ne suis jamais parvenu à organiser mon FB ! Au début je me suis dit que je n’aurais que mes amis comme… amis ! Et puis j’ai accepté des collègues, qui n’étaient pas des amis à proprement parler, mais un peu quand même (rires) ! Et puis à un moment donné il y a eu ce fan qui était un peu comme un ami aussi… et puis toutes ces frontières se sont un peu mélangées. Donc il y a un peu une sorte de collection bizarre de tout le monde aujourd’hui dans mes « amis FB » ! (rires)

Oui, FB est un outil de communication intéressant, mais finalement, tout le monde n’y parle que de lui.

Oui…

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Je reviens deux secondes sur la liste de concerts auxquels tu as assisté (ou pas). C’est le genre de question qu’aurait tout à fait pu poser le gardien du pont dans Monthy Python sacré Graal !

(rires) Ouiii.. « Dolly Parton ! No !! wait !!!! HITLER ! Pshewwww !!!! » (rires) J’ai lu dans un livre assez amusant un jour qu’au tout début, les gens lisaient les infos pour savoir ce qui se passait dans le monde, et puis avec le temps au fur et à mesure qu’ils devenaient de plus en plus autocentrés, ils cherchaient à savoir ce qui se passait près de chez eux, et de plus en plus à savoir ce qui les concernait directement, et à la fin tout le monde s’est réjoui de l’arrivée des réseaux sociaux car c’est un réseau d’information qui ne parle que d’eux (rires). Ça résume tout, non ? (rires) Ce qui est bizarre c’est que je me rends compte aujourd’hui que depuis quelques années quand c’est l’anniversaire d’un de mes amis je l’appelle, mais je me dis aussi « Peut-être que je devrais aussi lui souhaiter son anniversaire sur FB ? » (rires), parce que les gens ne vont pas me voir et peut-être penser que je m’en fous ? Ou peut-être faudrait-il que je publie : « Je l’ai appelé ! ». C’est super bizarre ! Ça n’existait pas avant ! J’ai aussi un ami (deux en fait!) qui ne sont pas sur facebook, et jamais auparavant ils n’ont été autant hors du système ! A chaque fois qu’on se voit, ils n’ont aucune idée de ce qui se passe au quotidien ! (rires) Ne pas avoir FB, c’est ne pas savoir ce que font tes amis. C’est ici que tout se passe. Dans la vraie vie, on ne s’appelle pas pour se dire ce qu’on a fait dans la journée !

Ce média est devenu une sorte de tyrannie. Mais c’est le monde dans lequel on vit qui devient chaque jour plus étrange. Tu as vu ce qui s’est passé avec le film SPLASH ?

Non !

splash

Dans la version disponible désormais sur le site de streaming Disney+, il y a une scène où à l’origine Darryl Hanna est nue, de dos. Ils ont rallongé ses cheveux pour masquer ses fesses !

(rires) Ce sont sûrement pour des raisons artistiques, le film sera encore meilleur, non ? (rires) C’est complètement stupide….

C’est le monde d’aujourd’hui. On perd chaque jour un peu de liberté…

Oui, le truc c’est qu’en tant que parent c’est très déroutant ! C’est comme lorsqu’ils indiquaient l’âge requis pour voir une émission ou un film. Je me souviens qu’il y avait un épisode d’une série que je suivais, Tales from the loop, dont je me demandais si je pouvais le montrer à mes enfants parce qu’il était indiqué « 18 ans ». Je me demandais vraiment ce qui pouvait bien se passer dans cet épisode pour ce signalement ! 18 ans quand même ! Ils décapitaient quelqu’un ou un truc du genre ? C’était visuel ? Parce que d’un autre côté mes enfants jouent tous à Fortnite, qui est déconseillé aux moins de 12 ans, et ils passent leur temps à dégommer des gens, à se balader le couteau à la main.. Je n’aime pas ça, je n’aime pas la façon qu’ils ont de militariser les gens. Viser les gens dans la tête, et crier « Headshot ! Headshot ! », vraiment ça me dérange. Alors je me demandais ce qui pouvait bien se passer dans cet épisode interdit au moins de 18 ! Et en fait il y avait des scènes de sexe… On apercevait un bout de téton, et on les voyait faire l’amour assez loin de la caméra… c’était même assez beau, et surtout pas dégoûtant. Juste une scène d’amour. Je me suis dit : « C’est ça 18 ans ? ». Tandis que tirer dans la tête…. Je ne comprends pas ça. Un bout de fesse, c’est tendancieux ? Je ne comprends pas…

