Jørgen Munkeby (SHINING)

Jørgen Munkeby est le cerveau derrière SHINING, groupe norvégien de metal avant-garde (comme on identifie les musiciens dont la musique est inclassable) qui connut un succès mérité en 2009 avec Blackjazz, un album dont toute bonne discothèque s’honorera de la présence. En 2018, le groupe effectue un virage à 180° et sort Animal, un album dont toute bonne discothèque… une fois encore. C’est aussi un saxophoniste que le monde du metal s’arrache. Cette année, il apparaît sur les dernières sorties de Nergal et d’Ihsahn. C’est aussi quelqu’un d’éminemment sympathique et franc, toujours disponible pour tailler le bout de gras, d’autant plus en cette période de confinement imposé. SHINING devait se produire à Toulouse le 21 mars dernier. Le concert, annulé, a été joué confiné en Norvège et diffusé en streaming le 27 mars, avant même que cette pratique ne devienne une mode. Nous avons passé une heure avec lui sur Zoom, pour une interview dont voici quelques longs extraits.

Bonjour Jørgen, merci de me consacrer un peu de ton temps (rires). Quelle est la situation en Norvège ?

Salut Christophe, les gens ne prennent pas vraiment tout ça au sérieux, moi le premier… Ce n’est pas un réel problème ici, pour les services de santé, les hôpitaux… Ça se passe plutôt bien. Tout le monde reste chez soi, fait du télétravail. Mon seul gros souci, c’est l’aspect financier. J’ai 22 concerts prévus avant l’été d’annulés. Si les festivals d’été sont aussi annulés, cela m’en fera 25 de plus. Économiquement, c’est très dur. Pour l’instant il y a des morts, mais pas plus que chaque année avec le grippe. Ça donne quoi en France ?

Comme partout, chacun est confiné. Au-delà de l’aspect sanitaire, le gros problème est effectivement de ne pas pouvoir travailler correctement. Les gens respectent en majeure partie le confinement. C’est une bonne chose. La grosse incertitude évidemment concerne l’issue de cette situation. Savoir quand le confinement prendra fin. J’imagine qu’en tant que musicien tout cela tombe au mauvais moment, d’autant plus que si certains commencent à reprogrammer leurs tournées pour l’automne, tout le monde ne pourra pas le faire au même moment, et ca posera de nouveaux problèmes d’organisation.

Oui, plusieurs de mes concerts sont reportés à l’automne, mais comme tu le dis, je m’étais organisé autrement, et je ne pourrai pas tout faire. Ma compagne attend notre deuxième enfant pour septembre. J’avais prévu de tourner et rentrer un peu d’argent avant pour être à la maison à la naissance et les semaines suivantes. Je crois que ce ne sera pas possible.

Sauf si le confinement n’est pas terminé en septembre !

(rires) Oui, c’est vrai !

Ce sont ce confinement et ses conséquence économiques qui t’ont donné l’idée de faire ce show en streaming vendredi dernier ?

Oui. Je voulais tester nos équipements, voir ce qu’on était capable de faire techniquement. Cet aspect nous intéresse depuis toujours. On a acquis du matériel vidéo et informatique en vue d’émettre en streaming avec plusieurs caméras. C’est passionnant à mettre en place. La situation m’a contraint à me pencher sur ces éléments que j’avais toujours relégués à plus tard. Tous ces concerts annulés m’ont libéré du temps. J’ai toujours plein de choses à faire. Je suis très occupé. J’ai des tas de morceaux en tête. Si je pouvais, j’aurais de quoi écrire pendant des mois. Mais j’aime jouer et je m’étais organisé pour tourner. La situation nous a vraiment poussés au cul pour nous lancer dans ce streaming. Ca a plutôt bien rendu, et nous a aussi permis de voir ce qu’on fera différemment la prochaine fois. On apprend !

La qualité du son et de l’image m’a impressionné. Au départ la réception était hachée, on a coupé tous les appareils wi-fi connectés, et ça s’est immédiatement amélioré. On a regardé le show à la télé, et c’était vraiment cool !

