Lo (PATRÓN)

Parfois, un album déboule sans crier gare. Sans qu’on l’attende. Comme ça. On l’écoute sans rien en attendre et on est immédiatement comblé. Par ses qualités, par son authenticité, par sa sincérité, par sa force. C’était le cas il y a bientôt un an avec le premier album de PATRÓN. Et depuis il ne finit pas de tourner ! Depuis, aussi, pandémie oblige, le temps s’est arrêté. On aurait souhaité le voir vivre sur scène. Ce sera pour plus tard. Un nouveau single inédit sort ce 12 avril 2021. On croise toujours les doigts. Nous avions rencontré (à distance sociale) son créateur, Lo. Il n’est pas trop tard pour faire plus ample connaissance avec ce musicien passionné et passionnant, particulièrement attachant.

Tout d’abord, Lo, je dois te remercier (enfin je pense) car grâce à toi j’ai découvert les combinaisons alt+162 et alt+224 sur mon clavier.

(rires) D’accord, je vois ce que tu veux dire. Il a fallu que je galère moi aussi au départ pour trouver.


Ce n’est pas évident ! Ca ne pose pas de problèmes pour les recherches sur PATRÓN sur le net ?

Je sais que sur Facebook, ça pose des problèmes. Je sais qu’il y a des gens qui ont du mal à nous trouver, mais bon.. .

D’où vient ce nom alors ?

En fait, il y a plusieurs raisons, mais rien de très profond. Je joue dans un autre groupe qui s’appelle LOADING DATA et quand on a enregistré notre dernier album, c’était déjà avec Alain Johannes, dans son studio à Los Angeles,et je m’amusais à l’appeler “patron”. Voilà, ça c’est un petit clin d’œil, et puis il y a le fait que je suis un grand amateur de tequila et de mezcal et qu’il y a une tequila très connue qui s’appelle la patrón… et puis le dernier clin d’œil est à quelques musiciens de la scène stoner française qui m’appellent patron parce que je suis un peu le daron de cette scène, puisque qu’avec Loading Data ça fait 20 ans qu’on est là, mais c’est vraiment plus sur le ton de l’humour qu’autre chose. Mais voilà, des petits clins d’oeil par ci, par là, et rien de bien plus que ça.

Et ça passe en anglais aussi ?

Oui, alors ça ne veut pas dire la même chose en anglais, ça a plusieurs significations, mais le truc quand tu tapes Patron sur internet, c’est que tu trouves souvent les patrons de couture (rires). Mais voilà, Patrón c’est le côté un petit peu exotique.

Si tu pouvais te résumer en deux phrases ?

Pas facile en deux phrases ! Écoute,… hmmmm… 20 ans de Loading Data en tant que chanteur, compositeur, etc. Et là, nouvelle épopée avec Patrón pour voir un peu ce que ça fait de jouer dans un autre groupe.

Il y a de grandes différences entre ces deux groupes ?

C’est similaire, on ne vas pas se mentir, mais j’avais envie de sang neuf. J’avais envie d’essayer autre chose avec d’autres musiciens. Même si dans Loading Data, il y a eu beaucoup de changements de line up. Mais oui, je me disais, Loading Data, ce n’est pas fini et on est tous très bons amis dans le groupe, on rejouera ensemble très certainement, le plus vite possible, je l’espère, mais ça faisait un moment que j’avais cette envie de monter un projet parallèle, de voir autre chose. En fait pour le projet Patrón, au départ, j’étais parti sur une idée un peu plus électro, électro rock. Les démos des maquettes sont beaucoup plus électro. Et puis, arrivé à Los Angeles, quand on a commencé à enregistrer avec Barrett Martin, entre autres, il avait ce son tellement organique, son son de batterie avec ce groove, ce côté hyper backbeat à la Bonham, avec ces micros d’ambiance qui donnaient un son de grosse caisse monstrueux, je me suis dit non, ça serait ça serait du gâchis que de faire un album électro avec ça. Il faut garder ce son vraiment rock. Et voilà ! Donc, c’est vrai qu’au départ, j’étais parti dans une autre direction qui s’éloignait beaucoup plus de Loading Data et au final, une fois sur place, j’en suis revenu à mes bons vieux travers de rocker (rires) !

Avec aussi cette idée de d’éviter les digressions, de t’en tenir à une style bien défini ? Plus compact ?