C’est tout le problème. Qui décide de tout ça ? Qui décide un jour que dans la cantina, Han Solo n’a pas tiré le premier ? Qui décide de la morale pour le monde entier (car c’est le cas aujourd’hui) ? Qui décide de ce qui est bon ou pas, de ce qui est juste ou pas, de ce qui est moral ou ne l’est pas ?

C’est bizarre…. C’est d’autant plus bizarre quand les règles imposées n’ont pas de sens ! Les fesses de Darryl Hannah ? Quel cerveau va être détruit par cette vision ? Non mais franchement ???

En plus, on sait très bien que c’est une sirène !

(rires) C’est vrai ! (rires) Mais c’est ça sûrement, il faut ajouter des cheveux aux poissons ! (rires)

Tu es plus Star Wars que Star Trek, j’ai cru comprendre…

Le fait est que… tu te souviens, quand on était enfant, il fallait choisir quel style musical on aimait, et forcément on ne pouvait en choisir qu’un ! C’est un peu ce que j’ai vécu avec Star Wars et Star Trek. On ne pouvait pas aimer les deux. En fait je les apprécie tous les deux, mais pour des raisons complètement différentes. C’est facile de faire des raccourcis, et de se dire que les noms sont similaires, que ce n’est que de la science fiction dans l’espace… mais ça n’a rien à voir. Star Wars, c’est du divertissement pur. C’est comme une version spatiale de Pirates des Caraïbes. Je pense vraiment que le premier Pirates des Caraïbes est ce qui se rapproche de plus de la trilogie d’origine de Star Wars. C’est divertissant, c’est rythmé, vif, il y a des dialogues un peu simplets, des contrastes, des oppositions entre les personnages,… et on les aime tous ! C’est pareil avec Darth Vador ! Il est le méchant, mais on l’aime comme ça ! Il ne fait pas peur ! L’Empereur, bon ok, un peu !

Moi, il me faisait peur en 77 !

Oui, ok il fait un peu peur, mais on aime être effrayé ! Ce n’est pas comme s’il allait t’empêcher de dormir ! On vivait avec ! Bon, bien sûr, ça dépend de l’âge que tu avais à l’époque ! Mais Pirates des Caraïbes m’a vraiment fait la même impression. Il y a ce type un peu fou, imprévisible, à la Han Solo, et puis le héros qui tente de bien faire, comme Luke, et puis la princesse qui est belle mais qui a aussi du caractère. Elle n’est pas en reste par rapport aux gars ! (rires) Et puis il y a le vilain, et les encore-plus-vilains ! Et puis il y a aussi ce twist assez intelligent à la fin. C’est un film d’aventure. Et je pense que Star Wars est aussi fondamentalement un film d’aventure. C’est pourquoi je ne suis jamais rentré dans Rogue One. J’aime beaucoup Eagle Nest aussi, et les Canons de Navarone…Je ne suis pas trop sûr du titre pour Eagle Nest car je traduis du titre suédois…

C’est celui avec Richard Burton et Clint Eastwood, non ? (Quand les aigles attaquent)