Oui, c’était plutôt pas mal ! Avec mon batteur, qui avait apporté son matériel, on a fait toutes les connections, on a installé les éclairages prévus pour la tournée,… c’était surtout du DIY. On n’avait personne pour le son, on s’est vraiment débrouillés seuls. Si on avait su qu’il y aurait autant de monde à nous regarder et que ça allait nous rapporter un peu d’argent, je pense que j’aurais embauché quelqu’un pour le son. Mais c’était une belle expérience de tout faire soi-même !

Investir un peu pour que ça paraisse moins “artisanal” ?

Oui, c’est vrai que là on a géré au fur et à mesure. Il fallait être réactifs, mais certaines choses nous ont échappé. Si soudain un micro tombait ou le son de la guitare était trop faible, on ne pouvait pas le savoir car on avait dans les oreilles un mix différent de celui diffusé en streaming. On ne savait pas vraiment ce qu’entendaient les gens en ligne. On n’avait pas fait de vraies balances… Il aurait fallu qu’on ait quelqu’un d’autre avec nous pour nous entendre. J’y ai pensé après, mais j’aurais dû appeler un ami qui nous regardait après le premier morceau pour savoir comment ça donnait. Il existe des solutions, mais on y pense toujours trop tard !

Il vous aurait fallu une première partie, pour essuyer les plâtres.

(rires) Oui, par exemple !

live

Vous n’étiez donc que quatre dans le local pendant le concert ?

Nous quatre, et le guitariste chez lui en Finlande. Il n’était pas autorisé à voyager mais il ne voulait pas que le concert soit reporté alors il a suggéré de pré-enregistrer ses parties et de nous envoyer les vidéos. Ça s’est fait à la dernière minute. Mais c’était fun. Hier, j’ai remixé le premier titre et ça rend bien. Je vais donc probablement retraiter le concert à l’exception d’un titre qui n’était pas prévu et pour lequel on n’avait donc pas les parties de guitare en vidéo. Je le mettrai sur youtube je pense.

Et pourquoi pas sur un dvd dans quelques mois, avec d’autres concerts ? Je crois savoir que tu vas essayer de streamer un nouveau show consacré à Blackjazz ?

Oui, on était censé jouer Blackjazz en intégralité à Londres le 09 mai prochain, pour l’Incineration Festival, et le concert a été annulé le jour du stream. Je suis en train de réfléchir à donner si possible un show dans une salle d’Oslo, qu’on diffuserait en streaming. Si la salle est autorisée à recevoir du public, on vendra aussi probablement des billets. J’aimerais jouer l’album, et intercaler entre les titres des vidéos qui remontent à son enregistrement il y a dix ans. J’ai énormément de documents vidéos de cette époque.

Et tout serait diffusé en live ?

Ah oui oui, en live. On préparera les vidéos, une intro aussi sûrement, il faudra que le volume du son soit uniformisé… On jouera, et le gars qui diffusera le stream lancera les vidéos. Sur scène on attendra en les écoutant. Mais si on peut avoir des spectateurs dans la salle, on installera des écrans. C’est grosso-modo ce que j’ai en tête.

Le setlist du show que vous avez streamé est celle qui aurait dû être jouée à Toulouse ?

Oui.

Tu m’avais dit que ton batteur n’était pas le batteur habituel sur ce concert.

Oui, le batteur qui a joué était là pour Toulouse et un autre festival. C’est un remplaçant, mais avec cette histoire de virus, on ne peut plus répéter comme on le souhaite. Mais comme on devait jouer avec lui, c’est normal qu’il ait joué ce concert en stream. Cet été, on retrouvera notre batteur habituel, et le clavier ne sera avec nous que pour les concerts consacrés à Blackjazz. On sera alors 5 sur scène car cet album demande beaucoup d’interaction, on ne joue pas qu’au clic. C’est très organique.