Ouais, Patrón c’est vraiment un album qui est très direct. Il n’y a pas de fioritures. c’est du 4/4, ce ne sont pas des temps tordus, des structures tordues. C’est « couplet, refrain, couplet, refrain, break » et hop, voilà, avec ce petit côté hypnotique, répétitif, que j’aime bien. Alors il y en a qui aiment, d’autres qui n’aiment pas ça. Mais c’est vrai que ça fait partie vraiment de ce que j’écris. Ce n’est pas parce que je n’ai rien à dire. C’est parce que j’ai envie que ça se répète, j’aime ce côté hypnotique qui sans mener jusqu’à une transe, ça serait exagéré, n’est pas là par hasard. Mais mis à part ça, c’est vrai que c’est assez simple finalement. C’est du rock, “ein, zwei, drei, nous irons au bois”. C’est vraiment très, très, très, très, très direct. Straight forward !

Et le pari est réussi. Quand c’est très hypnotique, c’est réussi quand on pense que le morceau est court alors qu’en fait il dure et dure !

(rires) Ouais, ouais, j’imagine (rires). Ça prouve qu’on ne s’est pas fait chier. Donc, c’est plutôt bon signe !

J’aime bien ce côté là ! Quatre ans pour le sortir, du coup, est ce que la totalité des maquettes était conçue depuis longtemps et tu les as redécouvertes en enregistrant l’album en studio, ou est-ce que l’écriture des titres s’est étalée sur ces quatre années ?

En fait, je compose un peu tous les jours, tous les matins en général. Le matin, je me fous sur mon ordi, je sors ma basse, ma guitare, mon petit clavier…. J’essaie des beats, des trucs. Bon, ça vient, ça ne vient pas… Ça dépend, évidemment. Très souvent, ça ne vient pas, ou très souvent, il y a des trucs et puis ça part à la poubelle en fin de séance. Et puis là, il y a eu une espèce de quelques mois, un peu bénis, où tout est sorti tout seul d’affilée. J’ai composé beaucoup à la basse, basse et claviers, c’était une nouvelle façon de bosser pour moi. Tout est venu très naturellement et les morceaux se sont enchaînés, vraiment, jusqu’à ce qu’un beau jour je me dise qu’il y avait un album, quelque chose de cohérent, qui se tenait. Mais c’est vrai qu’une fois l’album en mains, je ne savais pas vraiment ce que je voulais en faire. Parce que Loading Data était en pause, que c’est vrai que j’avais envie de faire un projet solo, un projet parallèle, mais qu’il y avait toute l’idée de tout reprendre à zéro… C’était beaucoup, au bout de 20 ans dans Loading Data, de tout reprendre à zéro, je ne savais pas vraiment ce que je voulais en faire. Et puis, c’est Robin, le batteur de Loading Data, et sa compagne qui m’ont vraiment mis des coups de pied au cul, qui m’ont dit « Écoute mec, vraiment, c’est ce que t’as écrit de meilleur jusque là. Tu ne peux pas laisser ça de côté. Il faut vraiment en faire quelque chose ». Et à force de me tanner un beau jour, j’ai pris mon téléphone. J’ai appelé Alain à Los Angeles et je lui ai dit « Ecoute, est ce que ça te botterait de produire cet album ? » Alors je le lui ai envoyé. Il m’a dit « Go ! ». Et voilà, voilà comment ça s’est passé.

C’était encore plutôt dans une mouvance électro, ou tu étais déjà revenu à quelque chose de plus rock ?

À ce moment là, j’étais toujours dans cette perspective un peu électro rock, je ne savais pas exactement où je voulais aller parce que j’avais des sons assez différents sur les divers morceaux. Mais c’est vrai que dans l’ensemble, c’était quand même batterie électronique, il y avait beaucoup de claviers, il y avait des basses qui étaient faites au clavier… Il y avait vraiment beaucoup, beaucoup de trucs, d’éléments électro. Et puis c’est vraiment une fois en studio que finalement on aurait pu traficoter les sons, etc. Mais Alain l’a mixé vraiment rock. Parce que ça demandait à être mixé rock ! Ensuite j’ai dans l’idée éventuellement de faire appel à des mecs d’électro pour remixer, pour voir ce que ça peut donner, mais finalement je suis très content que l’album soit sorti comme ça. Aucun regret, et puis si un jour j’ai envie de faire un truc électro rock, je le ferai. Mais finalement, pour ce projet là, je trouve que les morceaux collaient bien à un truc rock, et il aurait été dommage que ce soit autrement.