aiglesProbablement, oui, j’étais jeune quand je l’ai vu. Ce sont des films sérieux, avec un enjeu, une tension…J’adore l’aventure dans Star Wars, mais quand le film t’entraîne sur le terrain du drame militaire, même si je comprends la démarche je trouve le contexte assez absurde. J’apprécie qu’ils se plongent complètement dans cette ambiance, mais garder alors l’univers de Star Wars, pour moi, ça n’a pas de sens. Ce n’est ni l’un, ni l’autre. Je ne suis pas du tout entré dedans, d’autant qu’ils n’ont rien fait des personnages non plus. Alors ils ont dit « On n’avait pas le temps ! » ! (rires) Ils n’ont pas eu le temps de construire les personnages ? Parce qu’ils n’avaient pas assez d’un film pour le faire ? Quelqu’un leur a répondu : « Généralement, c’est tout ce qu’on vous donne quand vous faites un film ! » (rires). Après, chacun ses goûts, mais le premier film de la dernière trilogie, dès la première scène avec Rey, son personnage est établi quand on la découvre dans cet énorme vaisseau écrasé. Ça suffit pour poser un personnage. On sait où elle est, ce qu’elle fait,… Si on le veut, on crée rapidement un personnage. Star Trek, d’un autre côté, c’est beaucoup plus ringard ! Ne te méprends pas, je ne dis pas cela en mal, j’aime beaucoup ! (rires) Bon, la première série, je n’arrive pas à regarder plus de quelques épisodes ! C’est tellement cheap et Kirk, oh….. (rires) Je sais que les gens vont me détester, mais c’est tellement un mauvais acteur ! Il surjoue tout le temps ! C’est comme Joey dans Friends ! (rires) Je vois vraiment Shatner comme ça. S’il est triste, il va dire (voix grave) : « Je….suis…. tellement… TRISTE…. » (rires). « Je suis trop à fond… Mon regard est trop pénétrant…même si j’ai beaucoup trop de maquillage… » (rires) Mais bon, ce que j’apprécie quand même, même si je ne peux pas voir plusieurs épisodes à la suite, c’est que la série cherche toujours à soulever des questions philosophiques. Et quand bien même ça se déroule dans l’espace, tout tourne autour de l’humain, de l’humanité, de questions éthiques, de points de vue opposés, avec des réflexions toujours intelligentes. J’aime beaucoup cela. Je n’étais pas fan de Star Trek quand la série était diffusée, je pense que je m’y suis intéressé à partir de The Next Generation, et c’est la série vers laquelle je reviens toujours, avec ses thèmes sur l’acceptation, l’écoute et la compréhension des autres, le pacifisme, et surtout la nécessité pour l’humanité d’être unie. Depuis j’ai regardé les anciennes séries, les plus récentes, et la seule que je n’ai pas pu regarder c’est Discovery. Elle cherche trop à être cool. Pour moi c’est comme Rogue One. Trop cool. L’angle philosophique n’est plus là. Le problème n’a jamais été de savoir si une race extraterrestre était crédible ou pas, car aucune ne l’a jamais été (rires). Je me suis toujours demandé pourquoi la différence entre les multiples espèces qui peuplent l’univers tenait toujours à la forme de leur front ! (rires) C’est complètement idiot ! Mais au bout d’un moment, j’ai compris que cela n’avait aucune importance. C’est juste un moyen visuel pour montrer qu’ils ne sont pas humains. Que nous sommes différents. Ce sont de symboles. Et je comprends ça, shatnerje l’apprécie. Dans Discovery, ils essaient de tout rendre « crédible », plus convaincant… J’ai bien aimé Picard en revanche. Mais c’était lent. Beaucoup ont critiqué le premier épisode parce que Picard est vieux, qu’il ne peut plus être un héros, mais je n’ai pas trouvé. Il est toujours en forme pour son âge. Picard n’a jamais été un héros physique. Il a toujours fait preuve de noblesse, et c’est ce que j’apprécie chez lui. Ce que j’ai aimé aussi, c’est ce qu’on ne retrouve plus que rarement dans les séries TV de nos jours où aucun personnage ne peut être foncièrement bon. Il faut toujours qu’il chute à un moment donné. Tant de sitcoms ou séries dramatiques ont commis cette erreur je trouve, avoir un personnage auquel le public aime s’identifier traverser des passes difficiles et devenir un vrai connard. Comme si sous la pression tout le monde devait devenir un connard ! Je n’y crois pas. Je pense qu’il y a des gens qui tiennent bon, quelle que soit la situation à laquelle ils sont confrontés.

Et Patrick Stewart est vraiment l’homme de la situation ! Quel acteur !

(rires) Tu as absolument raison !

Tu as regardé The Mandalorian ?

