LYNCH MOB « Wicked Sensation (reimagined) » (2020)

 

Sur la deuxième moitié des années 80, alors que les ventes de chaque album de DOKKEN tournaient au-dessus du million, le jeu de guitare ébouriffant et explosif de George Lynch aura défrisé la permanente de plus d’un hair-métalleux. Parce que sa vision de la musique n’était pas exactement la même que celle de Don Dokken, il finit par claquer la porte du groupe malgré le succès pour, selon l’expression consacrée, voler de ses propres ailes. Pour une fois, la fameuse excuse des divergences musicales n’aura pas été galvaudée. Il entraîne avec lui le batteur, Mick Brown, et fonde LYNCH MOB (subtil jeu de mots s’il en est…) avec à la basse Anthony Esposito et Oni Logan au chant, et sort sans tarder un premier album, Wicked Sensation (1990) dont l’énergie, le groove et la virtuosité, parfaitement représentatives du changement de décennie, font immédiatement tourner bien des têtes. Bien qu’à mille lieues des refrains pop sucrés dont Don Dokken avait le secret, les douze titres de ce premier album produit par Max Norman (Ozzy Osbourne, Loudness, 220 Volt, etc.) démontrent un savoir-faire unique et brillent par leur efficacité rock, à tel point que trente ans plus tard, ceux qui l’ont écouté à l’époque chantonnent toujours sans hésiter « Wicked Sensation », « River of Love », « All I want » ou encore « She’s Evil but She’s Mine ». Néanmoins, malgré ce démarrage classieux et remarqué, la carrière de LYNCH MOB n’aura pas vraiment été un long fleuve tranquille. Et après huit albums studio, trois splits et autant de reformations, des choix musicaux radicaux (Smoke This – 1999), un line-up tellement instable que plus de trente musiciens s’y seront passés, et une année 2020 autant portée par le politiquement correct que de vraies remises en question sociétales notamment aux Etats-Unis, George Lynch décide de mettre fin à l’aventure de son groupe, dont le nom pris au premier degré est devenu à son sens par la dramatique actualité et la force des choses difficile à promouvoir. Pour clore la discographie du groupe, il retrouve Oni Logan, fait appel à Robbie Crane (Black Star Riders) pour tenir la basse et Brian Tichy (qu’on ne présente plus et qui co-produit l’album) à la batterie, et décide de sortir une nouvelle version de ce premier album, Wicked Sensation, non pas en le ré-enregistrant stupidement, mais simplement en le ré-imaginant. Quelle meilleure façon de boucler la boucle ? Wicked Sensation reimagined n’a pas vocation à actualiser ou se substituer à Wicked Sensation. George Lynch est joueur. Il ne fait que s’amuser. L’accuser de manquer d’inspiration serait bien mal le connaître, lui qui sort bon an mal an trois ou quatre albums au gré de ses multiples projets (en solo, avec KXM, T&N, SWEET & LYNCH, THE END MACHINE, DIRTY SHIRLEY,… pour ne parler que du passé récent). Cet ultime album s’appréhende plutôt comme s’il émanait d’un univers parallèle. D’emblée, Oni Logan chante…. « 30 ans plus tard…. », et il n’a rien perdu de son coffre, bien au contraire, de même que George Lynch (65 ans) n’a rien perdu de ce feeling, de ce jeu qui en met un peu partout tout en restant constamment lisible et lumineux, mélodique, et foncièrement rock. Toujours inspiré. Et si les deux albums ont des points de convergences, assez rares cependant, ce sont au final deux œuvres distinctes. Ici la guitare slide remplace l’harmonica, là la guitare acoustique l’électrique, le rythme funky se substitue au blues de tel titre, tel mid-tempo se trouve résolument accéléré…. et vice-versa,… mais ces changements sont tout sauf superficiels. Ils révèlent en outre, si besoin était, la qualité des compositions d’origine, de l’écriture. Bien que transfigurés, les titres gardent leur force, leur percussion, leur évidence. Comme si Lynch nous faisait passer de l’autre côté du miroir. A 30 ans de distance, Wicked Sensation et Wicked Sensation Reimagined ont chacun leur pertinence qui rendent futile toute tentative de comparaison. Avec une durée totale similaire, Wicked Sensation Reimagined est parsemé de ces nombreux breaks qui donnaient aux titres d’origine une authenticité et une spontanéité qui flirtaient souvent avec la jam. La section rythmique est impeccable de justesse et de feeling, Logan chante comme jamais, et Lynch est là où il est depuis longtemps, au service de son instrument, sans esbroufe, sans clinquant, et toujours jubilatoire. Toujours là pour nous procurer cette…. wicked sensation

LYNCH MOB
« Wicked Sensation (reminagined) »Oreilles5_2
 
Rat Pak Records
 
Sortie le 28 août 2020
 
 

 

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