Anneke Van Giersbergen

Pour beaucoup, Anneke, dont la voix pure lui permettrait de mettre le public à genoux même si elle ne chantait que le bottin, restera à jamais la chanteuse de THE GATHERING. C’est profondément injuste tant sa carrière depuis son départ du groupe néerlandais il y a déjà 14 ans est riche d’albums solo variés et de collaborations de luxe (Danny Cavanagh, Devin Townsend, Arjen Lucassen, etc.). Mariée à son manager/batteur Rob Snijders, sa vie sentimentale connaît quelques turbulences en 2018. Elle met alors de côté son projet metal VUUR et enregistre « The Darkest Skies are the Brightest », son nouvel album solo paru en février, dont le thème majeur tourne autour de l’amour évanoui. Nous l’avons rencontrée par skype alors que « tout va mieux » (selon les termes consacrés). Avec la simplicité et le charme naïf (de façade ?) qui la caractérisent, Anneke s’est confiée à nous dans cette interview qu’il convient de lire…. entre les lignes. Un moment pour nous hors du temps. Quant à son dernier album, d’une tristesse et d’une profondeur insondables, ne passez pas à côté !

Bonjour Anneke, comment vas-tu ?

Bien. Ca va. Cette époque est complètement folle…

Comment as-tu fait pour écrire onze titres tous plus entêtants les uns que les autres ? Je me surprends à les fredonner à différents moments de la journée, jamais le même, mais tous ont au moins UN passage mémorable.

Wow ! Génial ! Ca fait plaisir à entendre, c’est toujours gratifiant de savoir qu’on écrit des musiques qui imprègnent l’esprit.

Qu’est ce qui a été le plus dur, compte tenu des thèmes abordés dans ton album, écrire les textes ou composer la musique ?

C’est généralement main dans la main en ce qui me concerne. La plupart du temps, quand je trouve une mélodie j’entends déjà des mots, la façon dont ça doit sonner, ou des petits textes mêmes parfois,… et j’assemble ensuite le tout comme des petites briques. C’est vraiment quasi simultané.

Même si les « darkest skies » paraissent plus présents sur cet album que les « brightest », ton nouvel album reste cependant un album sur l’amour, et de nos jours où tout n’est que revendication, #metoo, guerre des sexes, opposition ou combat, il est vraiment à contre-courant , mettant en exergue l’importance des relations au sein d’un couple, et celle de les sauvegarder aussi.

Oui, tu sais quoi, je me suis dit la même chose. L’album, les chansons, parlent de ma vie, mais sont tout autant tristes que porteuses d’espoir,. Elles évoquent l’importance de chercher à changer quand il le faut ce qui ne fonctionne pas au sein d’un couple. Il faut toujours chercher l’équilibre entre la lumière et les ténèbres. Alors oui, dans chaque chanson, et même dans tout l’album, il y a ces moments difficiles, de confusion, mais aussi cette recherche constante de lumière, ce besoin de positiver, d’apprécier les plaisirs simples de la vie. Je pense que nous sommes tous confrontés, surtout en ce moment, a ce genre de situation, à notre façon. Comme tu l’as dit, il y a #metoo, il y a #blacklivesmatter, il y a le coronavirus… On doit trouver notre chemin parmi tout cela. Beaucoup sont remplis de haine, mais ils sont encore plus nombreux à être emplis d’amour et tournés vers les autres. Je pense fermement qu’il faut rester focalisé sur ce côté là.

Ce sont des raisons très personnelles qui t’ont incitée à démarrer ce projet. Au cours de l’écriture, t’es-tu rapidement aperçue que tu abordais des thèmes universels ? Au point où, et c’est peut-être stupide de ma part, mais au point où un homme pourrait quasiment s’approprier tes textes et les chanter presque tels quels ?

Oui, absolument ! Je n’y ai jamais pensé mais tu as tout à fait raison car l’histoire dont je parle est universelle. En fait, au moment où j’achevais l’écriture et l’enregistrement de cet album, la pandémie a démarré. Au début, je me suis dit, bon, c’est un album sur ma vie, sur ce qui m’est arrivé, est-ce que je dois vraiment en parler alors que le monde est en feu ? Ma vie privée n’est-elle pas futile en comparaison ? Pourquoi parler de moi dans un tel chaos ? Quel intérêt ? Mais je me suis rendu compte, et tu l’as justement dit, que ce que je vivais était aussi la vie de tout le monde. L’insécurité, le travail, les relations humaines, la création, tout est souvent combat. Ca génère aussi de questions. Comment s’en sortir, comment surmonter ces difficultés ? Beaucoup de gens m’ont dit comprendre ce que je vivais parce qu’ils le vivaient aussi, et se posaient les mêmes questions. Ca m’a rassurée et motivée pour continuer à raconter mon histoire, mais aussi sans occulter le reste, et notamment notre monde en feu.

Justement, maintenant que l’album sort, tu parles avec ceux qui l’ont écouté, notamment des journalistes aujourd’hui, et j’imagine qu’ils doivent tous te dire combien ton histoire fait écho à la leur, non ?

