Toschie (AUDREY HORNE)

Ils ne peuvent plus tourner, mais pour autant la vie des musiciens ne s’arrête pas. Nous continuons notre petit tour en Norvège, et après Jørgen Munkeby de SHINING, c’est le charismatique chanteur d’AUDREY HORNE, Toschie, qui a répondu à notre invitation à la cool pour parler de l’album live que le groupe vient de sortir, Waiting for the Night, et d’autres choses encore…

Bonjour Toschie, merci de nous recevoir « chez toi ». Comment vis-tu ce confinement ?
Mes sentiments sont assez partagés. D’un côté, il y a cette situation triste, tragique, je pense surtout à ceux qui tombent gravement malades et ceux qui en meurent, mais aussi à l’aspect économique, à ceux qui venaient de démarrer une activité ou qui l’entretenaient depuis des années et qui font faillite,… mais d’un autre côté, à un niveau plus personnel, je le vis comme une pause. Un pause plutôt agréable même, car d’une part ni moi ni aucun de mes proches ne sommes malades, j’ai la chance de ne pas trop en souffrir financièrement non plus, je suis à nouveau papa d’une petite fille depuis décembre, et tout cela me permet de rester à la maison, de profiter de ma famille, de me concentrer sur le dessin, et donc en fait je vois plutôt les côtés positifs de cette situation.

AUDREY HORNE WAITING FOR THE NIGHTMusicalement, 2020 a commencé bien fort pour AUDREY HORNE avec la sortie de cet album live, « Waiting for the Night », mais aujourd’hui malheureusement la journée va être longue ! Pourquoi cet album n’est-il pas arrivé plus tôt dans la carrière du groupe, alors que la scène est votre univers ?
(rires) C’est la question que tout le monde nous pose ! Cela fait longtemps qu’on voulait le faire, parce qu’effectivement on se considère comme un bon groupe de scène. C’est en tout cas le retour que l’on a depuis longtemps. Les fans aiment nos albums studio, mais nous félicitent toujours pour nos prestations live. Donc on en parlait depuis longtemps, mais ça n’avait jamais dépassé le stade des discussions. Il faut croire que cette fois-ci était la bonne. Au départ, on s’était décidé pour l’enregistrer à Paris, car c’est une ville où l’ambiance est toujours géniale. Malheureusement, lors de notre dernier passage (à L’empreinte de Savigny-le-Temple, pour être précis – nddotl), il ne nous a pas été possible pour des raisons techniques d’en sortir un bon enregistrement. On s’est alors dit que ce n’était que partie remise et que lors de notre prochain passage à Paris on retenterait le coup. Mais il nous est apparu vain d’attendre le show parfait, le public parfait, le son parfait… alors on a décidé de l’enregistrer chez nous, à Bergen. Parce que c’était plus simple aussi.

SKYPE

Le fait d’enregistrer un live chez soi, c’est aussi un moyen d’en faire un disque plus personnel ? Je pense au fait que tu t’exprimes dans ta langue maternelle sur scène par exemple.
Oui, on en a parlé aussi. On s’est demandé s’il fallait parler anglais entre les morceaux… Il faut être honnête, la plupart des gens qui ont écouté, acheté cet album, ne parlent pas forcément correctement norvégien. Mais on ne voulait pas que ça paraisse étrange. Il fallait que ça sonne naturel. De plus, je ne parle pas tant que ça entre les titres, je n’ai pas grand chose de brillant ou d’intéressant à dire. Mais si vous voulez à tout prix savoir, n’hésitez pas à utiliser google translate !

De nombreux groupes connus ont pris l’habitude de sortir un album live après chaque tournée avec une routine qui frise l’indigestion, d’autant plus que souvent ces lives ne sont que des reproductions fidèles de l’album studio précédent. Sans remonter jusqu’à « Made in Japan » par exemple, où des titres à l’origine de 3 minutes y dépassaient les 15, il est rare aujourd’hui de ressentir un frisson nouveau en écoutant un album live. Ce n’est absolument pas le cas de « Waiting for the Night » qui retranscrit fidèlement l’énergie déployée sur scène par AUDREY HORNE. Vous avez corrigé beaucoup de choses sur ces bandes ?
Pas beaucoup non, mais quelques-unes car en live il y a toujours une raison ou un autre qui fait qu’à un moment du concert un titre est partiellement bancal. Par exemple ici sur « Sail Away », une des guitares était désaccordée. Évidemment, en live, dans la salle, ça n’a pas d’importance car l’ambiance occulte tout ça. Tout le monde fait la fête, le groupe est là, devant, et si quelqu’un fait un pain, ça ne va par remettre en question la qualité de la soirée. A la limite, personne ne s’en rend compte ! Mais si tu joues chez toi un album d’AUDREY HORNE et qu’une guitare est désaccordée, tu vas te dire « C’est quoi ce bordel ??? ». On voulait que l’album soit honnête, avec de l’énergie, et donne à l’auditeur une bonne image d’un de nos shows, aussi fidèle que possible. Mais on était aussi conscients que les gens l’écouterait dans leur salon. Les petits pains, on s’en fout. Mais les problèmes de tonalité, d’accordage, si on peut les régler… pour moi aussi d’ailleurs ! Si je chante et que tout à coup je lève les bras, dans le salle les gens voient mes lèvres bouger et leur cerveau fait comme s’il m’entendait toujours,… mais sans l’image, sur un album live, il y aura un blanc. Ce sont ces petits détails qu’il a fallu corriger, parce qu’on voulait que l’album soit une bonne expérience pour l’auditeur, et pas un documentaire pointilleux 100% conforme à ce qui se passe dans une salle de concert. Mais nous n’avons rien ajouté. Il n’y aucun overdub sur cet album. Nous ne nous cachons pas de ces correction mineures, car oui, c’est un album live, mais c’est aussi avant tout un album.

