Roy Khan (CONCEPTION / ex-KAMELOT)

Le temps joue parfois des tours dont on se passerait. Tenez, pas plus tard qu’en mai 2020, je fis un long skype avec le chanteur de CONCEPTION ressuscité, Roy Khan . Dire que je suis fan de l’artiste est un doux euphémisme. Après de longues années de silence suite à son départ de KAMELOT, le metal était orphelin d’une de ses plus belles voix. Il aura fallu attendre trois ans pour que le concert parisien plusieurs fois repoussé pour raisons sanitaires planétaires puisse enfin se tenir. Ce sera samedi prochain, 22 avril 2023, à la Maroquinerie. L’occasion (ENFIN) de publier cette interview et de revenir sur leur dernier album en date State of Deception (chroniqué ici même). N’hésitez pas à la recouper en vous replongeant dans l’interview que nous avait accordée son double maléfique, le guitariste Tore Østby (à lire là).

[NDLR : petit échange sur le coronavirus édité car heureusement plus d’actualité]

Roy, je me dois de te révéler qu’en ce qui me concerne, CONCEPTION est une histoire de frustrations (rires)

(Rires)

Je vous ai découvert après la sortie de Flow. Un ami américain m’avait à l’époque envoyé une mixtape sur laquelle il m’avait enregistré deux morceaux de CONCEPTION, « Under à Mourning Star » (extrait de In Your Multitude – 1995) et « Cardinal Sin » (extrait de Flow – 1997), et… ce sont les deux seuls titres dont je me souviens !

(Rires)

Et c’est au moment où je vous découvrais ainsi que vous avez splitté ! Je crois me souvenir que tu avais déclaré en interview que le groupe avait évolué trop vite entre ses deux derniers albums, tu le maintiens ?

Oui, trop vite pour nos fans ! Pour nous ces deux albums nous conviennent, on en est très fiers, mais c’est vrai qu’une majorité de nos fans n’a compris Flow que bien plus tard. Et depuis cet album a même acquis un statut d’album culte.

Cette incompréhension est une des raisons pous lesquelles le groupe a splitté ?

Pas seulement. On était censé partir en tournée avec STRATOVARIUS et ELEGY, les billets étaient imprimés et vendus avec notre nom dessus, et à peine six jours avant de partir sur la route on nous a appelés pour nous dire qu’on n’était plus les bienvenus. Sans aucune espèce de début d’explication ! Et donc, eh bien… voilà ! (rires) Alors entre ça et le fait qu’on sentait que le public n’était pas très réceptif à ce qu’on avait fait avec Flow, l’un d’entre nous a suggéré de faire une pause, simplement. Mais peu de temps après Thomas (Youngblood) de KAMELOT m’a appelé, et je suis allé les aider sur le premier album sur lequel ils étaient en train de travailler. A partir de là les choses se sont enclenchées…

Le sort réservé à Flow à sa sortie a généré une frustration aussi chez toi ou Tore ?

Non, non. Tore était très occupé et heureux, en tant qu’artiste, musicien, avec ce qui se passait pour ARK, et comme je te l’ai dit KAMELOT a très bien décollé commercialement de mon côté. Bien qu’on adorait tous CONCEPTION, nous étions assez occupés dans nos différents projets pour avoir des regrets.

Depuis cette époque, je dois reconnaître que je suis tombé amoureux de ta voix et je t’ai suivi partout. Parfois j’ai l’impression d’être une groupie !

(Rires)

Ca t’est déjà arrivé de te sentir groupie devant un artiste ?

Euh….. non… (rires) ! Mais j’ai vécu quelques moments forts au cours de toutes ces années à cotoyer d’autres artistes backstage. J’ai bien sûr eu quelques idoles. Je me souviens d’une fois où QUEENSRYCHE nous a regardés jouer depuis le côté de la scéne au Sweden rock. J’avais l’impression d’être au sommet de ma carrière !

Rencontrer Geoff Tate, auquel ton chant fait parfois penser, fut un grand moment ? Tu étais fan ?

Absolument ! Il y a quelques groupes dont j’ai été super fan, si on met à part Elvis Presley qui était mon héros quand j’étais enfant ! Mon père l’écoutait souvent, j’adorais. Mais en tant que consommateur de musique conscient de ses goûts, mes deux coups de cœurs furent AH-AH, le groupe de pop norvégien, et puis T.N.T., IRON MAIDEN, et quelques autres groupes bien sûr, jusqu’à ce que je découvre Rage For Order (1986) et que je devienne fan de Geoff Tate, autant pour son style de chant, que sa façon d’écrire ses textes, ses mélodies.

Ce n’est pas surprenant que tu mentionnes Elvis. C’est une vraie influence ?

Oui bien sûr, par forcément consciente, j’écoutais Elvis avant même de savoir qui il était car mes parents écoutaient ses disques.

Tu es donc récemment revenu au chant en 2018 avec CONCEPTION. Penses-tu que CONCEPTION soit le seul groupe qui pouvait te faire revenir ?