Oh oui, absolument ! Certains me racontent qu’ils ont vécu la même chose, d’autres me disent qu’ils la vivent en ce moment même, et ils m’en parlent ! Alors je reçois énormément de messages privés sur FB, des textos, des courriels… de gens qui me racontent leur vie. Tu sais, quand tu es artiste et que tu te produis en public, tu rencontres beaucoup de gens après les concerts, qui te parlent, et qui à cause de ton expression artistique se sentent suffisamment en confiance pour te raconter leur vie. Ca a toujours été une des raisons pour lesquelles je fais ce métier. Pouvoir m’exprimer, me livrer, et recevoir en retour. C’est un échange d’émotions, de sentiments. C’est très spécial. C’est extraordinaire de vivre de genre de relation.

Ca t’a surpris ?

Non, non… plus tu te livres dans tes paroles, plus tu incites/invites les gens à parler d’eux. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir l’outil que nous avons, qui nous permet d’écrire des textes, des chansons, d’être créatifs pour exprimer ce que l’on vit, ce que l’on ressent.. Certains peignent, d’autres se ressourcent dans la nature…. il y a des tas de moyens pour faire face à ce que l’on vit et l’exprimer, la musique est à mon avis l’un des plus beaux.

Ton album a ses racines en 2018. Il sort en 2021. A-t-il été écrit d’une traite ? Y-a-t-il plusieurs étapes qui ont pu modifier le projet d’origine ?

Oui il a évolué. J’ai commencé à écrire…. il y a donc quelques années, 2018 probablement, au moment où je m’apprêtais à écrire un album pour mon groupe de metal, VUUR. Mais je me suis mise à écrire ces chansons semi-acoustiques et j’ai compris que je ne pouvais pas alors écrire un album de metal, tant les chansons qui sortaient de mon stylo ne l’étaient pas du tout ! Elles étaient douces, mélancoliques… tu vois ? Et à partir du moment où je me suis décidée à écrire cet album solo, je me suis lancée à fond, je me suis isolée dans une maison dans les bois, et j’ai écrit. Une semaine avant l’enregistrement, j’écrivais encore ! (rires) J’ai dû écrire une vingtaine de chansons sur cette période !

Il y aura un « brightest skies part 2 » !

Peut-être ! Mais généralement si des chansons ne finissent pas sur l’album, c’est surtout parce qu’elles sont moins bonnes ! Mais je suis toujours inspirée ! Je me dis que si on ne peut toujours pas partir sur la route dans les prochains mois, je continuerai à écrire et je verrai où ça me mènera. Je pourrais faire un nouvel album, mais je ne sais pas encore dans quelle direction il irait. Mais je suis toujours inspirée, et j’écris.

Tu écris directement en anglais ou en néerlandais ?

Hmm… En anglais le plus souvent, sauf si j’ai des idées qui me viennent en néerlandais. Dans ce cas, j’écris en néerlandais, mais la chanson restera en néerlandais dans ce cas.

Tes mots sont simples, et pourtant si puissants. Comme je l’ai écrit dans ma chronique de l’album, « …touch your smile… », « I’ll love you forever… at least for a while », ou toute la fin de « Hurricane », sont des textes exceptionnels.

Merci ! (rires) La chanson « Keep it Simple » en parle. Parfois quand j’écris, cela peut devenir confus, chaotique… et je suis obligée de me raisonner « Annie, keep it simple ! » Les réponse sont toujours dans la simplicité, jamais dans le chaos. Mais aussi, j’aime que mes paroles soient plus poétiques, que les gens puissent y coller leurs propres émotions. D’autres chansons comme « I saw a Car » sont des petites histoires, plus directes. Mais généralement, j’aime bien que mes textes soient plus poétiques, oui.

Les trois premiers extraits de ton nouvel album sont les trois premières chansons du disque. Ce sont aussi à mon sens les plus tristes. Pourquoi ce choix ? Je trouve que ce sont les plus chargées en émotion.

Oui… C’est peut-être aussi pourquoi on les a choisies… C’est toujours un choix très difficile. Comment choisir le premier single quand personne n’a entendu tout l’album ? Quel titre représente le mieux l’humeur générale de l’album ? C’est un album semi-acoustique, très personnel, et oui, d’une certaine façon un peu triste… Alors oui, les deux premières chansons « Agape » et « Hurricane » représentent bien cet esprit, mais le prochain extrait sera un peu plus rythmé et présentera un autre aspect de l’album.

Une chanson comme « Survive » par exemple ?

Oui, par exemple. J’ai aussi envie que ce soit équilibré. On ne peut pas être triste tout le temps. Il faut de l’espoir, de l’envie, rechercher la paix intérieure et le bonheur, tu sais. Il faut garder l’œil sur cet horizon, sinon…. tu sais….. sinon on ne peut pas aller de l’avant.

La première vidéo que tu as publiée fut celle de « My Promise ». La première fois que je l’ai regardée, je l’ai trouvée si triste, limite douloureuse tu vois..

Hmm hmmm…

Ma femme m’a dit que le sens de la vidéo était évident ! Ok, je ne peux que lui faire confiance !