Nooon !!! Oh…. c’est vraiment la plaie ce qu’on vit aujourd’hui ! On peut tout streamer, on n’a plus besoin d’acheter de dvd, et c’est génial ! C’est aussi un excellent moyen de lutter contre le piratage qui s’était développé. « Rendons les chose si simples que les gens trouveront plus facile de payer que de télécharger illégalement ! ». J’ai trouvé ça génial, j’ai applaudi des deux mains ! Le problème, c’est qu’aussitôt tout le monde a voulu avoir sa part du gâteau, du coup Disney a retiré ses produits de Netflix,… et on arrive aujourd’hui à une situation où il faudrait s’abonner à une centaine de sites pour tout voir ! Mais personne n’en a les moyens ! C’est terrible d’exclure des gens parce qu’ils n’ont pas les moyens financiers de prendre plusieurs abonnements. Et pire encore, c’est physiquement impossible pour moi de regarder certaines des séries que je voudrais voir ! C’est la cas par exemple pour The Mandalorian. Si je veux pouvoir le voir légalement, je vais devoir déménager à l’étranger ! Ils l’ont mis sur Disney+, mais Disney+ n’est pas visible partout. Je suis chez moi, je suis prêt à payer pour le voir, mais il n’y a pas d’offre ! Et il n’y a même pas de moyen de se le procurer physiquement comme dans le passé. Avant je pouvais commander des séries TV en VHS en import par exemple, ce n’est plus le cas aujourd’hui ! Je suis géographiquement empêché ! (rires) Ca me tue ! Il y a une autre série que je suis prêt à acheter pour la regarder, disponible sur Amazon Prime, mais j’habite dans le mauvais pays. Il faudrait que j’habite aux Etats-Unis pour l’acheter !

C’est quelle série ?

People of Earth. Je n’ai vu que quelques épisodes en avion, et j’ai adoré. Il y a un acteur suédois dans la série, ca m’a surpris, deux saisons sont disponibles sur Amazon Prime, mais je ne peux ni les regarder ni les acheter ! Je ne comprends pas ! Et elles ne sont pas disponibles en dvd non plus. Je n’ai absolument aucun moyen de les voir. Je ne comprends vraiment pas cette façon de faire.

Ce monde est fou (encore).

C’est comme pour iTunes. Si l’industrie de la musique fonctionnait de la même façon, on ne trouverait que les artistes Apple sur iTunes (rires) « Bonjour, je voudrais écouter cet artiste, j’adore leur dernier titre. » « Oh, nous sommes désolés mais vous le trouverez sur la plateforme Sony ! » (rires) « Donc je ne peux pas écouter cet artiste avec mon abonnement chez vous ? » « Non, désolé. » Imagine tu vas chercher un livre à la bibliothèque et on te demande quel est l’éditeur, pour t’entendre dire qu’il faut que tu ailles dans une autre bibliothèque !

On pourrait imaginer la même chose pour les disquaires !

Oui, « ah non, désolé, vous trouverez ce disque au Sony Store ! » (rires). En y réfléchissant bien, ça aurait plus de sens pour des produits vendus physiquement. Ce serait chiant, mais à la rigueur… Mais pour des produits dématérialisés… franchement, c’est tellement facile de les vendre en un endroit unique ! On paierait pour les avoir ! On ne peut pas tous avoir une quinzaine d’abonnements de streaming différents. Je pense à certaines séries que j’ai suivies, comme Big Bang Theory par exemple, j’achetais toutes les saisons en dvd, puis en bluray, et puis le jour où elles ont été disponibles en streaming, je me suis dit que je n’avais plus besoin de les acheter physiquement. C’était ok pour moi. Et un jour elles ont été retirées de l’offre de streaming ! Alors je me suis dit que finalement il faudrait quand même que j’achète les derniers BR ! (rires) Mais je ne suis même pas sûr d’en avoir envie, sortir les disques des boîtiers pour les mettre dans la PS4, avec le ventilateur de la console en fond… J’aimerais que tout soit accessible sur un seul endroit. J’ai bien aimé l’offre d’AppleTV à son démarrage, tu pouvais acheter les films ou les séries que tu aimais, mais malheureusement on n’y trouve pas tout.

spotify

Tu penses la même chose des offres musicales ?

