GRETA VAN FLEET « The Battle at Garden’s Gate » (2021)

Il y a plusieurs façons d’appréhender ce deuxième album des Hibernatus du Michigan. La première serait de s’enthousiasmer plus que de raison sur un son vintage que les moins de quarante ans n’ont pas viscéralement connu et louer les mérites d’une résurrection anachronique. La seconde serait de vouer de facto aux gémonies faute de raison d’être ces caricatures aussi fidèles que scolaires d’un passé révolu. Mais il est assurément préférable d’écouter tout simplement ce que les frangins Kiszka nous proposent, trois ans après la sortie de leur premier album Anthem of the Peaceful Army (2018) qui fit son petit effet et laissa les critiques perplexes malgré une promotion conséquente, plusieurs nominations et quelques prix. Si le talent n’attend pas le nombre des années, trois ans, ce n’est pas rien. C’est ainsi ce qu’il fallut à Led Zeppelin pour passer de Led Zeppelin à Led Zeppelin IV. La messe était dite, la légende écrite, et la carrière établie à 25 ans de moyenne d’âge. Autres temps, autres mœurs, certes, mais certains repères permettent de raison garder. Remettre en perspective, toujours. Alors que nous réserve donc ce The Battle at the Garden’s Gate ? Est-il le fameux album de la maturité ? L’album de la consécration ? Celui de l’émancipation ? Celui qui fera taire les réfractaires et convaincra les plus sceptiques ? Inutile de tergiverser, la réponse est non. Trois fois non. Malgré d’évidentes velléités en ce sens, Greta Van Fleet recrée musicalement le classic rock des seventies avec autant de réalisme que les décorateurs de « Stranger Things » recréent visuellement les années 80. A la truelle. Avec la vision – et l’ouïe – fantasmée de ceux qui sont nés trop tard pour avoir connu the real thing, au point que tout sonne faux. Le revival plus hippie que rock que nous proposent ces rockers (le terme est-il bien choisi ?) est aseptisé, mathématique, scientifiquement élaboré, garanti sans LSD. Fake. Woke. Parfaitement dans l’air du temps, finalement. D’emblée, « Heat Above », gentillette balade insignifiante, entraîne l’auditeur dans un champ de blé doré, fleurs dans les cheveux, sous un soleil brillant au zénith d’un ciel bleu immaculé. Fermez les yeux, vous êtes dans le générique des Teletubbies ! « My Way, Soon », aux paroles aussi profondes qu’un discours de Trump, n’a guère plus d’intérêt. Les choses s’améliorent avec « Broken Bells » et ses accents Zeppeliniens. Chassez le naturel, il revient au galop ! N’était-on pas en droit d’attendre autre chose ? « Built By Nations », pompage éhonté du « Black Dog » de qui vous savez apporte la réponse cinglante… Le reste est à l’avenant, plombé par une écriture indigente qui ne laisse aucun refrain ni mélodie mémorables. Musique kleenex, oubliée dans la minute, Mr Phelps approved. Avec son heure dépassée, The Battle at the Garden’s Gate est too much tout le temps : album trop long, morceaux trop longs, cris égosillés trop longs ! Le mieux est l’ennemi du bien. « Less is more » disent les anglo-saxons. Greta Van Fleet coche curieusement toutes les mauvaises cases. Et que dire en ce sens de Joshua Kiszka, son chanteur, qui abuse du trémolo alors qu’il gagnerait plutôt à y aller très mollo. Il semble ne jamais savoir s’il doit imiter Geddy Lee ou Robert Plant, et tombe systématiquement dans un excès de cris nasillards et linéaires aussi puissants que horripilants. De l’intro de « Tears of Rain », aux refrains de « Stardust Chords », jusqu’au final de « Trip the Light Fantastic », souvent l’envie nous est venue d’aller acheter une carabine ! Quand l’album s’achève sur « The Weight of Dreams », une sorte de patchwork sans intérêt de Led Zeppelin (encore), le soulagement est total. A défaut d’écrire de la bonne musique, force est de reconnaître que GRETA VAN FLEET se débrouille en matière d’ambiance. Cela n’aura malheureusement pas été suffisant pour gagner la bataille de la porte du jardin, lequel restera inviolé cette fois-ci.

GRETA VAN FLEET
« The Battle at the Garden’s Gate »
Universal
Sortie le 16 avril 2021

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