Et en arrivant chez Alain, avec la venue des différents guests de renom, tu as senti que ça ne partait pas du tout dans le sens de l’idée de départ, j’imagine.

Ah non, ça, j’ai envie de dire, ça ne voulait pas dire grand chose de faire un album électro avec ces mecs là, quoi ! Encore une fois, il y avait ce son vraiment live, organique de la batterie, il y avait le côté très groovy de Barrett Martin. Il y avait le côté très rageux de Joey Castillo, etc. Ca n’aurait eu aucun sens de faire un truc électro avec eux. Ça aurait été dommage et c’est vrai qu’au départ, j’ai encore hésité sur place. Après coup, j’en ai parlé avec Alain. J’ai eu des doutes. Je me suis dit Bon, « qu’est ce qu’on fait ? » Et puis finalement, je me suis dit non : rock !

À l’époque, tu savais déjà que ce serait le dernier album enregistré dans son studio, chez lui ?

Oui. En fait, ça faisait déjà un moment déjà que ça lui trottait dans la tête, le fait de devoir quitter cette maison dont il était locataire. Après les enregistrements, Alain partait avec PJ Harvey en tournée et à son retour, il rendait les clefs. C’est vrai que ça a été une grosse charge émotionnelle pendant ces enregistrements parce qu’Alain a vécu dans cette maison une bonne vingtaine d’années, c’est la maison dans laquelle il a vécu avec Natasha Schneider, sa compagne de toujours, avec qui il a joué dans ELEVEN, dans les QUEENS (of the Stone Age), etc. Et puis, c’est là qu’il a enregistré aussi plein d’albums. Tous les albums de son groupe, ELEVEN. Et puis, le premier album des EAGLES OF DEATH METAL, des albums de Mark Lanegan, un album de NO DOUBT, plein plein d’albums.. Et en plus de ça, dans cette maison sont décédées sa mère, et sa femme Natasha. Donc, c’était à la fois une maison très, très accueillante, très chaleureuse. Quand on arrivait dans cette maison, on se sentait vraiment chez soi. C’était un peu une thébaïde, une espèce de, comment dire, de lieu à la fois de relaxation et d’inspiration, mais à la fois bourré de fantômes et pas tous forcément très gais, et je crois qu’il était temps pour lui de tourner la page et c’est ce qu’il a fait, malheureusement, parce que j’aimais beaucoup cette maison (rires). Et puis voilà. Mais bon, en avant vers une autre aventure ! Je lui souhaite en tout cas.

Cette émotion a peut-être aussi ajouté au côté organique ?

Oui, absolument, je pense que ça a joué sur l’ambiance générale de l’album, même si c’est un album lourd, il est léger à la fois. C’est vrai qu’il y avait cette charge émotionnelle qui était là, vraiment présente pendant qu’on enregistrait. Alain n’était pas toujours très en forme. Il était tendu, il avait un peu mal partout. Il stressait parce qu’il avait un nerf coincé dans le dos et il avait peur de ne pas pouvoir partir en tournée avec PJ HARVEY. Tout arrivait en même temps. Je pense que c’était de l’anxiété, certainement. Il somatisait, j’imagine. Du coup, il y avait du stress mais ça a été hyper agréable, même si c’était une ambiance un peu pesante par moments parce que beaucoup de choses se jouaient en fait pendant ces quelques semaines.

Les trois vidéos que tu as publiées dans les lieux ont été réalisées après ou pendant l’enregistrement ?

Non, pendant, ce sont les prises live de l’album.

Il y a vraiment une ambiance particulière sur ces vidéos, un côté super agréable qui s’en émane et se ressent.