Oui, 99 % de mes achats se font sur iTunes. Je suis aussi abonné à Spotify, mais je n’aime pas la qualité du son. Je ne sais pas s’ils passent les fichiers dans des multicompresseurs ou s’ils diffusent des mixages différents, mais toutes mes chansons préférées sonnent différemment sur Spotify. En moins bien. Je pense à des titres de Tori Amos qui sonnent vraiment mal, comme une mauvaise compression MP3. Mon moment préféré sur « Believer » d’Imagine Dragons n’est juste même pas là ! Et je pourrais donner quantité d’exemples, j’écoute les titres sur iTunes et puis sur Spotify pour vérifier… Au final, je découvre les titres sur Spotify, et je vais les acheter sur iTunes ! (rires)

Et les vinyles alors ?

J’ai toujours aimé les vinyles ! Je pense qu’aujourd’hui la majorité des gens écoutent la musique en streaming ou dématérialisée, mais ils achètent le vinyle pour sa nature. Souvent parce que ce sont des audiophiles qui ont l’équipement adéquat chez eux… ça a le charme du grain des vieilles photographies, cette sorte de vernis naturel. Quand j’écoute des vinyles, c’est un peu un rituel. C’est plus que la simple écoute de la musique, c’est un contexte. C’est plus intense. Poser l’aiguille, la soulever et la reposer avec précaution pour changer de titre,… c’est un peu comme savourer son whisky ou son Cognac favori, avec un cigare… mais l’important ce n’est ni le cognac ou le cigare, c’est l’atmosphère. Les vinyles procurent ce que les cd n’ont jamais pu donner. Le cd est peut-être le produit le moins sexy jamais produit ! (rires)

J’en viens à ma dernière question !

Je parle trop ! (rires)

Pas du tout, ça va me permettre de garder mes 27 autres questions pour la prochaine fois !

Ok, cool ! (rires)

Evoquons un peu ce nouvel album, Panther, tu as dit que tu avais utilisé l’autotune sur un titre, et que tu cherchais à chanter mal pour voir ce que la machine ferait de ton chant ? C’est ça ou j’ai mal compris ?

Il fallait que je chante mal, oui, mais avec précision ! Je t’explique ! Je faisais une démo pour une chanson, et juste pour que ce soit plus net et plus facile, j’ai mis l’autotune sur les pistes d’harmonie. Et l’une des versions lead de ce morceau s’est retrouvée sur ces pistes, et… ça c’est tout à fait moi, à force de l’écouter elle est devenue une partie à part entière de la chanson. Quand on chante trop vite ou qu’on modifie un peu la mélodie, autotune le rectifie en ajoutant ces petits artefacts qui sont un peu des erreurs de la machine. J’adore l’imperfection d’effets supposés être parfaits ! (rires) Mais malgré tout ça restait une démo, et les paroles n’étaient pas les bonnes, donc j’ai décidé de réenregistrer la même chose avec le bon texte parce que je bloquais sur ce passage à chaque écoute…. J’ai eu toutes les peines du monde à reproduire l’erreur initiale de la machine, je modulais la vitesse de mon chant, puis le ton, haut, bas, et ça ne marchait pas, trop de ceci, pas assez de cela…. franchement, j’ai passé toute une longue soirée à tenter de chanter de manière imparfaite, oui, mais de la façon exacte qui avait été capturée sur la démo ! (rires) L’erreur ponctuelle la plus élaborée ! (rires) Mais j’aime ça, et puis c’est assez typique de Pain Of Salvation en général. Quelque chose qui peut paraître réfléchi, élaboré, étudié… n’a pu prendre que trois minutes à réaliser. Et puis d’autres passages qui peuvent paraître un peu bancals ont pu me prendre toute une journée, voire plus ! Et personne ne le saura jamais (rires), mais il faut que je le fasse ! (rires). Il y a une chanson sur l’album dont ma version préférée est la démo du chant qui a été faite en une prise. Pas avec les bonnes paroles, mais ce sont celles que j’ai gardées car je suis tombé amoureux de cette version. Mais il y a sur cette chanson un mot, « cause »…, placé au début d’une phrase, et bien j’ai fait 88 prises de ce simple mot ! (rires) Les 88 étaient pas mal, mais.. c’est sûrement le problème quand on passe trop de temps sur quelque chose, au bout d’un moment tu n’obtiens plus rien de bon. Je suis toujours à la recherche de la prise magique, et c’est rarement celle la mieux chantée, celle la mieux articulée ou prononcée, c’est celle que tu ressens en toi quand elle sort. Je le sais tout de suite. Mais là ça ne venait pas ! Alors j’ai commencé à compter car je me suis rendu compte que ces 88 prises auraient toutes pu être gardées. Ça s’est fait en trois sessions, car j’ai changé les paroles deux fois. Et c’est donc seulement sur cette troisième session d’enregistrement, que j’ai gardé les prises qui me convenaient, et il y en avait 88. A la fin, j’ai gardé la 86ème ! (rires) Mais j’ai toujours un peu de regrets, je suis sûr que si j’avais eu quelques semaines de plus, j’aurais pu sortir quelque chose de plus satisfaisant. Ce conflit entre perfection et imperfection est vraiment typique de Pain Of Salvation et de moi.

