OZZY OSBOURNE « Patient Number 9 » (2022)

patient number 9

La carrière d’Ozzy ne pouvait décemment pas s’arrêter sur le transparent mais consensuel Ordinary Man. A peine le madman avait-il terminé l’enregistrement de ce dernier que déjà il se lançait dans l’écriture de celui-ci. Enfin, par « il », comprenez « ceux qui lui écrivent des chansons ». Car quand on apprend que notre prince des ténèbres aurait composé à lui seul dix des treize titres de ce Patient Number 9, permettez-nous de penser qu’il est tout autant « Prince of Lies » que de « Darkness ». Visuellement, la pochette nous présente un Ozzy qui ne semble pas avoir bougé depuis 2020. Même pas eu le temps de se refaire les racines. Toujours vêtu de noir, assis (probablement), la canne sous la main. Mais cette fois-ci il apparaît songeur, le regard perdu dans le vide. Peut-être même se ronge-t-il les ongles. Il faut dire que les récentes années ne l’ont pas épargné question santé et que l’âge aidant, à 73 ans, il ne cache pas son fatalisme. Voire son inquiétude. Tout au long de cet album, les textes font d’ailleurs de manière récurrente référence à une prochaine sortie de scène dorénavant acceptée comme inévitable. Tout concourait à faire de ce Patient Number 9 produit une fois de plus par Andrew Watt un nouvel « album de trop ». Et pourtant, force est de reconnaître qu’il prend le contre-pied de son prédécesseur, en redonnant notamment à la guitare la part belle, en privilégiant les mélodies à l’esbrouffe, en revenant à une forme de classicisme plutôt que de se vendre à l’air du temps. Cela ne fait pas de ce Patient Number 9 un chef d’œuvre, mais les moments agréables mettent au jour une facette nouvelle du madman, celle d’un Ozzy vieillissant mais apaisé. Reste bien sûr le souci de la voix qui depuis près de trois décennies ne cesse de disparaître derrière des strates et des strates d’autotune, pour parvenir à cette conclusion qu’Ozzy chante à chaque nouvel album mieux que jamais alors qu’il y reste si peu de lui. Comble du talent et de la notoriété. Il existe probablement, encryptées dans les ordinateurs de Sharon (sa femme, pour ceux qui l’ignoreraient – ndr), les sources d’une intelligence vocale artificielle qui lui permettra de sortir de nouveaux albums de son mari bien après sa mort. Où probablement il chantera toujours mieux que jamais. En 2022, la bonne idée de ce nouvel album sont ces invités de luxe employés non pas comme des gadgets, comme  Slash ou Elton John sur le précédent, mais auxquels une large liberté d’expression a été accordée. D’emblée, les près de deux minutes d’outro guitaristique du titre éponyme sont à ce titre éloquents. Les dix premiers titres de l’album sont variés et bénéficient tous d’un guest de renom. Des légendes anglaises comme Jeff Beck ou Eric Clapton, ou des compagnons de parcours comme Tony Iommi ou Zakk Wilde, et plus surprenante mais tellement efficace celle de Mike McCready. Chacun dans son style apporte une savoureuse couleur à un album parcouru d’un vent de fraîcheur (malgré l’âge des intervenants) qui s’il n’emballe pas toujours ne lasse cependant jamais. Chacun y trouvera son compte, même si à notre goût les titres de Iommi pâtissent d’un mix qui les étouffe. Il faut dire que la voix (enfin, le logiciel) d’Ozzy surnage, et la batterie (jouée parfois par feu Taylor Hawkins) et la basse (partagée par Trujillo, McKagan et Chaney) enfoncent le clou de l’occupation spatiale. Néanmoins, si l’on excepte les trois derniers titres qui sonnent superflus, pour ne pas dire inutiles, et  ce malgré les textes si tristes de « God Only Knows », l’ensemble est de bonne tenue et trouvera sans honte sa place dans votre cédéthèque. C’est à ce stade tellement inespéré qu’on ne peut que se réjouir. 

Ozzy Osbourne Oreilles4_2
« Patient Number 9 »
Epic
Sortie le 09 septembre 2022

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