PAIN OF SALVATION « In the Passing Light of Day » (2017)

itplod

Ils sont rares, et infiniment difficiles à chroniquer, ces quelques albums qui ont pour effet de laisser le chroniqueur sans voix. In the passing light of day (Dans la lumière « mourante » du jour…) est de ceux-là. De ceux qu’on peut qualifier d’ « œuvre majeure ». Il n’est plus question ici de metal, de heavy, de prog… mais d’émotions submergeantes. La musique vecteur d’humanité. PAIN OF SALVATION… un concept tenant en trois mots. D’incessants changements de line-up, autour d’un seul homme, Daniel Gildenlöw, l’alpha et l’omega, le pilier, le point d’ancrage d’une musique et d’une écriture hors normes, uniques, immédiatement identifiables. Difficile dès lors d’aborder un groupe qui réussit l’exploit de se renouveler en permanence depuis Entropia paru il y a déjà 20 ans, tout en traçant une trajectoire cohérente. PAIN OF SALVATION… Rarement groupe aura porté un nom aussi prémonitoire. Le tragique thème de Remedy Lane (2002), bien sûr, reste en mémoire et ce n’est pas un hasard s’il réapparaît aujourd’hui. Les derniers enregistrements studio du groupe remontaient à six ans avec les sorties consécutives des deux volumes de Road Salt, magnifiques exercices de dépouillement donnant provisoirement à l’épure de l’oeuvre globale une conclusion… épurée. Depuis la tournée qui suivit la sortie de Road Salt Two (2011), le groupe a trouvé une stabilité autour de Gildenlöw, avec notre compatriote Léo Margarit (batterie), Daniel « D2 » Karlsonn (claviers, chant), Gustaf Hielm (basse, chant), et le jeune islandais Ragnar Zolberg (guitare et chant). Il nous reste en mémoire ce concert d’anthologie donné dans un Divan du Monde bondé et baignant dans la sueur le 18 février 2012. Et puis tout a failli s’arrêter là. Alors que le groupe s’était lancé dans une relecture acoustique live de son répertoire, le projet a tourné court. L’album studio ( Falling home ) ne sortira qu’un an et demi plus tard, dans la plus grande discrétion, et le DVD annoncé ne devrait finalement pas voir le jour. Car entre-temps, Daniel Gildenlöw, victime d’une méchante infection, pronostic vital engagé, aura passé quatre mois à l’hôpital début 2014 avant de devoir – littéralement – réapprendre à vivre. Heureusement, tout ceci n’est plus qu’un mauvais souvenir et 2016 aura permis au groupe de se rappeler à notre bon souvenir au travers du double album Remedy lane re:mixed & re:lived.

In the Passing Light of Day marque le renouveau de PAIN OF SALVATION. Premier album depuis l’épreuve vécue par Daniel Gildenlöw, mais aussi premier album original enregistré par ce line-up constitué il y a déjà cinq ans. Poussé par ses fans, le chanteur-guitariste y livre les pensées les plus sombres qui l’ont animé au cours de ce qu’il a vécu comme la possible dernière journée de sa vie. In the Passing Light of Day est l’album d’un homme qui s’est vu mourir. Un album concept qui colle bien à ce qu’est PAIN OF SALVATION. Mais il n’est pas question ici d’expérience mystique ou métaphysique. Daniel Gildenlöw est du genre rationnel, son propos et sa douleur n’en sont que plus profondément humains et terriblement sujets à l’empathie. Cet album, bâti autour de la voix de Gildenlöw qui alterne spoken words et refrains imparables, est dur. Sombre. Beau comme les ténèbres. Musicalement, il alterne metal moderne, rythmes violemment syncopés, et moments puissamment intimistes. Avec pour trame la tristesse, la mélancolie, la colère, le désespoir, l’amour… et la peur. Bien qu’articulés autour de trois pièces maîtresses qui n’ont de commun que la longueur (« On a Tuesday » en ouverture, « Full Throttle Tribe » au centre, et « In the Passing Light of Day » en conclusion, soit 35 minutes cumulées), chacun des dix titres trouve sa place dans cet ensemble qui se déguste, se savoure, ou plutôt s’encaisse d’une traite. Les textes ciselés et si justes assomment l’auditeur qui sort sonné de cette violente épreuve musicale, la gorge et l’estomac noués. In the Passing Light of Day réussit la gageure de fusionner toutes les facettes connues de PAIN OF SALVATION, pour un résultat d’une homogénéité probablement jamais atteinte par le groupe auparavant. Chaque musicien privilégie et atteint la note juste, la note subtilement adéquate, sans jamais tomber dans la facilité de l’esbroufe ni le piège de l’emphase facile, et ce jusqu’au long titre éponyme final d’une tristesse qui ferait presque passer la version de « Hurt » par Johnny Cash pour une chanson de Patrick Sébastien, à tel point que la froideur du son du respirateur artificiel sur lequel se clôt l’album laisse un sentiment de malaise et d’angoisse, voire même d’inquiétude. L’une des nombreuses forces de cet album qui par ailleurs ne comporte qu’un seul solo de guitares (mais quel solo, tellement poignant, sur « Angels of Broken Things ») est justement de privilégier l’efficacité même si elle doit passer par une forme de minimalisme totalement assumé. Ainsi, la voix de Gildenlöw n’est bien souvent accompagnée que d’une guitare (« In the Passing Light of Day »), une batterie (« Tongue of God » – Ah, ces cymbales !), une basse (« Full Throttle Tribe »), un piano (« Silent Gold »), ou un clavier (« Reasons »). Alors que le thème de « Ending Themes » (Remedy Lane) surgit à deux reprises pour donner une cohésion supplémentaire à l’oeuvre du groupe et honorer son passé, la modernité outrageuse de « Reasons » ou les rythmiques sur fond de « bips » hospitaliers de « Full Throttle Tribe » propulsent PAIN OF SALVATION parmi les très grands. In the Passing Light of Day, doté d’une production organique, est un album introspectif à pleurer. Parce qu’il est triste et parce qu’il est beau. Parce qu’il impressionne… et parce qu’il laisse sans voix.

PAIN OF SALVATION
« In the Passing Light of Day »Oreilles5_2
InsideOutMusic
 
Sorti le 13 janvier 2017
 

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