(rires)

Mais ça reste très très différent de l’état d’esprit et de l’humeur de tes projets précédents…

Hmmm hmmm…

…de ce à quoi tu nous avais habitués, et de ce à quoi on pouvait s’attendre.

Hmmm… oui, c’est vrai. Quand j’ai réalisé cet album, je ne pensais pas que c’est ce que les gens ressentiraient. Je ne pensais pas aux attentes des fans ou du label. Je voulais juste enregistrer ce que je ressentais, et voilà le résultat. Avec des sons folk, des choses que j’ai écoutées au cours de ma vie et qui sont ressorties à ce moment précis,.. et moi aussi, cela m’a surprise. Dans cette vidéo, on voit des gens qui simplement vivent des moments différents de leur vie, certains se demandent en mariage, d’autres sont en couple depuis très longtemps, ce sont des vies qui se déroulent… mais c’est aussi assez léger je trouve, tu sais, c’est une chanson triste, oui, mais le refrain dit « je me battrais pour toi ». La vidéo est légère, avec une belle lumière, et au final un gros aspect positif. J’ai essayé d’y transcrire cet équilibre encore une fois…

Il y a deux chansons assez différentes des autres sur cet album. La première est celle dont tu as parlé tout à l’heure, « I saw a car ». J’ai eu du mal à comprendre son sens. Est-ce une sorte de métaphore ? Et si oui laquelle ? Ou n’est-ce qu’une histoire assez directe ?

Non, ce n’est pas vraiment quelque chose que j’ai vécu, c’est plutôt une petite histoire comme tu dis.

Elle a été écrite plus tard ?

Oui, tu as raison. Elle a été écrite alors que nous étions prêts à enregistrer. Je sentais que j’avais une dernière chanson à sortir (rires). Il n’y avait aucune pression, j’étais sur mon lit dans ma chambre d’hôtel. Je l’ai écrite sur ma guitalele, qui est une sorte de yukulele, c’est une chanson assez bizarre, avec un texte plutôt sombre.

La deuxième chanson différente est « Survive ». Son thème est détaché du reste de l’album. Elle a aussi été écrite plus tard ?

Non, elle était déjà écrite. Ca s’est passé au début de la pandémie, pendant le premier confinement. Je m’étais rendue compte, comme c’est encore plus le cas aujourd’hui, de cette tendance que les gens ont de s’opposer les uns aux autres dès que l’on parle du virus, de la conduite à tenir, de politique… aujourd’hui on a ces débats sur la vaccination, tout le monde s’en prend à tout le monde … mais si on veut tous s’en sortir vivant il vaudrait mieux que l’on s’unisse, non ? Donc oui, ce titre parle de l’actualité, mais aussi de l’humanité qui se divise toujours face aux épreuves.

Avec la voix que tu possèdes, au registre si étendu, que souhaiterais-tu faire que te n’as pas fait encore, en terme de style ?

Je n’ai pas tant de souhaits que cela parce que dans ma vie j’ai eu la chance de travailler avec des artistes fantastiques. J’ai eu beaucoup de chance et je peux toujours tourner. Bien sûr, il y a des gens que j’admire énormément avec lesquels j’adorerais travailler. Comme Mikael Akerfeldt, ou Mike Patton… avec qui j’aimerais chanter un jour.

J’essaye de me souvenir depuis combien de temps du parles de Mike Patton dans tes interviews !

Je pense que…. OUI !!!! Complètement ! J’en reviens toujours aux mêmes ! Mais pour Patton, ça doit bien faire vingt ans !!! (rires)

(rires) 20 ans ? Bon, ça ne devrait plus tarder !

(rires) Oui, avant qu’on soit vieux ! Il le faut ! Mais tu sais, les choses arrivent souvent naturellement, parce que tu connais untel qui connaît untel… Je ne veux pas forcer les choses, ni contraindre les gens. Si les étoiles s’alignent, ça se produira (rires).

Comment fais-tu pour gérer la situation aujourd’hui ? Le streaming ne paie pas, Amazon vend sans frais de port, ce que tu ne peux pas faire et nuit à la compétitivité des tarifs de ton site, tu ne tournes plus…. c’est le cas pour tous les artistes. Comment faire face économiquement ?

Oui, comme tu le dis, il faut trouver de nouveaux moyens pour gagner sa vie. Dans l’histoire, il a toujours fallu s’adapter au changement. On est passé du vinyle au cd, puis on est passé à spotify et on ne vend plus de cd,… régulièrement il faut s’adapter à de gros changements qui affectent nos revenus. C’est dur, mais il faut garder la tête froide et être créatifs. Je vais mettre un truc super sympa en ligne après la sortie de l’album, il y a des moyens désormais pour vendre des billets pour des concerts online, il y a des moyens. Les gens me demandent souvent comment m’aider. Commandez des objets sur mon site, des vinyles, des t-shirts,… Cela concerne tous les artistes. Mais les gens veulent nous aider, et ils sont prêt à changer leurs habitudes. On espère bien pouvoir sortir un jour et retourner sur la route. En attendant, il faut faire preuve d’imagination. C’est loin d’être facile, mais on va y arriver.

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