Pendant le streaming, il y avait constamment etre 500 et 600 spectateurs. Tu avais l’air surpris.

Oui parce que ce nombre de spectateurs à un moment donné a été constant. Cela signifie qu’entre ceux qui vont et viennent, probablement plus de monde est venu nous voir. Sur la page de la diffusion, il y a eu pendant le concert environ 2100 commentaires. Je ne l’ai vu qu’après. Les gens discutaient, plaisantaient… comme pendant un vrai concert. Cela signifie que si j’ai eu l’impression de donner un vrai concert, les spectateurs l’ont également perçu comme ça. Cela prouve que si les concerts en ligne sont différents, ils ont cependant une place à prendre s’ils sont bien faits.

En jouant, tu imaginais les gens chez eux, applaudissant ?

Le problème est qu’on ne pouvait pas voir les commentaires en direct ! Je devais regarder mon téléphone. Il faudrait qu’on puisse installer un écran face à nous. En concert, quand quelqu’un crie tu l’entends. En plus, là, il y avait un décalage de l’ordre d’une trentaine de secondes. Je n’ai vraiment eu cette impression de concert qu’après, en lisant les commentaires. Ce serait bien de trouver un moyen de rendre l’expérience plus interactive. Je me rends compte que si on fait aujourd’hui des concerts à distance, c’est parce qu’on ne peut plus en faire pour de vrai. Mais en même temps, ça ouvre des portes. Je pense que c’est un mode qui va durer, parce qu’il permet de proposer autre chose. On peut inviter les gens dans notre studio, on peut jouer dans des endroits improbables. On a déjà joué sur une montagne, mais on pourrait jouer sous l’eau.. il y a tellement d’endroits ! Et on peut aussi les combiner avec d’autres expressions vidéos. On peut rassembler des gens du monde entier sur un seul événement. On peut aussi imaginer qu’on ne joue qu’un seul concert sold-out à un endroit, et qu’on propose un autre concert en streaming pour ceux qui n’ont pas pu venir. Il faudrait trouver un moyen de vendre des billets, comme les gens qui ont participé financièrement à notre streaming sur facebook par exemple…

MONTAGNE

Oui, comme tu dis, il faut penser à l’aspect économique, peut-être pouvoir proposer des billets, mais aussi du merchandising spécifique à l’événement ?

Pour le stream de vendredi, des gens nous ont donné de l’argent comme s’ils avaient acheté un billet, d’autres ont commandé du merch comme s’ils étaient venus à un vrai concert. Pour nous, c’est le même type de revenu régulier que nous procure un vrai concert. Le problème est de ne pas savoir combien de gens viendront, ni combien ils dépenseront. Certains nous ont versé 100 euros, d’autres 0,01 euro, et d’autre encore rien. C’est comme ça, tout le monde n’a pas les mêmes moyens. Mais on ne peut pas planifier. Pour un concert qui demanderait un gros investissement, ça pourrait être difficile de ne pas savoir si le public sera présent en nombre ou pas. On pourrait dépenser beaucoup sans retour. Mais je suis sûr qu’il y aura des solutions à l’avenir. J’aurais pu proposer des billets à la vente sur le shop de Shining, mettre en place un mot de passe, un code d’accès au concert…

Mais peut-être que ces concerts attireraient moins de monde ?

Oui, peut-être aussi.

Ou alors vendre des meet&greet ?

Oui, virtuels après le show…

Tout est possible. Cette situation ouvre des portes et soulève beaucoup de questions aussi. Pour revenir à Shining, c’est donc le dixième anniversaire de Blackjazz cette année. Tu as refait des vinyles. Ils arriveront quand ?

D’ici quelques jours. Aujourd’hui, j’ai uploadé la version de “The madness and The Damage Done” avec Ihsahn en invité au chant. On l’avait faite en 2010 deux trois mois après la sortie de l’album. Elle devait sortir en single avec une autre chanson que je n’ai jamais finie. Je l’ai retrouvée sur un disque dur et remixée. J’ai passé du temps dessus ! Quand j’ai joué avec Emperor au 70 000t de metal en janvier cette année dans les Caraïbes, j’en ai profité pour faire enregistrer de nouveaux cris à Ihsahn pour le début et la fin du titre. Donc ce morceau aura été enregistré en 2010 et 2020 ! Il sortira le 24 avril sur toutes les plate-formes.