C’est chez lui, donc c’est dans son studio, sa maison, là c’est le salon en l’occurrence. On avait enregistré la dernière fois avec Loading Data dans une autre pièce. Là, on a vraiment tout installé dans le salon et il faut imaginer que c’est une maison qui est en plein Fairfax, c’est à dire vraiment en zone résidentielle en plein Los Angeles. T’imagines les fenêtres grandes ouvertes, les portes grandes ouvertes et vas-y que je t’arrose tout le voisinage de son. C’était vraiment une ambiance très chaleureuse et c’était une maison où pouvait débarquer à n’importe quel moment… euh,… on a eu Josh Homme qui a débarqué à plusieurs reprises, on a eu Tal Wilkenfeld, la bassiste de Jeff Beck, on a eu Joe Barresi, le producteur de Soundgarden et de Fu Manchu, et j’en passe…. Bref, c’était vraiment un endroit de passage et un endroit où les gens aimaient venir parce qu’ils s’y sentaient bien. C’est pas comme jouer dans un studio, comment dire… aux normes NF, tu vois (rires), bien balisé, bien nickel… Là, si t’as envie de chanter, même si c’est une envie de chanter sous la douche, et bien tu prends le micro et tu vas chanter sous la douche ! J’exagère mais c’est un peu l’idée. Les prises de voix, je les ai faites dans sa chambre et c’était une chambre recouverte des murs au plafond de miroirs. Ce n’était que des miroirs partout. Chaque pièce avait un peu son ambiance, son atmosphère. Et c’est vrai qu’il y avait vraiment une atmosphère particulière dans cette maison et ça a beaucoup joué sur les enregistrements, clairement.

On en parle peu parmi tous les invités de luxe, mais il y a aussi Aurélien Barbolosi, très présent, qui t’accompagnera aussi en live.

Aurélien, c’est un vieux copain. On se connaît depuis une bonne quinzaine d’années, facilement, et même plus. Il a fait pas mal de remplacements dans Loading Data, à la basse, à la guitare. Il est multi-instrumentiste. Il a son propre groupe 99 lbs, il joue avec Elliott Murphy, avec Aston Villa, il a beaucoup, beaucoup tourné avec pas mal de monde. Et on n’avait jamais eu vraiment l’occasion de jouer ensemble à cent pour cent dans un groupe. Quand j’ai su qu’on partait enregistrer là bas, je lui ai dit « Écoute, est-ce que ça t’intéresserait de venir ? Tu n’as pas pu venir pour les derniers enregistrements de Loading Data, j’aimerais bien qu’on se rattrape et que tu viennes cette fois ci ». Donc, il est venu et c’est lui qui a assuré la majeure partie des guitares sur l’album. J’en ai fait quelques unes, Alain aussi, mais l’essentiel des guitares, c’est lui. Et il joue aussi dans la formation live. Contrairement aux autres musiciens de l’album qui, par la force des choses, ont des emplois du temps un peu chargés (rires). Du coup, c’est le seul de l’album (avec moi, bien entendu), qui sera là en live. Mais comme tout le monde, on est dans l’attente que ce virus veuille bien aller voir ailleurs.

Concernant la musique, je ne suis pas le plus grand connaisseur de Desert Rock, mais il me semble que, de manière générale, les voix sont rarement aussi basses que la tienne dans ce genre.

Ouais, bah, de façon générale dans la musique, les voix graves, ce n’est pas vraiment ce qui court les rues. Ma théorie est que que ça parle peut-être moins aux gens. Peut-être que les gens aiment s’identifier à ce qu’ils entendent et que, par conséquent, les voix graves, comme elles sont plus rares, sont peut être moins faciles d’accès ? C’est ma théorie, mais elle ne vaut peut être pas grand chose. Mais c’est vrai que dans l’ensemble de ce que je connais de la musique, je dirais que les voix graves ne sont pas celles qui ont forcément… Il y a des exceptions, bien entendu, mais je veux dire, regarde un groupe comme LED ZEP, ou les Beatles, les Rolling Stones, tous ces énormes groupes qui ont vraiment marqué l’histoire du rock, ce sont toujours des voix plutôt aiguës, voire même haut perchées, et c’est vrai que des voix graves, bon, tu as Nick Cave, tu as Barry White, Leonard Cohen, etc. Mais si ces mecs sont des superstars, ca ne reste quand même que « quelques » chanteurs parmi les milliers d’autres qui ont des voix plus hautes. Et bon, c’est vrai que dans le rock, très souvent, ce sont plutôt des voix hautes, à part les mecs qui font du doom et qui ont des voix archi-caverneuses et qui grognent (rires). Mais sinon, dans l’ensemble, je pense que ce sont des voix plus rares, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont mieux, ce n’est pas une question de qualité, c’est juste que oui, c’est un fait.

Ce n’est pas vraiment un frein, mais les gens sont moins habitués, c’est ça ?

Je sais que j’ai déjà eu des gens qui pensaient que c’était une blague quand ils entendaient ma voix. Ils croyaient que je plaisantais. C’est pour dire l’effet que ça peut faire. Voilà, ben non, j’ai une voix grave et je ne fais pas exprès, mais je ne sais pas, je pense que les gens, ça leur parle peut être moins.

