PAIN OF SALVATION « Panther » (2020)

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Lorsque Panther est arrivé sur nos platines en juillet, passé le plaisir de réentendre la musique si personnelle des suédois, ce onzième album studio de PAIN OF SALVATION (enfin, le 10ème si on met à part la relecture acoustique que fut Falling Home (2014)), n’a pas failli à la règle qui veut que se mêle à ce bonheur une forme d’interrogation. Où diable Daniel Gildenlöw et sa bande veulent-ils en venir ? Systématiquement à chaque nouvel album, nous nous refaisons l’entière discographie du groupe. C’est à notre sens la clé indispensable (et le plaisir pas si coupable) pour appréhender le parcours musical et thématique emprunté par le groupe, et révéler une fois encore sa cohérence, son unité et sa progression. Et plus encore, s’en délecter. Car comme à l’accoutumée, ce nouvel album de PAIN OF SALVATION est exigeant, déroutant, voire même déstabilisant. Les compos sont aussi compliquées qu’elles sont subtiles. Comme son groupe, Daniel Gildenlöw peaufine son art avec le temps, se bonifie avec l’âge, la fameuse maturité qui n’est surtout pas un aboutissement mais une étape parmi tant d’autres dans une évolution qui ne cesse de s’écrire. Alors même que le groupe a désormais définitivement assis son identité, il continue à en élargir le champ. Gildenlöw y raconte sa vie, ses joies, ses doutes, ses douleurs, ses peines, ses questionnements. PAIN OF SALVATION est son journal intime, livré au public en forme d’exutoire. A ce titre, Panther est le digne successeur de In the Passing Light of Day (2017) dont il s’éloigne sans toutefois rompre toutes les connections, sonores notamment. Avec une thématique moins plombée tournant autour de la place laissée dans nos sociétés aux personnes que l’on dira en « décalage », Panther offre une lecture de la musique de Pain of Salvation moins axée sur les guitares, même si les rythmiques lourdes et sombres continuent de bâtir sur les bases d’un son établi depuis les deux Road Salt (2010-2011). On y trouve en revanche énormément d’arrangements, notamment électroniques, dont le plus abscons restera le curieux solo de « Wait », mais qui donnent à l’ensemble de l’album une homogénéité indéniable appuyée par les nombreux effets sur les voix (vocoder, auto-tune, etc). L’unique solo de guitare se trouve sur « Icon », le dernier titre, mais l’album est riche d’autres sons qui portent ce Panther vers l’excellence. On retrouve, comme sur In the Passing Light of Day, des mélodies réminiscentes des précédents albums, des arrangements différents sur une base similaire, des saturations grésillantes, des mélodies qui rappellent d’autres titres, et tout autant de surprises ! Si l’impression première peut à tort le laisser croire tant son identité est forte, jamais PAIN OF SALVATION n’est dans la redite. Malgré ses 54 courtes minutes, un format qui renvoie aux deux Road Salt tandis que le précédent album en comptait vingt de plus, Panther se démarque par la richesse de ses explorations. « Accelerator » est un premier single aussi atypique qu’efficace avec ses claviers électro ; le chant sur « Unfuture », le plus lourd des titres, est susurré par moments à l’instar de celui d’un Patton sur KFAD… tout autant qu’il est rappé sur le titre éponyme, avec une intention similaire à « Spitfall » (Scarsick) mais cette fois dans un registre plus proche de Linkin Park que d’Eminem… Chaque refrain sans exception pénètre le cerveau, immédiatement ou insidieusement. Et puis il y a tous ces passages où le chant est lumineux, pur, habité (« Wait », « Keen to a fault » avec en plein milieu ce cause ! qui aura nécessité 88 prises (cf interview),)… le nerveux « Restless Boy » et son absence de structure… la petite parenthèse « Fur » au banjo, « Icon » et ses 14 minutes émouvantes, mettant dramatiquement en exergue le vieillissement comme cause d’éloignement…. des thèmes aussi personnels qu’universels. Bien qu’on pouvait le craindre au vu de la qualité de l’album précédent, la parenthèse Ragnar Zolberg s’est vite et bien refermée avec le retour de Johan Hallgren aux guitares. Et puis il y a Leo Margarit à la batterie dont le jeu naturel tout en nuances est ici plus que jamais bluffant de pertinence et de subtilité. On imagine enfin Daniel « D2 » Karlsson, aux claviers, particulièrement à la fête sur les prochaines tournées avec un tel répertoire. Cet album est à nouveau un moment unique, qui interpelle, émerveille, donne le frisson, et émeut, souvent profondément. A ceux qui n’en avaient pas encore conscience, PAIN OF SALVATION est un grand groupe affranchi des codes, et Panther en est une nouvelle preuve éblouissante. Diaboliquement savoureuse…

PAIN OF SALVATION
« Panther »Oreilles5_2
InsideOutMusic
 
Sortie le 28 août 2020
 

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