GOJIRA « Fortitude » (2021)

Fortitude est le septième album studio de GOJIRA. Nous ne nous répandrons pas ici sur le groupe, fleuron du metal non plus national mais désormais mondial, dont les écoutes des titres en streaming dépassent les dizaines de millions, et dont l’histoire n’a plus de secret pour ses fans depuis longtemps malgré la rareté des apparitions de ses membres, lesquels brillent plus par leur humilité et leur discrétion que leur frasques. Cinq ans après un Magma qui avait un peu rebattu les cartes, Fortitude confirme que le groupe poursuit l’exploration d’une identité bien établie. Alors que la pandémie a depuis un an comme suspendu les grosses sorties musicales, GOJIRA est parmi les premiers à se jeter à nouveau dans le game et livre 11 nouveaux titres, soit près de 52 minutes de musique, à déguster en de multiples injections, sans modération. Pour reprendre les expressions consacrées, chacun y trouvera son bonheur, les fans seront ravis, et il n’est pas impossible que par certains aspects le ralentissement des tempos, les atmosphères variées, et la multiplication du recours aux voix claires n’attirent un nouveau public. « Born for One Thing » est une parfaite entrée en matière, puissante et dynamique, qui décline ce qu’on attend du groupe : une batterie en avant, des breaks, de nombreuses ruptures de rythmes, des riffs appuyés, des couches de chant. Du pur GOJIRA, ou comment séduire et rassurer d’emblée ! « Amazonia », peut-être le meilleur titre de l’album, enfonce immédiatement le clou avec son rythme lourd, son ersatz de guimbarde, ses sortes de mélodies enfouies s’apparentant à des chants indiens, et ses rythmes tribaux. Plombé, terrassant, précis dans ses arrangements,… le groupe tutoies la perfection. « Another World », connu depuis l’été dernier, mélodique à souhait, brille par son efficacité qui n’est plus à démontrer. Fortitude accuse alors cependant une indéniable baisse d’intensité. Le soufflé retombe ainsi dès « Hold On » et sa (trop) longue intro faite de tambourin et d’harmonies vocales à laquelle succède un riff martelé et conclu par un début de solo à la Black Sabbath, avant que le titre ne se dilue inutilement dans un dernier quart un brin ennuyeux. Gojira semble ensuite se noyer dans son ADN avec « New Found » et son inspiration paresseuse. Le SON est là, mais l’ambition fait défaut. Ce titre pâtit d’un break trop long, et d’un fin à nouveau interminable, deux minutes durant lesquelles il ne se passe rien et qui s’achèvent en fade-out mollasson….. ouvrant sur « Fortitude », un court intermède acoustique répétitif doté d’un beat clair répété à la limite du supportable. Heureusement lui succède « The Chant » qui transcende sa mélodie et son rythme lancinant, électrique cette fois, dans une ambiance lourde et poisseuse avec pour seule aspérité un chant clair rappelant étrangement Magma (mais toujours avec parfois encore cette espèce de cowbell insupportable loin dans le fond !). Ce titre qui va crescendo est LA ballade de l’album, et assurément l’une de ses plus belles pièces. Ensuite, nous dirons simplement et par charité que le groupe déroule. « Sphinx » est direct, avec une guitare lead incompréhensiblement mixée au fond de la pièce (peut-être même dans le couloir… à quoi bon?), et abuse de chœurs. Mais si le combustible est là, personne n’a pensé à craquer l’allumette pour l’enflammer. « Into the Storm » qui démarre après une (trop) longue intro cotonneuse d’une minute, enchaîne passages syncopés sans jamais décider d’où il va, quand bien même y va-t-il très vite ! « The Trails » a tout de l’expérimentation pas totalement transformée, tandis que « Grind », aux allures de bouquet final (enfin) groovy s’achève (encore) dans une outro de deux minutes où il ne se passe strictement rien. Fortitude révèle comme ses prédécesseurs le savoir-faire impressionnant de GOJIRA, mais alterne malheureusement trop souvent passé un démarrage surpuissant bonnes idées et moments de bravoure d’un côté, et digressions et longueurs inutiles de l’autre. Un peu de concision (peut-être les remarques d’un producteur extérieur ?) aurait certainement profité à cet album plus cérébral que sexy, plus R&D que R&R. Ne boudons toutefois pas notre plaisir, GOJIRA sort avec cet album, malgré tout fort homogène, le premier pavé metal de l’année.

GOJIRA
« Fortitude »
Roadrunner
Sortie le 30 avril 2021

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s