Je comprends ce que tu veux dire, on m’a déjà posé deux ou trois fois la question, mais… non. Je pense que d’une manière ou d’une autre je serais revenu, peut-être en solo. Quand j’ai quitté la scène en 2011, j’étais à saturation. Jouer la rock star, voyager sans cesse, ne vivre que pour la musique,.. ca durait de manière continue depuis Parallel Minds (CONCEPTION – 1993) et j’ai fini par m’en rendre malade. Il fallait que je sorte du système. J’ai trouvé un boulot régulier pendant trois ans, puis un autre, et petit à petit l’envie de refaire de la musique est revenue. Et puis Tore et Arve sont revenus vers moi il y a quatre ans avec deux morceaux qui étaient vraiment cool. Ils ne se retrouvent ni sur le EP ni sur l’album, mais il y avaient en eux ce je ne sais quoi qui a rallumé la flamme en moi et m’a donné envie de recommencer. Et finalement 95 % des titres qui se retrouvent sur ces deux sorties proviennent du moment où on s’est retrouvés.

Il a fallu trier les titres qui se trouveraient sur l’EP et sur l’album. Le choix s’est fait sur une question de dynamique pour chacun d’entre eux, de montée en puissance, d’autre chose ?

C’est plus sur la base de l’unité de chaque disque, comment les titres interagissent entre eux. Il fallait aussi tenir compte des morceaux plus lents comme « Feather Moves » ou « My Dark Symphony », ou encore « The Moment » sur l’EP. Mais surtout c’est la vision d’ensemble de chaque disque qui nous a guidés.

Et il était écrit dès le départ, j’imagine, que quel que soit le choix, l’album serait de toute façon trop court. Pour les fans.

(Rires) En fait, nous avons deux ou trois autres titres qui auraient pu finir sur l’album si on avait passé plus de temps à les travailler, 3, 4 ou 5 mois. Mais on s’était fixé des deadlines. On avait terminé des chansons qui allaient bien ensemble, on ne savait pas si les autres s’incorporeraient bien dans l’ensemble, et comme on s’étaient fixé des délais on a choisi de les respecter. Il y a toutefois un titre qui était prévu sur l’album et qu’on a retiré. L’album aurait donc pu être plus long, mais on les aime bien courts !

Ce qui est aussi intéressant que plaisant sur cet album, c’est sa variété. Il n’y a pas deux titres qui sonnent pareils.

Merci ! Oui, c’est dans notre ADN, on aime varier.

A la fin de « She Dragoon », il y a des sons qui me rappellent In Your Multitude. C’est le seul moment de l’album qui m’évoque le passé. Pour rester pertinent, il faut que vous vous réinventier continuellement ?

Oui, on nous demande souvent si les attentes de nos fans ne nous effraient pas, après tout ce qu’on a fait dans années 90, après ARK, après KAMELOT,… mais pour être franc la pression qu’on se met par nous-même est plus importante que celle ne nous mettent nos fans.

Vous vous surprenez parfois ?

(rires) Et bien… (rires) Ca arrive. Parfois on termine une journée en se disant qu’on a plutöt bien bossé !

Sur Flow il y avait quelques éléments élecroniques, alors que sur State of Deception les arrangements sont plutôt symphoniques. Ce sont des choses que vous expérimentez ? Ca provient peut-être de ton passage sur KAMELOT ?

Le fait est que si les orchestres symphoniques avaient été meilleur marché, on les aurait utilisés dans les années 90. Tore et moi avons un bagage de musiciens classiques, Tore est un très bon arrangeur.

Autant j’aime ce que Tore a fait avec ARK, ou toi avec KAMELOT, quelque chose de vraiment spécial se produit quand vous travaillez ensemble. Tu le ressens aussi ?

Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais s’il existe quelque chose, ca tient de la connivence heureuse ! Nous nous complétons dans la composition. Le chant, les mélodies et les paroles pour moi. Je joue aussi du clavier et de la guitare, mais c’est secondaire. Tore est doué pour la batterie et la guitare. Et j’inclus la basse dans la guitare. A deux on a une bonne vision de l’ensemble quand on écrit une chanson. On a sûrement les mêmes standards de qualité, alors quand on est tous les deux satisfaits c’est que notre chanson n’est pas trop mal.

Il y a de l’agressivité constante dans le jeu de Tore, et un charme indéniable dans tes mélodies. Votre musique bénéficie tellement de ce choc des mondes !

Oh merci ! Tu sais, encore une fois, on met nous-même la barre assez haute en matière d’attente et de résultat. Parfois on se dit que c’est peut-être trop et qu’on peut perdre des fans comme ce fut le cas avec Flow. Mais quand les gens comprennent l’énergie et les intentions de notre musique, en tant qu’artistes, c’est gratifiant.

Etait-ce difficile de revenir vingt ans après la pause de CONCEPTION, ou dix ans après avoir quitté KAMELOT ?

Le fait que plus de 20 ans se sont écoulés depuis Flow, que Tore et moi, mais aussi Arve et Ingar, avons joué dans différents groupes à des niveaux différents, le fait que nous avons aussi pris quelques années,.. tout cela fait tant de changements que c’est comme une autre histoire qui s’écrit. Les vies que nous avons menées, les films que nous avons vus, les livres que nous avons lus, la musique que l’on a écoutée, tout ce qui a pu nous influencer, que nous avons vécu, ont forgé ces nouveaux disques.