D’autant plus que l’album contient un blu-ray avec de nombreux bonus, dont des captations live de concerts entiers, avec le son intégral brut d’origine.
Ah oui, on ne s’est pas emmerdés à corriger quoi que ce soit sur les bonus !

Vous aviez des albums live en tête, dont l’ambiance, le son, le feeling ont pu vous inspirer ?
Oh oui, absolument. Un des albums qui a fait l’unanimité quand on a commencé à parler de sortir un live, est un album qui en fait n’est pas aussi live qu’il prétend l’être. C’est le Live and Dangerous de THIN LIZZY. Quel putain d’album ! Mais apparemment, d’après ce que j’ai appris, presque tout ce qui y est enregistré l’a été en studio. Je crois qu’il n’y a que la batterie qui vient du live. Mais alors ? J’ai grandi en l’écoutant, et pour moi il a toujours représenté ce que cela devait être d’assister à un concert de THIN LIZZY. Le fait d’apprendre plus tard que tout était refait n’a jamais changé mon avis sur cet album. On voulait que notre album donne ce sentiment d’immersion. C’est pourquoi les récents albums live de WHITESNAKE par exemple, et je ne veux surtout pas dénigrer ce groupe, mais quand on les écoute, on n’arrive pas à croire qu’il s’agit de concerts en public. Ce sont des albums studio avec du public ajouté. On ne voulait surtout pas ça. On voulait un album LIVE !

THIN LIZZY

Avec un public qui participe !
Oui ! Et donc Live and Dangerous est un modèle. Mais bien sûr, il y a aussi Live after Death d’IRON MAIDEN, et Alive de KISS. On a parlé entre nous de beaucoup d’albums live, mais uniquement de vieux albums. Aucun album live récent ne nous a fait nous écrier « C’est comme ça qu’on veut sonner ! ». Mais bon, c’est peut-être parce qu’on est tous vieux et qu’on n’écoute que de vieux trucs ! (rires)

Chaque album live a son histoire. Comme beaucoup de vieux aussi, je suis fan du « Tokyo Tapes » de SCORPIONS. Il y a quelques années, Uli Jon Roth avait révélé que lors de l’enregistrement, le public n’avait pas été capté correctement. Ils ont alors cherché quel était l’album live qui cartonnait pour lui « piquer » le son du public. C’est ce qu’ils ont fait, et donc sur « Tokyo Tapes », le public que l’on entend est celui de « Peter Frampton Comes Alive » !
C’est vrai ? Ohh… Tu vois, c’est un autre album live mythique, et même en sachant ça, ça n’enlève rien à sa magie. On s’en fout, non ?

Carrément ! (rires) J’imagine qu’il se passera un peu de temps avant une nouvelle tournée. Mais en fait, qui sait ?
Qui sait, absolument ! J’ai vu pas mal de groupes donner des concerts en streaming. J’en ai vus de très bons. Et puis d’autres plus… euh… un peu moins. Ce n’est vraiment pas la même chose. On a parlé de faire un truc dans le genre, et on le fera probablement. Mais Espen, notre bassiste, a tout de suite dit : « Je me demande si AUDREY HORNE est bon sans son public… ». C’est vrai que le public est une pièce indispensable de nos concerts. Sans cette alchimie, les gens pourraient être déçus. Je pense qu’il faut le faire parce que ce sera une expérience différente, mais j’imagine que l’année prochaine, à un moment, les choses reviendront à la normale et qu’on pourra reprendre la route.