Et du coup cela ne t’incite-t-il pas à en jouer, en accentuant ce côté profond ?

C’est vrai que oui, peut être. Oui, peut être que j’en joue, certainement. Je ne le faisais pas avant. Et puis là, sur cet album, j’ai voulu vraiment, comment dire, profiter de cette voix, en jouant à fond la carte,… sans essayer de trop monter, sans essayer de trop pousser… je peux hein ! enfin, je peux dans la limite du possible (rires), mais ce n’était pas mon objectif sur cet album. C’était vraiment plus pour jouer le côté crooner qui raconte une histoire, assez posément, avec des envolées lyriques peut être sur les refrains, mais tout en restant quand même raisonnables.

Ta musique est hypnotique… sauf sur les refrains, que ta voix emporte.

Ouais, c’était un peu l’objectif. Déjà, j’aime beaucoup la mélodie de façon générale. Je suis un enfant des années 80, de la pop des années 80, un peu kitsch, que j’affectionne vraiment beaucoup. Et je trouve qu’on a vraiment écrit de très bons trucs dans les années 80. Niveau refrains, on a rarement fait mieux. Et j’avais envie que les refrains décollent, qu’ils restent bien dans la tête, de faire des trucs bien catchy, le genre de truc qu’on écoute le matin et ensuite on ne peut plus s’en débarrasser toute la journée à tel point que ça rend furieux (rires). Mais oui, c’est vrai que même les refrains, en l’occurrence, peuvent se répéter aussi. Il y a aussi un côté hypnotique dans certains refrains.

Les textes sont assez savoureux et imagés aussi, il y a une phrase qui me chope à chaque écoute, c’est dans « Who Do We Dance For » : « She’s got radioactive stun guns in her eyes…. » (rires)…

(Rires)

C’est le lien avec la soucoupe volante de la pochette !

Voilà (rires) ! Exactement, exactement ! C’est un petit clin d’œil. C’est clair, je n’y avais pas pensé en l’occurrence, mais oui oui, absolument ! Bien vu !

Et pareil, le début de « Leave it all behind », avec ce synthé un peu bizarre, ça me fait penser un peu à « Mars Attacks »…

Ah oui ! (rires) J’allais dire « rencontre du troisième type » !

Ah ! Il y a une forte influence pop culture dans PATRÓN ?

Oui… J’aime beaucoup…. J’aime beaucoup le cinéma. J’aime beaucoup, forcément la musique, mais j’aime beaucoup l’art en général. Tout ce qui est pop, oui j’aime bien. Je n’ai pas peur du mot pop, contrairement à pas mal de gens dans le milieu du metal et du hard rock, etc. où il faut être sombre et triste, désespéré et déprimé. Je n’ai pas peur du côté pop, du côté catchy, du côté rose bonbon et fluo. Pop pour moi, ça n’a rien de péjoratif. Je relie ça la mélodie. Pour moi, si c’est pop c’est mélodieux. A partir de là, c’est vaste.

Quand dans ma chronique je parlais de Desert Pop plutôt que de Desert Rock, j’ai eu un commentaire sur FB qui disait qu’avec Alain Johannes les QOTSA étaient plus pop. Bon, je veux bien, mais il n’est plus dans le groupe et question pop, le dernier QOSTA vise bien ce côté là, comme jamais même !

Ils sont de plus en plus pop et il n’est plus là, non.

Les gens disent/écrivent tout et son contraire. Tu en penses quoi, d’ailleurs, du dernier QOSTA ?

Il y a deux ou trois titres que je trouve pas mal. Ensuite, quand il s’agit de Queens, je suis vraiment première époque, vraiment premier et deuxième albums. Ensuite, plus ça va, moins je me sens…. ah si, Songs for the Death, mais je l’ai tellement écouté que je ne peux vraiment plus. Par la suite, si, j’aime beaucoup Lullabies to paralyse…. et ensuite de moins en moins. Et là, sur le dernier, j’ai essayé, j’ai écouté, j’ai aimé, je n’ai plus aimé et puis… je n’ai plus aimé (rires) ! Je n’ai jamais vraiment été à fond dedans. Je trouve qu’il y a des titres qui sont un peu,….. je trouve qu’on a l’impression qu’il a un peu trop cherché à faire faire un tube, trop cherché à faire le morceau qui va vendre, trop cherché à refaire un “Wanna Make it wit chu”. En fait, je crois que je ne le trouve pas honnête cet album, je le trouve pas sincère. Je vais me griller auprès de toute la scène musicale (rires) ! Mais je te jure je ne le sens pas sincère !

