HELLFEST 2022 (part 5) : WHITESNAKE

(Précédemment sur Darras on The Loose : Le Hellfest vu de l’extérieur, histoire d’une épopée des temps modernes. Les précédents chapitres sont à lire ici, ici, ici et ici)

Chapitre 5 : On est venus pour eux.

Le logo reptilien de Whitesnake m’avait marqué au point que je l’avais tracé au stylo bille sur ma trousse quand j’étais en 2nde. Je n’étais pas le seul. Je l’avais aussi écrit sur une pochette à élastique quand j’étais en fac. Cette seconde fois, ça devait être quelque part autour de 1987, et probablement juste avant le multimillionnaire album296227517_2009174875941500_4913113894735035499_n éponyme. La première remontait donc vraisemblablement à 82, l’année de Saints & Sinners. Mais pour être exact ma rencontre avec le groupe de David Coverdale, puisque qu’à l’origine il s’agit bien du « Whitesnake de David Coverdale » remonte à 1980, au Live…in the Heart of the City, et la claque magistrale distribuée par cette reprise de « Ain’t no love in the heart of the city » de Bobby Blue Bland (dont l’original était déjà produit par Martin Birch). Il m’a toutefois fallu attendre 1990 pour voir le groupe une première fois sur scène, aux Monsters of Rock à Vincennes, alors que Coverdale était accompagné d’une certaine forme de dream team : Aldridge, Sarzo, Vandenberg et Vai. Excusez du peu. Pouvait-on faire plus clinquant à l’époque ? Probablement pas. Permettez-moi toutefois de préférer à cette incarnation celles qui virent passer en leur sein messieurs Marsden, Moody, Galley, Lord, Paice ou encore Powell. Et pourtant, encore aujourd’hui, je me perds en conjectures sur les raisons qui font de Whitesnake non pas un groupe incontournable mais clairement un groupe majeur ! Son hard bluesy, son boogie rock, sont de facture classique, les textes sans équivoques emprunts d’une simplicité désarmante. Alors pourquoi cette évidence ? Cette intemporalité ? Cet entrain ? Ce charisme ? Peut-être la réponse tient-elle en un prénom : « David ».

« 1987 » est un album qui marqua autant la fin du début de carrière du groupe que le début de sa fin. Il est en effet difficile de s’extasier sur les productions suivantes du groupe que Coverdale mit lui même en stand-by pendant près de vingt ans (si l’on excepte le très particulier Restless Heart). Depuis 2008, le Serpent Blanc a sorti trois albums studio et, même si Coverdale s’associe toujours à de talentueux musiciens, force est de reconnaître que le petit truc indéterminable que l’on cherchait plus haut n’y est plus. Pas plus que la sensualité du timbre bluesy de son organe, depuis longtemps disparu. Deux prestations inégales au Hellfest en 2013 et 2019, m’avaient chacune à leur manière convaincu que Whitesnake avait vécu.

Je ne voulais pas venir au Hellfest cette année. C’est la faute de ma femme et de son amour pour Coverdale.

Peut-être en suis-je à l’origine ? A force de passer encore et encore les vinyles de Ready & willin’, Slide it in, Lovehunter, Come and get it,… le soir après le diner ? En ai-je abusé ? Suis-je allé trop loin ? Est-ce normal quand je demande à Alexa de « jouer sur spotify les morceaux que l’on écoute le plus souvent » que celle-ci diffuse du Whitesnake pendant 3 heures ?

Toujours est-il que ce jeudi à 20 h 25 je suis à Clisson, à 1,50m de la crash barrier devant la Mainstage 1 et que je viens de passer une heure à regarder sur écran géant Steve Vai jouer sur la scène d’à côté. Comme si l’histoire bouclait ce soir une relation débutée en 1989.

