Darran CHARLES (GODSTICKS)

Il y a de fortes chances que vous n’ayez jamais entendu parler de GODSTICKS, mais ce n’est pas grave parce qu’il est encore temps de réparer cette dramatique erreur. Nous nous sommes entretenus en ce début d’année avec son leader, Darran Charles, au sujet de son nouvel album Inescapable. Malgré Skype et la distance qui sépare la France du Pays de Galles, nous avons rencontré un artiste chaleureux et charismatique comme rarement, tant et si bien (pour tout vous dire) que ma femme croyait pendant l’interview que je discutais avec un ami de longue date. Il y a des jours, et heureusement des gens, comme ça…

Bonjour Christophe, comment vas-tu?

Salut Darran, bien et toi ?
Pas trop mal (rires) !

Je suis super heureux de m’entretenir avec toi, même si mon histoire avec GODSTICKS est très récente, puisque je ne vous ai découverts qu’avec Faced with Rage (2017).
Oh vraiment ! Ca ne fait que deux ans alors !

Faced-With-Rage-coverOui, à sa sortie. C’est un album qui s’est imposé à moi petit à petit, mais que j’écoute toujours régulièrement aujourd’hui.
C’est sympa à entendre !

Son atmosphère est assez unique je trouve.
Oui, je suis assez d’accord. C’est un album qui a mis du temps à se concevoir aussi, comme tous nos albums. Je ne m’attends jamais à ce qu’ils soient accessibles rapidement. Mais généralement, les albums moins immédiats ont une durée de vie plus longue.

En fait, je l’ai tellement adoré que dans un premier temps je n’ai eu absolument aucune envie de découvrir les précédents !
(RIRES)

Je les ai quand même écoutés, mais après !
(rires) Ils sont très différents. Surtout nos deux premiers, Spiral Vandetta (2010) et The Envisage Conundrum (2013), très différents des trois derniers.

Le son a beaucoup évolué depuis Faced with Rage. Il est devenu beaucoup plus brut alors.
Ah oui tu trouves ? Je pense que Emergence (2015) était déjà un peu comme ça, mais je suis d’accord pour Faced with Rage qui avait un son presque industriel. Je n’aime pas essayer d’influencer la façon dont les gens perçoivent un album, mais je trouve que sur Inescapable le son apparaît un peu plus poli, adouci sur les bords. Mais je suis d’accord que les deux précédents étaient plus bruts. J’aime ce son, non compressé, avec des guitares naturelles, je trouve le rendu plus agressif.

Oui, plus agressif, c’est ça. Et tout comme je t’ai dit que je ne voulais pas écouter ce que tu avais fait « avant », je craignais aussi beaucoup ce que tu allais faire « après » Faced with Rage !
(rires) J’espère que tu n’es pas trop déçu !

godsticks inescapable cover

Mais c’était tellement unique ! Heureusement, Inescapable et Faced with Rage me paraissent être les deux faces d’une même pièce avec cependant un côté moins lourd, celui de ce nouvel album.
Oui, je le pense aussi. Je déteste faire deux fois la même chose. Je ne prévois rien à l’avance quand je compose, je ne m’impose pas de règle, de style, mais il m’importe que ce soit différent. Il faut bien sûr conserver sa personnalité, et je pense que c’est ce que nous faisons avec GODSTICKS, mais je pense que ta description est bonne, des faces différentes d’une même pièce. Tu as raison, ce nouvel album n’est pas fondamentalement différent de Faced with Rage, nous sommes le même groupe, mais on y trouve peut-être un peu plus de… tendresse sur certains titres. Même si bien sûr, certains sont heavy aussi…

Sur Faced with Rage, il y avait comme une sorte de lutte constante entre la guitare et le chant, et sur Inescapable, il semblerait que le chant en soit sorti vainqueur !
(RIRES) Voilà encore une très bonne description ! Oui ! Sincèrement, ton analyse me plaît vraiment Christophe ! Je pense que l’on doit ça au producteur, James Loughrey, qui a œuvré sur ces deux albums. Il a libéré beaucoup de place pour le chant sur Inescapable. Un des buts que nous nous étions fixés sur cet album était de parvenir à ce que chaque titre soit mémorable, au niveau de sa mélodie, de ses riffs,… On a toujours eu tendance à faire beaucoup d’overdubs pour donner du relief à notre musique, et là on a voulu déshabiller tout ça et voir jusqu’où on pouvait aller. Sur la démo de « Surrender », il y avait du piano, des arrangements de cordes, enfin toutes ces couches dont on aime habiller nos chansons,… et j’ai tout enlevé. J’ai fait écouter ça aux autres membres du groupe, c’était un peu bizarre car pour le coup ça ne ressemblait pas à la musique que l’on joue d’habitude, mais doucement on s’est acclimatés à cette façon d’écrire et de composer, et on a vraiment fait l’effort de dégraisser tous les titres pour s’assurer que les mélodies se tenaient sans l’assistance habituelle des overdubs. J’espère qu’on y est bien parvenus.