A contrario, en revenant en arrière, tu sais ce qui t’a plus dans cette musique ? Tu te souviens du moment où tu es « tombé dedans » ?

Oui, je me souviens très bien. J’étais à San Francisco, chez un copain à qui on rendait visite, on est allé faire des courses de disques et en fait, un autre copain a acheté le premier album des Queens complètement par hasard. A la pochette. Il a aimé la pochette et il a acheté ce disque. On est rentrés chez ce copain après, on a fumé un gros pétard et on a mis le disque. Bon, j’écoute,… ouais,.. la voix de Josh Homme ne me parlait pas beaucoup. Moi, j’étais plutôt fan de Eddie Vedder, de Pearl Jam, de Chris Cornell, des grosses voix puissantes, alors Joss Homme…. J’aimais bien le son. mais deux ou trois morceaux… Je reste un peu sur ma faim. Et puis arrive le quatrième morceau de cet album. « Walking on the sidewalks » avec cette fin bom, bom, bam, bom, bom, bom, tagada…. qui dure 3 minutes,… et alors, en plus défoncé, j’ai écouté ça et je me suis dit mais c’est ça que je veux faire !!! (rires) C’est ça que je veux faire, et ça a commencé comme ça, en fait. Vraiment, c’est ce morceau qui a vraiment tout déclenché. Je me suis dit « Putain, on a le droit de faire ça ? » Et c’est marrant que je me sois dis ça parce que j’ai écouté du jazz depuis tout petit. Mon père était fan de jazz et on n’écoutait que du jazz à la maison. Et dans le genre truc libre, y’a pas mieux. Mais là, quand même, en écoutant du rock, je me suis dit « Putain, ouah! C’est fort quoi ! ». Ca m’a fait un peu la même claque quand j’ai découvert Bukowski en littérature. J’étais à l’école, je lisais Balzac. Et puis, un beau jour, je prends ce livre dans la bibliothèque, Contes de la folie ordinaire, d’ailleurs c’était les Nouveaux Contes de la Folie Ordinaire, et je commence à lire et je me dis : “Ouah! Putain, on a le droit d’écrire ça ? On a le droit de faire ça ???” (rires) et mon goût pour la littérature a démarré ce jour là. Quand mon père a vu que j’aimais ça, il m’a dit « Bon ben tiens, tu devrais lire Henry Miller, et puis lire machin… », et de fil en aiguille, je me suis mis à lire beaucoup, beaucoup de littérature américaine. Mais oui, c’est vraiment ce morceau là qui a été une grosse claque, une révolution et une révélation pour moi. Et puis voilà, j’en suis toujours resté là, finalement, fidèle, fidèle à ça, à ce morceau et à cette ambiance que j’avais découverte sur cet album et qui m’avait vraiment… et c’est vrai que depuis je cherche… J’écoute énormément de choses pour essayer de retrouver,… déjà m’inspirer parce que c’est toujours agréable d’entendre de nouvelles choses et de voir un peu ce que font les autres, etc. Mais c’est vrai que je suis resté assez bloqué sur ce premier album qui correspondait peut être aussi à une période de ma vie. Il a vraiment influencé mon écriture.

Tu as le bonheur d’avoir Barrett Martin à la batterie, qu’on a adoré chez MAD SEASON bien sûr, mais aussi plus récemment sur WALKING PAPERS. Ce sont des groupes qui tournent chez toi aussi, qui font partie de tes influences ?

