SORTILEGE « Phoenix » (2021)

sortilege phoenix

Ce Phoenix a des allures de capsule temporelle dont les effluves entêtantes rappelleront avec bonheur à nombre d’entre vous l’insouciance de l’adolescence. Celle d’un autre temps. Pensez donc, 12 des 14 titres de cet album ont plus de 35 ans ! Et en 1986, le métal n’était pas vraiment celui que l’on connaît en 2021. Nous aurions pu la jouer fine, du style « une musique que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », mais on parle ici quasiment du double ! Imaginez un peu : quand SORTILEGE poussait ses derniers cris sur Larmes de Héros, Metallica sortait Master of Puppets, Slayer Reign in Blood, Iron Maiden Somewhere in Time, Queensrÿche Rage for Order, ou encore Europe The Final Countdown (entre autres). Autant dire que pour la plupart d’entre vous, il s’agit de la préhistoire. Du monde d’avant, et même de celui de bien avant ! Mais pour ceux qui ont connu l’âge d’or du hard rock en France, il s’agit… bah, de l’âge d’or (paillettes dans les yeux et les oreilles) ! Le début des années 80, les radios libres, Wango Tango, le metal hexagonal signé chez des majors qui exigeaient un chant en français, des groupes de jeunes outlaws aux dents longues inspirés par ce qui se passait à l’étranger. Dans ce maelström de hard rock en fusion, SORTILEGE a rapidement tiré son épingle du jeu, notamment grâce à des guitares aussi volubiles que dévergondées, un chant épique empreint d’heroic fantasy, mais surtout une fougue sans égale tellement anglo-saxonne. Un premier EP fondateur, un premier album avec une inoubliable pochette de Druillet, et un deuxième album plus mélodique mais malheureusement…. sans suite. Pour beaucoup, « ceux qui sachent », SORTILEGE restera comme LE groupe qui a écrit les plus belles pages de l’évangile du metal français à l’époque de la NWOBHM. Mais le temps a filé trop vite et le groupe a injustement disparu. [avance accélérée / 2021] : Christian « Zouille » Augustin, chanteur emblématique, remet le couvert. Seul membre rescapé de l’épopée des années 80, entouré d’un gang de musiciens impliqués et fans avant tout, après divers tâtonnements dignes d’un savant fou en quête de la formule magique, il ressuscite SORTILEGE comme beaucoup l’auraient espéré et peu l’auraient cru possible. Mais avant d’écrire de nouvelles pages (ce sera pour 2022), il adapte le passé et le glorifie sans chercher un instant à le dénaturer. Il n’est pas impossible (euphémisme) qu’une question de droits justifie la sortie de ce best of, tout comme la série de concerts suspendue par la pandémie mais sur le point de reprendre impliquait sûrement de préparer le public à la façon dont le groupe interprète aujourd’hui ce répertoire mythique. Toujours est-il que Zouille, dont la voix a certes évolué avec l’âge (et pris un peu de grain), a trouvé en Olivier Spitzer (guitares rythmiques), lequel avait pu se frotter au répertoire du groupe par le passé, et Bruno Ramos (lead), une paire de bretteurs aussi excellents que complémentaires, soutenue par une section rythmique solide. La production et l’interprétation à la fois respectueuses et modernes confèrent à ce Phoenix a priori casse-gueule un magnétisme indéniable, bien plus actuel que suranné, sans travestir l’œuvre originelle. Le pari était risqué, il est gagné haut la main au point de presque faire passer les versions d’origine pour des démos. Trois titres de l’EP, quatre de Métamorphose, et cinq de Larmes de Héros…. équilibre presque parfait, dont on retiendra surtout la fidèle et énergique interprétation des musiciens impliqués, dont il se dégage une hargne non feinte, mais surtout la virtuosité de Bruno Ramos qui pour un peu renverrait à ses études Stéphane Dumont à qui l’on doit la composition de ces titres légendaires. Il suffit de l’écouter tricoter sur le final de « Quand un Aveugle Rêve », celui de « Marchand d’Hommes », ou encore celui de « Chasse le dragon » si épique avec ses chœurs, pour s’esbaudir ! Tous les titres sont imparables et les fans historiques y trouveront à coup sûr leur compte : SORTILEGE is back ! (puissamment back !). Deux nouveaux titres inédits s’insèrent en douceur dans cette tracklist parfaite. Les craintes étaient grandes que SORTILEGE ne ressasse timidement le passé ou ne s’aventure vers des territoires aussi modernes qu’incongrus. Quelle satisfaction de découvrir « Phénix » et « Toujours plus haut » qui, s’ils feront à coup sûr leur preuve sur scène, allient une certaine idée du metal traditionnel estampillé France 80 à des textes au second degré aussi subtil (ces allusions au passé) que provocateur (Quelle hâte d’entendre le public reprendre en chœur « Je me vois dans les airs… la plume au vent…. »!) ! Tous deux sont des mid-tempo inspirés et catchy, à la rythmique lourde, traversés de long en large de solos impeccables et tellement mélodieux… et que l’on se surprend à fredonner dès la seconde écoute. Phoenix sonne le retour au premier plan de SORTILEGE tel qu’on l’imaginait. Ni détourné, ni dévoyé. Mais honoré, célébré, ressuscité. Back from the ashes. La plume au vent ! Vivement la suite !

Oreilles5_2

SORTILEGE
« Phoenix »
Verycords
Sortie le 27 août 2021

 

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