Ca me semble être le cas !
(rires) Merci !

La première fois que j’ai écouté « Surrender » ou « Change », je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Chris Cornell…
On me dit ça oui, mais à vrai dire c’est un compliment assez embarrassant. Chris Cornell est l’un des plus grands chanteurs qu’on ait eu. Il pouvait chanter aussi haut que bas avec une facilité déconcertante. C’est très gênant d’être comparé à lui car il n’y a aucun moyen pour moi d’atteindre un jour son niveau. Je prends le compliment, bien sûr, car il est flatteur, mais je ne le recherche pas. Je ne cherche à imiter personne, que ce soit au chant ou à la guitare, Je n’ai même jamais joué dans un groupe de reprises ! Ce qui m’intéresse, c’est d’écrire. Et en tant que guitariste, même si j’écoute beaucoup de musiciens, je cherche toujours à développer ma propre identité. Je ne cacherai pas mes influences, mais je n’ai absolument aucune envie de copier qui que ce soit.

Bon, alors disons qu’en fait ce n’était pas un compliment.
(rires)

Tu t’étais fixé pour objectif de te concentrer plus sur le chant que la guitare sur cet album ?
Oui et non. Je ne pense pas privilégier un instrument, ou ma voix, plus qu’un autre, et j’attache une importance à tous les détails. Même un son de guitare qui serait à peine audible sera travaillé comme je souhaite qu’il sonne. Mais tu n’as pas tort non plus, car on a peut-être cherché à donner une prééminence au chant. Je ne dirais pas qu’on a remisé la guitare à l’arrière plan, mais on a cherché un son moins agressif, moins rentre-dedans. C’est toujours assez heavy, mais on a un peu arrondi les angles, et je voulais que les mélodies soient fortes. Sur nos précédents disques, je trouvais qu’on avait de bons refrains, de bonnes mélodies, mais certains me disaient le contraire alors je voulais peut-être ici leur prouver qu’ils avaient tort, surtout en me prouvant à moi-même que je pouvais écrire et composer de bons refrains facilement mémorisables. Et encore une fois, on cherche toujours à innover, à ne pas nous répéter… même si je me répète en le disant !

(rires) Tu aimes les textes assez longs. Tu as beaucoup de choses à dire ?
Oui, je pense que ce qui a changé pour moi en tant que parolier et interprète, est d’avoir essayé sur chacun de nos albums de faire plus court. Depuis quelques années, je me suis rangé à la devise less is more. Mon chant a toujours été influencé par mon jeu de guitare, j’écrivais toutes les mélodies vocales à la guitare. Mais depuis quelques années, j’écris mes lignes de chant indépendamment. Je sais que less is more fait très cliché, et il ne faut pas le prendre au pied de la lettre. Si un chanteur écrit de longs textes, cela ne rendra pas son travail fatalement mauvais, mais j’apprécie de plus en plus les mélodies simples, alors qu’au départ j’en faisais bien trop. Je ne renie rien, car je sais qu’à chaque fois on a fait ce qui nous semblait être le mieux. Je ne regrette rien. Mais je pense que je ne prendrais plus de plaisir à jouer aujourd’hui les titres de nos premiers albums, principalement à cause de la quantité de paroles. D’abord c’est compliqué à chanter, et puis ce n’est pas fun, tout simplement.

Ta musique n’est pas vraiment funny non plus.
(RIRES) Non ! (rires) C’est vrai ! C’est d’ailleurs assez curieux car ça ne reflète pas du tout ce que je suis ! Je ne me prends pas au sérieux, mais ma musique oui. Mes textes sont assez sombres aussi, mais je ne suis pas comme ça dans la vie, je suis plutôt facile à vivre je pense… Il n’y a sûrement que la musique que j’appréhende aussi sérieusement.

Je te dis ça parce que tout à l’heure tu as déclaré qu’il y avait plus de tendresse sur cet album. Et quand on lit les titres des morceaux on découvre « Denigrate », « Victim », « Surrender », « Resist »…
(RIRES) Oh mon Dieu, je pense que c’est bien là le paradoxe ! Les mélodies des chansons me parlent plus que leurs textes, je pense. Et c’est valable aussi pour toutes les chansons que j’écoute, quels qu’en soient leurs auteurs. La mélodie et la musique me transmettent toujours plus d’émotions que les paroles. Ce pourrait être les meilleures paroles au monde, si la mélodie ne me parle pas, ça ne me touche pas. Je trouve que sur notre nouvel album, les mélodies sont plus douces. Après, il ne m’appartient pas d’expliquer à l’auditeur le sens de la chanson. C’est à lui d’être touché ou pas.