Alors WALKING PAPERS pas tellement, en revanche Barett Martin c’est vrai que je suis un grand fan de ce monsieur depuis mes 15, 16 ans,… époque à laquelle j’écoutais toute la scène de Seattle, Pearl Jam, Soundgarden, Screaming Trees, Alice in Chains, bref ! Et puis est apparu “Above” de MAD SEASON, et là aussi grosse claque ! Certainement un de mes albums préférés de l’ère Seattle des années 90, et c’est vrai que je suis tombé amoureux du jeu de batterie de Barrett Martin. J’avais cette cassette VHS du concert de MAD SEASON au Moore Theater de Seattle que j’ai regardée en boucle et en boucle et en boucle, en particulier pour Barrett Martin que vraiment j’adorais, son groove, son son, sa gestuelle,… c’est marrant parce qu’à l’époque je me disais que ce mec était un ours, et ce n’est que quand on a enregistré l’lbum avec Patrón que j’ai appris que son surnom était “the bear” ! Je suis un grand grand fan de MAD SEASON. Quand j’ai eu la chance de rencontrer Barrett c’était lors d’un concert dans le désert californien quand il jouait avec les MOJAVE LORDS de Dave Catching, de Eagles of Death Metal. Je suis allé le voir pour lui dire que j’étais un grand fan et on a sympathisé, on a discuté, on a échangé nos contacts, j’ai évoqué l’idée qu’un jour on puisse jouer ensemble sur un projet, mais à l’époque Patrón n’était encore qu’une idée. Et quand l’idée s’est concrétisée je me suis dit que c’était avec lui que j’avais envie d’enregistrer. J’en ai parlé avec Alain, qui m’a dit que c’était une super idée, qu’il avait prévu de faire des trucs avec lui… bref ça tombait très bien, et c’était la première fois qu’Alain et Barrett jouaient ensemble. Tout le monde était ravi, j’étais honoré, on n’a pas été déçus ! On a passé un très bon moment avec lui.

On arrive à garder malgré les années un petit côté groupie, fan, quand on finit par jouer avec ses idoles, où on ne les voit plus que comme des musiciens ?

Non… groupie c’est peut-être un petit peu fort, mais il y a quand même toujours de l’admiration… ce sont des mecs qui ont quand même des carrières bien plus importantes que la mienne, donc forcément le respect s’impose, et puis oui le plaisir et l’honneur de jouer avec eux. Je ne dirais pas que c’est de l’admiration, je ne suis plus comme une petite fille quand je me retrouve devant ces mecs-là (rires), ça fait longtemps ! Mais c’est vrai qu’il y a un réel plaisir, sûrement le sourire jusqu’aux oreilles, et se dire “’tain, je vais jouer avec eux, ils vont jouer sur mes morceaux, ils aiment mes morceaux, ils s’expriment sur mes morceaux…” et d’avoir un type comme Barrett Martin qui te dit “Putain, ça défonce !” et le voir prendre son pied sur tes morceaux, ça oui, c’est TRES agréable !

Il y a un lien entre Palm Springs et Seattle ?

Oui, je pense que si cette scène du desert rock m’a plu, à l’époque encore une fois j’écoutais beaucoup de grunge, c’est que oui, certainement, c’était dans la même veine. Si tu passes à Kyuss, ca devient autre chose, mais QOTSA était probablement le groupe qui permettait la transition vers des trucs plus bourrins, plus vénères, plus stoner,.. le côté desert rock, ce sont des groupes qui font la transition entre le grunge et le stoner pur et dur. Josh Homme a joué avec les Screaming Trees,… il y a certainement un rapport d’une façon ou d’une autre, et je ne sais pas quel rapport il pouvait y avoir entre les uns et les autres, mais clairement musicalement il y avait une affiliation.

C’est quoi le désert pour toi ? C’est où ? Si tu devais choisir un endroit.

Ah…. écoute, j’ai grandi à l’étranger jusqu’à mes 15 ans, j’ai vécu aux Etats-Unis, j’ai vécu en Israël, et les déserts j’ai bien connus (sourire) donc il y a beaucoup d’endroits… il y a beaucoup de déserts qui me parlent (rires) ! Sans parler des voyages que j’ai pu faire… mais je dirais que le désert qui me tient à cœur, ça serait…. putain, c’est dur, c’est dur… Il y a le Nouveau Mexique que j’aime tout particulièrement, il y a évidemment Joshua Tree mais ça c’est plus tard. Je dirais le canyon de Bryce, ce coin-là. Ca me rappelle mon enfance, donc j’ai de très bons souvenirs là-bas.

On repense aux membres de Motorhead contents à l’idée d’aller shooter la pochette de “Ace of Spades” dans le désert, que leur label a menés dans une carrière aux alentours de Londres ! Toi, si tu devais tourner une vidéo, ce serait Bryce ?

Non… je ne pense pas, ca serait trop cliché, et puis je t’avoue que l’idée d’aller tourner dans le désert, aujourd’hui je crois que c’est vu et revu… Maintenant, les rappeurs français le font aussi (rires), dont si je peux éviter d’aller le faire, le playback dans le désert,… il faut trouver autre chose ! J’aurais bien aimé à l’époque, il y a 10 ans, mais maintenant trop de groupes l’ont fait.