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Ca veut dire qu’à l’avenir, à chaque fois que tu écouteras cette chanson, tu repenseras au 87 autres versions ?

(rires) Je vais les mettre en bonus tracks ! (rires) Il m’est arrivé un truc… Quand tu n’as qu’un seul mot à enregistrer, tu te prépares et tu appuies sur la touche record, et avant de crier « Cause !!!! », tu inspires, et j’ai tellement inspiré profondément que rien n’est sorti et qu’ensuite je n’ai fait que tousser ! C’était une bonne prise aussi dans son genre, je l’ai gardée ! Et sur un des refrains, que j’ai longtemps travaillé, à un moment j’ai réalisé en la faisant qu’une prise était LA bonne, tu le sens quand tu sais ce que tu cherches et que tu as longtemps bossé dessus, j’ai ressentis ce « Yes ! Ca y est !!! » J’étais super heureux !! Et là mon téléphone sonne. Bien sûr, il est connecté en Bluetooth à l’ordinateur, et donc la sonnerie se déchaîne à fond dans mon casque ! Et j’ai perdu immédiatement toute ma concentration… (rires) et dans l’enregistrement tu entends « Pfffff……….. » (rires)

En réécoutant tout ce que tu as pu enregistrer, tu serais plutôt sujet à trouver des sources d’insatisfaction dans ta musique ou dans ton chant ?

Ca sera différent selon les chansons. Je n’arrive jamais au point où je suis totalement satisfait de ce que je fais. Mais d’un autre côté, je ne sais pas s’il faut vraiment y arriver. Ça fait partie du voyage musical. On vise forcément cette crête, le pinacle de ce que tu penses être capable de produire de mieux… Je pense qu’il y existe pour chaque chanson une version parfaite, c’est juste qu’elle n’a pas encore été jouée. Quand j’ai une chanson en tête, je redoute toujours de passer au stade de l’enregistrement, car je sais que c’est la première étape vers l’insatisfaction. Quand on était jeunes, c’était l’inverse. On était tellement satisfaits de pouvoir enfin entrer en studio et enregistrer, pour donner vie à notre musique. Mais au fil des ans, je me rends compte que les meilleures interprétations sont celles qui resteront dans ma tête. Et je peux les écouter à tout moment ! (rires) Et puis je passe tellement de temps à essayer de me rapprocher au plus près de ce que j’ai en tête, et j’adore ça car des choses inattendues viennent toujours se greffer en chemin. J’aime aussi cette forme de hasard. Qui nourrit d’ailleurs aussi tous les conflits que je dois gérer en faisant un album. Une partie de moi se bat pour que tous les détails soient là, tandis qu’une autre attend avec force l’inattendu qui va tout chambouler.

Ca fait un grand spectre, depuis « l’inattendu » jusqu’à « 88 prises pour un seul mot » !