Et pourtant malgré tout ce temps, vous revenez en faisant appel à la confiance de vos fans en lançant des crowdfundings. C’est un défi ?

Oui, absolument. La première fois, on a fait appel à Pledge. La campagne s’est super bien déroulée, c’etait la chose la plus fun que j’ai jamais faite dans ma carrière, et puis Pledge a fait faillite ! C’est devenu un cauchemar, il a failli faire un gros emprunt pour satisfaire les fans qui avaient contribué, il a fallu mener un combat pour récupérer ne serait-ce que les données de Pledge. Ca a bien failli avoir raison du groupe. On savait qu’on avait tous ces bons morceaux pour l’album qu’on n’avait pas sorti, on avait enregistré toutes les parties de batterie,… je pense que cette projection dans l’album prévu un an plus tard est ce qui nous a maintenus en vie. Et maintenant on a ce foutu coronavirus ! (rires). Dans un monde idéal, on devrait être en tournée en ce moment. Mais bon, ce n’est que du rock, ce n’est rien à côté des gens qui meurent, ceux qui perdent leur boulot,…

As-tu un morceau préféré sur cet album ?

Un titre préféré… hmmm… C’est difficile, je les aime tous. En fait, ça dépend aussi des jours. J’ai réécouté l’album la semaine dernière et j’ai passé un bon moment. J’en suis vrament content, je pense qu’il va durer.

Tu n’as pas d’animaux chez toi je crois…

Non, ma femme est allergique.

Et pourtant tu écris des paroles qui parlent de « phéromones », ma question est donc : qui est ce « She Dragoon » ?

C’est une de ces chansons…. tu vois, parfois dans les démos j’envoie des mots de façon aléatoire, en mauvais anglais, mélangés avec du norvégien, et je me laisse porter par le flow de la mélodie, comme une sorte de jam. Et parfois il y a des circonstances, des locutions, des mots, qui sont plus spécifiques et qui restent. J’essaie de les changer, mais ils restent. C’etait le cas avec le début de cette chanson ! C’est exactement ce que j’ai improvisé sur la démo : « No, no, no, I don’t want your pheromones.. ». Et aucune tentative pour changer ce mot n’a marché ! (rires) Ils n’étaient pas aussi cool, aussi…

Mystérieux, intriguant…

Oui, exactement ! Et donc le texte s’est développé sur ces premiers mots… pour dépeindre, je ne sais pas, une sorte de relation assez bizarre, étrange, ça c’est sûr !

En vieilllissant la voix change, les aigus sont plus difficile à atteindre. Ce n’est pas difficule de reprendre un répertoire que tu chantais il y a plus de 20 ans ?

J’écris des lignes de chant qui correspondent à ma voix aujourd’hui, c’est sûr, mais je suis encore capable de chanter la plupart des titres des années 90. C’est vrai que parfois il faut descendre d’un demi-ton,… tu me demandais tout à l’heure si je me surprenais parfois, et bien cela m’a surpris de constater que ma voix était roujours là et que je pouvais encore chanter assez aisément certains vieux titres (rires) ! Après toutes ces années, il n’y avait pas trop de différences depuis mon départ. D’une certaine manière, je chante même plus facilement. J’ai une vie plus saine, je me prépare plus sérieusement avant de chanter,…

Tu penses que tous ces albums que tu as sortis avec KAMELOT t’ont apporté une expérience en matière de gestion de ta voix, appris à mieux la maîtriser ?

Hmmmm (long silence)… C’est dur à dire. J’ai toujours écrit des lignes de chant à la limite de ce que je pouvais chanter. J’ai toujours aimé me lancer des défis, au niveau de la technique, des acrobaties vocales que je m’impose. Mais c’est sûr qu’il est préférable d’écrire des mélodies en tenant compte du fait qu’il faudra les chanter tous les soirs en tournée.

J’aime beaucoup la variété de la scène musicale norvégienne, peux-tu me dire s’il existe une manière norvégienne de faire du rock ?

Quels groupes écoutes-tu ?

Oh il y en a tellement ! Shining de Jørgen…

Celui de Blackjazz ?

Oui.

Oh ! J’adore SHINING !!!

Mais aussi LEPROUS, ou encore AUDREY HORNE…

Super groupe en live !!!

La norvège n’est pas un grand pays sur le plan démographique, comment faîtes-vous ? Il y a une grand famille du metal, du rock ?

Je vais parler pour moi, je connais pas mal de monde, mais on ne peut pas dire que le metal norvégien forme une grande famille. Ce n’est pas comme ça. Comme tu dis, il y a beaucoup de bons groupes, mais c’est tout. C’est lié à l’économie, au climat qui inspire une certaine mélancolie.

[NDR : fin de l’interview également éditée pour les mêmes raisons]

RDV avec CONCEPTION à LA MAROQUINERIE le 22 avril 2023 !

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