On peut penser que puisque vous ne tournez pas, vous êtes en train d’écrire un nouvel album ?
Tout à fait ! On vient de commencer. J’avais un peu de retard pour l’interview parce que j’étais sorti chercher du matériel pour me permettre de chanter à la maison. J’ai un espace de travail où je peux dessiner, peindre,… et ma femme a son bureau dans la même pièce. Je vais y installer un portable, des micros et quelques équipements de manière à ce que lorsque Thomas ou Arve m’envoient des idées je puisse travailler sur des paroles et des mélodies vocales. Jusqu’à présent, on se réunissait pour écrire, mais aujourd’hui c’est devenu compliqué. Alors on change de technique, et c’est peut-être plus productif car je peux enregistrer tous les jours, à la différence d’avant où on se retrouvait de temps en temps en studio pour échanger nos idées. Le problème avec l’écriture, c’est que bien souvent quand une idée te vient en tête, tu te dis que tu en feras quelque chose en rentrant chez toi, et puis quand tu t’y mets tu ne la retrouves pas exactement. Il manque souvent le petit plus, ce qui en faisait un idée cool. C’est très frustrant. Donc, oui, on écrit un nouvel album, et on pense avoir suffisamment de titres pour la fin de l’été.

07Votre dernier album studio en date, Blackout (2017), avait une production qui me semblait faire le lien entre le son de Audrey Horne (l’album – 2010) et celui de Youngblood (2013). Je me trompe ?
C’est vrai qu’après Audrey Horne, nous sommes revenus à nos racines, avec un son plus simple. On a abandonné les couches de chœurs, les harmonies,… Mais sur Blackout, notre producteur nous a encouragés à y revenir, à ne pas avoir peur d’ajouter des éléments que nous ne pourrions pas forcément reproduire à l’identique en live. Je pense que c’était un bon choix. Je comprends ce que tu ressens, ce mélange des deux.

Toschie, tu es aussi tatoueur. Comment cela se passe-t-il avec le confinement, tout est arrêté ?
Oui, depuis le premier jour. On était en tournée avant ça, donc ça fait bien deux mois que je n’ai pas tatoué. Mais en Norvège on commence le déconfinement progressif (interview réalisée le 22 avril – nddotl), et il a été décidé que les tatoueurs pourront reprendre leur activité la semaine prochaine, sous des conditions très strictes bien sûr.

En attendant, tu as beaucoup dessiné, peint… On peut voir certains de tes dessins sur ta page FB.
Oui, en temps normal, quand je travaille, que je tatoue, que je joue, j’ai toujours plein de dessins en cours ou d’idées que j’aimerais mettre sur papier, et puis quand je rentre chez moi le soir, je n’ai plus qu’une envie c’est de décompresser, de me reposer, de passer du temps avec ma famille, regarder un film ou écouter de la musique. C’est pour ça que je te disais tout à l’heure que cette pause forcée avait de bons côtés, elle me donne l’énergie et le temps de me poser et me focaliser sur tout ça.

Tu lis beaucoup de BD ?
Oh oui ! Quand j’étais petit, j’étais tout le temps dans les BD, dans les magazines…

gastonDes comics d’horreur américains ?
Oui, mais MAD surtout. Beaucoup de BD françaises également, Tintin, Astérix et Obélix, mais aussi Viggo (Gaston Lagaffe), Sprint (Spirou), André Franquin était un auteur brillant qui m’a beaucoup influencé, notamment avec ses « Idées Noires ». J’ai passé des heures et des heures à lire tout ça. L’humour passait vraiment bien en norvégien. Viggo et Sprint étaient très célèbres ici.

On pourrait en discuter des heures (ce qu’on fera une prochaine fois, certainement – nddotl), tu prêches un convaincu (et coucou à nos amis belges !). Merci Toschie, et encore bravo pour ce superbe album live !
Merci ! Si jamais la situation devait continuer, on en sortira peut-être un autre qu’on appellera « Still Waiting for the Night ».

(rires) Pourquoi pas !
Oui, pourquoi pas ! Mais avant ça, le prochain album sera un nouvel album studio.sprint

Si ça devait durer, AUDREY HORNE pourrait sortir deux albums studios sans tourner ?
Non, je ne pense pas. Et on ne sera pas comme les groupes dont tu parlais tout à l’heure, qui sortent un album studio, puis un live, puis… etc. Il y aura d’autres albums, mais studio.

Oui, car un album live doit aussi être un témoignage d’un moment important, marquer une étape dans une « carrière »…
Je suis entièrement d’accord avec toi.

Merci Toschie pour nous avoir accordé un peu de ton temps de confiné.
Merci à toi, stay safe !

 

Et un gros salut viril et amical à Christophe Benoist pour la magnifique photo de 2011 en tête de cet entretien ! You rule my friend !

 

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