Oui. D’un côté tu mets tout en œuvre pour obtenir ce que tu veux, et là il faut contrôler tout l’environnement, te contrôler toi-même, tout ! Mais pour laisser la porte ouverte à l’inattendu, il faut relâcher ce contrôle. Il faut constamment trouver l’équilibre entre ces deux stratégies opposées. Il faut rester ouvert à tout ce à quoi tu n’avais pas pensé, et ce que les autres peuvent te proposer Il faut essayer constamment. J’en reviens à ce passage à l’autotune. Je n’avais rien prévu. C’est juste arrivé. Parfois les choses ne se passent pas comme prévu, une machine défaille, ou encore tu changes les réglages juste pour voir que qui va se passer,.. c’est à ce moment qu’il arrive que quelque chose que tu n’attendais pas prend vie. Mon titre préféré sur l’album s’appelle Restless Boy, je voulais que la batterie soit très sèche, qu’elle sonne différemment. Ce n’est que Daniel Bergstrand qui une fois en studio a asséché le son sur ce morceau au-delà de ce à quoi nous nous attendions, et lui a donné une atmosphère très différente du reste de l’album. Tout s’est mis en place, et c’est vraiment cool car c’est le son global du morceau qui a été impacté.

La conception de cet album a une fois de plus été un grand voyage.

Oui, tout à fait, et parfois même beaucoup trop long. La plupart des chansons ont déjà deux ans. Mais on est partis en tournée, je me suis concentré sur l’enseignement, et des mois sont passés. A tel point qu’on aurait pu finir par se lasser de cet album. J’ai dit à mon label « Ça fait des années que j’ai la tête dans le c** de cet album ! » (rires), et il m’arrive de ne plus savoir dans quelle direction aller, alors je m’en éloigne et j’y reviens un peu plus tard avec des oreilles et des yeux frais. Cet album a plutôt été une succession de voyages, dont chaque étape a été intéressante. Je ne sais pas si tu as vu sur Instagram, mais j’ai vraiment apprécié me rendre dans cette cabane que nous avons dans le nord, pour y enregistrer le chant. C’est une des récompenses de cet album d’avoir pu m’y rendre et y passer ce temps. Il y a au moins une chanson, et les paroles d’une autre, qui viennent directement de l’expérience que j’y ai vécue.

Ce n’est pas là-bas que tu as enregistré les 88 prises dont tu parlais tout à l’heure ? Avec la serviette sur la tête ?

blanket(rires) Ahah, non c’était chez moi ! Je ne pense pas que j’aurai tenu 88 prises là-dessous ! Mais ca a été un souci d’une certaine manière, car j’ai enregistré le chant dans deux endroits différents et en écoutant l’album j’entends les deux prises, faites en deux endroits différents, qui ont servi pour un même titre. J’enregistrais le chant dans cette cabane, dans un environnement très sec, isolé, silencieux, une pièce unique avec deux lits, donc avec peu d’espace dans le rendu. Il a fallu que je le reproduise chez moi, parce que bien sûr entre-temps j’ai réécrit des paroles et je devais réenregistrer une phrase… et c’était impossible ! Parce que ta voix change d’un jour à l’autre, déjà, et malgré le même équipement parfois même dans la même pièce tu n’arrives pas à retrouver le même son, d’autant plus si plusieurs mois se sont écoulés. Les pièces n’avaient rien à voir. J’ai encore perdu beaucoup de temps ! Bon, je pense que tu ne t’en rendras pas compte, mais à chaque fois que je l’entends, même si la musique passe en fond, je lève toujours la tête ! (rires)

Eh bien Daniel, merci beaucoup, je vais avoir un peu de boulot pour tout retranscrire !

Oui ! (rires) C’était bien cool. Ça fait longtemps que je n’ai pas donné d’interviews car j’étais pris avec l’album, donc c’est un peu comme un échauffement pour moi ! (rires) Pour les interviews qui viendront avec la sortie de l’album.

Tu as la date de sortie ?

Oui, si rien ne se passe, et il n’y a pas de raison pour que quoi que ce soit arrive, ce sera le 28 août. Mais je suis déjà sur le prochain album, dont la moitié est déjà prête.

Cool ! Prend soin de toi, et à très bientôt !

Toi aussi, bye !

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