Et puis soudain, la déflagration ! « My generation » des Who en fond sonore, « Here’s a song for you ! », « Bad Boys/Children of the Night » envoyés comme si leur vie en dépendait et WHITESNAKE fait sienne la scène ! Coverdale vêtu d’une discrète et magnifique chemise au nom de son groupe, cheveux au vent, s’installe sur l’avancée centrale au cœur des premiers rangs et ne la quittera plus. Piochant uniquement dans ses meilleurs albums, WHITESNAKE va 1 h 15 durant enchaîner les hits de Ready & Willin’, Saints & Sinners, Slide it in et 1987. Le public boit du petit lait. Fidèle à sa réputation, Coverdale, après avoir remercié Little Stevie Vai pour la première partie, ne cesse de pointer du doigt, se frapper le cœur, et lancer moult clins d’oeil à l’attention des premiers rangs. S’il assure seul de sa voix vieillissante deux ou trois titres dont un retentissant « Love ain’t no stranger », l’ensemble du groupe chante avec lui sur le reste du set : le petit dernier Dino Jelusick (claviers) bien sûr [la « star de la Croatie » comme Coverdale le présentera, ce qui lui fera lever les yeux au ciel], Tanya O’Callaghan (basse) [la première « snakette » de l’histoire du groupe), Joel Hoekstra, mais aussi et surtout Michele Luppi, étonnant claviériste au sourire indéfectible et à l’implication exemplaire [Que Coverdale présentera ainsi : « What an Italian Package ! How do you guys do it ! » pour rester dans le thème sous la ceinture que le beau Dave affectionne]. Mais ils ne sont pas seuls car le public chante aussi la plupart des paroles. Notre voisin, trentenaire aux cheveux longs tenus par un bandeau, lunettes de soleil sur le nez, chantera lui l’intégralité du set me forçant à l’accompagner pour faire bonne figure devant ma femme qui ne perd pas une miette du spectacle. Même si Joel Hoekstra assure seul les guitares ce soir, Reb Beach étant toujours souffrant, le son du groupe n’en pâtit pas. Les deux claviers font le job et Hoekstra a largement les épaules et le charisme pour faire le show. Je ne me souviens pas avoir vu un spectacle aussi enthousiasmant depuis celui de Foreigner sur la même scène il y a quelques années. Ce côté omni-souriant que d’aucuns trouveront très américain, mais duquel émane une énergie positive qui vous transperce et vous pénètre. Et Coverdale….. que dire.. ? Ce charisme, ce magnétisme, cette sensualité…. même si sa voix n’est plus celle de la grande époque, par sa seule présence il EST Whitesnake. Seul sur son promontoire, tous les yeux sont tournés vers lui. Quelle setlist ! Ce soir, c’est juke-box hero spécial âge d’or ! « Slide it in », « Slow an’ Easy », « Fool for your Loving », « Crying in the Rain » (« Crying in the Rain » bordel !), « Is this Love ? », « Give me All Your Love », « Here I Go Again »….. et puis Once a Snake, always a snake, Coverdale annonce la présence de Steve Vai sur le dernier titre, « Still of the Night » ! Vite, les sels, je fais un malaise ! Je ne voulais pas venir et je me retrouve en 1989 ! VAISNAKE ! Ce final d’anthologie laisse sans voix… Je viens de vivre un concert grandiose tant je n’en attendais pas forcément grand chose, ma femme quant à elle a vécu un moment magique. Peut-être est-ce également le cas de Coverdale qui n’a pu retenir quelques larmes à la fin du concert, à moins qu’il ne savaient déjà qu’il donnait là son dernier concert en Europe (la suite de la tournée a été annulée pour raisons de santé). Après un peu plus d’un heure à une grosse portée de main de lui, son émotion nous touche. Nous redescendons alors sur terre sans oublier de saluer notre voisin chanteur. Je lui demande s’il sera là tout à l’heure pour SCORPIONS, il me répond presque gêné : « Euh… je connais un peu moins bien leur répertoire… ». Qu’importe, nous ne serons pas là non plus. Je découvre quelques jours plus tard avec effroi sur le site de ARTE concert que Gilbert Montagné a remplacé Klaus MEINE au micro !SCOPRIONS ARTE

La nuit se poursuit avec des amis, au bar. Dans le lointain, nous entendons HEILUNG jouer ce qui s’apparente à une longue danse de la pluie. Nous sommes loin de nous douter à ce moment-là que nous sommes dans le vrai et que les effets s’en feront (bien malheureusement) sentir rapidement…

(à suivre)

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Une réflexion sur “HELLFEST 2022 (part 5) : WHITESNAKE

  1. Merci pour ton report Mr Darras..whitesnake un de mes groupe phare..heureux de savoir que Dave charme toujours les foules…merci à toi..à plus dans le bus ..amitié..stef et mag

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