Deux questions rapides, nos lecteurs en feront ce qu’ils veulent, il y a sur ton album un titre qui s’appelle “The maker”. Tu es plutôt John Wayne ou Clint Eastwod ? Attention c’est une question piège !

(rires) Allez… John Wayne ! (rires)

Tu es plus Elvis ou Sinatra ?

Elvis ou Sinatra ? Hmmm….Sinatra !

L’album est bien reçu, les chroniques sont bonnes, y compris à l’étranger.

Pour l’instant oui, c’est un quasi sans-faute. Très franchement, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre et certainement pas à un accueil aussi chaleureux .Je ne savais pas non plus à quoi je m’exposais en enregistrant avec d’anciens membres des Queens ! J’avais peur que ça joue contre moi, même si dans l’absolu c’est surtout Barrett qui est sur l’album. Joey (Castillo) et Nick (Oliveri), c’est plus parce que Nick est un copain. Ils sont un peu la cerise sur le gâteau; Franchement je suis hyper agréablement surpris de voir que les gens apprécient l’album, je commence à croire que l’album est bon (rires) mais c’est toujours difficile. Je ne suis pas du tout du genre à me dire “Putain j’ai écris un album c’est une tuerie !”, je doute énormément de ce que j’écris, c’est pour ça que l’écriture de certains morceaux m’a pris huit ans ! J’arrivais vraiment sur la pointe des pieds avec cet album. Et même après l’avoir enregistré, j’ai mis trois ans avant de le sortir. Je ne savais pas ce que j’allais en faire, j’étais hésitant, j’avais peur de tout reprendre à zéro,… Encore une fois, c’est Robin, batteur de Loading, qui m’a mis des coups de pied au cul en me disant que maintenant il fallait le sortir ! J’ai contacté Klonosphère et ça s’est fait tout naturellement. Même si autour de moi les gens étaient plutôt très positifs et optimistes quant aux retours sur l’album, je ne savais pas à quoi m’attendre. Je suis ravi que les gens adhèrent, que l’album plaise. Alors maintenant j’espère que ça va durer, et que les gens seront au rendez-vous quand on pourra reprendre les concerts. Je croise les doigts. Ce n’est pas vraiment le meilleur moment pour sortir un album !

C’est piégeux de faire un album avec autant de guests prestigieux, car si ça ne marche pas, ce sera forcément de TA faute !

(rires) C’est vrai ! (rires) C’est vrai, c’est vrai,.. par la force des choses, les journalistes insistent sur le fait qu’il y a Joey, Nick, Barrett, Alain,… mais je n’ai pas voulu trop axer le truc là-dessus, la preuve en est que les photos promos sont des photos du groupe live, parce que je ne veux pas que les gens s’attendent à voir ça sur scène, je veux que les gens comprennent bien que se sont des guests qui sont venus enregistrer avec moi, des amis, mais que ce n’est pas le groupe. Je ne veux pas qu’il y ait tromperie sur la marchandise. C’est un projet solo. Je ne veux que les gens viennent me voir en s’attendant à les voir sur scène ! Ce qui m’est arrivé à Lorient je crois (rires). J’ai entendu : “Mais ils sont où Nick et Joey ?” (rires).

Tu as beaucoup vécu à l’étranger. Tu n’as jamais eu envie de faire de la musique “là-bas” plutôt qu’ici ? Où que soit ce “là-bas’.

Tout le temps. Tout le temps. (sourire). J’avais remonté mon autre groupe, LOADING DATA, en Floride entre 2002 et 2005. Et puis la vie a fait que je suis rentré en France, mais c’est évident que… je me sens plus, comment dire, la France n’est pas le pays idéal pour ce type de musique, mais en même temps il y a l’europe, de façon générale. Les groupes américains ont beaucoup tendance à venir en europe parce que je pense que ça paye mieux, je pense que le public est peut-être plus au rendez-vous, etc… finalement, ce n’est peut-être pas plus mal d’être en France parce qu’on a l’europe autour, avec une vraie scène rock, alors qu’aux Etats-Unis… même si ce type de musique vient de là-bas… à mon avis ce n’est pas évident pour eux. Sinon, ils ne tourneraient pas autant en europe.

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