La musique de GODSTICKS est plus directe en ce sens que tu as abandonné les digressions parfois jazzy qui ont pu exister par le passé. Est-ce dû à l’arrivée d’un second guitariste et d’un nouveau batteur depuis deux albums ?
Même si je suis le principal compositeur, il est évident que chaque membre apporte un peu de lui dans la musique du groupe. Les chansons ne prennent vraiment vie que lorsque chacun a apporté ses parties. Et tu as raison, notre précédent batteur était très influencé par le jazz, et moi-même j’étais intéressé alors par des choses plus fusion et mes goûts aussi ont changé au fil des années. Je suis devenu plus sensible aux mélodies plus sombres, aux accords mineurs. Au tout début du groupe, j’écoutais beaucoup Steely Dan, Frank Zappa, Ruthus Wainwright… ce n’est plus le cas aujourd’hui, et je pense que tu exprimes aussi une partie de ce que tu écoutes quand tu composes. Mais pour revenir à ta question, je pense effectivement que Tom (Price, batterie – nddotl), et même Dan (Nelson, basse – nddotl) qui a beaucoup changé ces neuf dernières années, je pense qu’il est devenu trois ou quatre fois le bassiste qu’il était en arrivant,… je suis vraiment fan de chacun d’entre eux, j’adore les écouter jouer, et leur jeu influence souvent la tonalité ou l’ambiance d’un album. C’est pareil avec Gavin (Bushell, guitares – nddotl), ses choix d’accordage m’influencent aussi beaucoup. Tout le monde apporte ses idées.

Godsticks Official Band Photo

GODSTICKS est signé chez KSCOPE. Récemment, quelques artistes historiques du label sont partis, je pense à Steven Wilson ou Anathema. Mais il y a une sorte de relève de la garde, non ?
Steven Wilson est un artiste majeur et il était écrit qu’il signerait chez une major un jour ou l’autre. Anathema est resté au moins dix ans chez Kscope,… mais Kscope continue à investir dans de nouveaux groupes, tout en conservant de grosses pointures. Il reste des anciens mais certains nouveaux sont très intéressants, comme IAMTHEMORNING, ou O.r.k. par exemple. Sur leur dernier album, ils ont eu Serj Tankian de SYSTEM OF A DOWN. Je suis fan de SOAD et quand j’ai vu la vidéo j’étais jaloux !

C’est marrant que tu mentionnes SOAD, car en écoutant ton nouvel album plusieurs groupes des années 90 me sont venus en tête, comme SOAD, comme SOUNDGARDEN, comme HELMET, comme TOOL…. Ce sont des groupes que tu écoutais à l’époque ?
Non (rires) ! Mais c’est une bonne question, les années 90 sont celles où j’ai débuté la musique. J’écoutais et j’aimais pas mal de grunge. Ce fut un choc à l’époque car jusque là après avoir écouté Deep Purple, Sabbath, j’étais passé au hair metal, Steve Vai, tout ça… et puis le grunge a débarqué et il est devenu illégal de jouer un solo de guitare. Ce qui n’était pas une mauvaise chose car le genre avait alors sombré dans une sorte de caricature de lui-même. A l’arrivée du grunge, UN groupe m’a impressionné et certainement influencé : Soundgarden. Mais pour moi ils n’étaient pas vraiment grunge, ils étaient différents des autres, ils avaient une façon étrange de composer, et puis bien sûr il y avait Chris Cornell. Quant aux autres groupes, étrangement, je n’avais jamais écouté HELMET jusqu’à très récemment, et si j’avais écouté TOOL quand j’étais plus jeune, ce sont là deux groupes que je me suis mis à écouter depuis… quoi ? Un an et demi, deux ans ?

Ah oui ?
Oui, je sais, ca va paraître ridicule ! Je me souviens de TOOL dans les années 90 mais pour moi c’était un petit groupe. Mais je me rattrape depuis deux ans, et peut-être m’ont-ils influencé ? Quand j’écoute 10,000 days, c’est un album incroyable. Quel son de guitare ! Quelle production ! Je me suis souvenu que HELMET était réputé pour ses bons riffs, alors je me suis mis à les écouter sur Spotify, et c’est aussi un groupe fantastique. J’ai aussi écouté Alice In Chains ces quatre ou cinq dernières années. Mais franchement, dans les années 90, je n’écoutais que Soundgarden, et peut-être aussi un peu de Primus, et puis plus rien pendant dix ans. Je n’ai découvert System of a Down il y a quatre ans seulement ! En fait, j’écoutais beaucoup de metal quand j’étais jeune, et quand KORN est arrivé j’ai adoré leur premier album, mais ensuite tous les nouveaux groupes sonnaient exactement comme eux. Ça m’a dégoûté du genre. Ce n’est que bien plus tard en tombant par hasard sur SOAD que je me suis rendu compte que j’avais raté plein de choses !

 

Godsticks Monnow Valley Studio 2019-112

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