BLACKJAZZ

La musique du groupe a beaucoup évolué sur dix ans. D’autant plus que tu as révélé sur FB récemment que Animal s’était plus vendu que l’ensemble des albums précédents cumulés. Il y a encore des fans qui te disent regretter cette époque ?

Ce que je vois, et je l’ai encore vu sur ce dernier show, c’est que la quasi totalité des gens ont adhéré ou accepté cette évolution. Certains sont super emballés par “Fight Song”, ou “Hole in The Sky”, et tout ce qui est récent, comme d’autres le sont avec “Fisheye” ou “Madness…”, mais tous vivent de la même manière l’ensemble du concert, de manière positive. Je ne pense pas objectivement que certains assis chez eux se soient énervés à un moment du concert au motif qu’ils n’auraient pas aimé telle ou telle chanson, qui auraient même coupé le son…. Comme tu dis, il y avait entre 500 et 600 personnes constamment devant leur écran. C’est très positif. Et puis on avait les backdrops, celui d’Animal mais aussi celui de Blackjazz International Society. Pour nous, ce n’est que du Shining, le nouveau, celui du milieu, l’ancien, et même celui d’avant Blackjazz, mais c’est la même chose. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, notre public a compris que…. tu sais, quand on a sorti Animal, certains fans ont pensé qu’il y avait une sorte de combat entre l’ancien et le nouveau Shining, une sorte de guerre, et peut-être est-ce un peu de ma faute parce que je voulais objectivement innover, mais ça ne voulait surtout pas dire que je reniais ce que j’avais fait avant. Je voulais que les gens qui connaissaient Shining mais n’appréciaient pas, parce qu’il y avait trop de saxophone par exemple, qu’ils trouvaient ça trop criard, je voulais qu’ils reviennent intrigués, qu’ils nous donnent une sorte de seconde chance. C’est pour ça que je voulais que même visuellement le changement se voit. Mais c’était uniquement pour ouvrir de nouvelles portes, et pas pour enterrer le passé.

Et ces concerts streamés gratuits sont finalement une belle opportunité de démontrer tout ça ?

Oui, oui, oui ! Mais mon idée n’a pas si bien fonctionné en fait. Je voulais vraiment ouvrir de nouvelles portes. Et cette fois, avec une meilleure distribution, une meilleure promo, une plus grande visibilité, une musique plus accessible, je pensais qu’il serait beaucoup plus facile de faire connaître le groupe. Mais en fait ça ne va pas aussi vite que je le pensais. On a toujours les mêmes tourneurs qui pensent qu’on joue toujours Blackjazz, et quand ils découvrent sur scène, eux mais aussi une partie du public, que ce n’est plus le cas, ils sont super vénères. Ca prend tellement de temps pour que les gens s’habituent au changement ! On y est encore ! Certains vieux fans se tiennent toujours la tête par rapport à ce changement, mais comme je t’ai dit, ca se calme un peu avec le drama, et ils acceptent le fait qu’il puisse y avoir différentes périodes dans la musique de Shining. la période Blackjazz, la période plus rock industriel, et puis Animal. Mais quand on donne un concert, je pense que toutes ces variations le rendent aujourd’hui meilleur, plus intéressant. On arrive maintenant à cette prise de conscience des fans, et cela va de mieux en mieux. On va publier de nouvelles chansons, et les gens comprendront que le passé n’est pas tombé aux oubliettes. On est là pour rester, on va continuer à produire, et je pense que ce sera mieux encore !

WOLVESQuand tu écris une nouvelle chanson comme « Wolves », n’entends-tu pas dans ta tête une petite voix qui te dit « tu es Norvégien, tu dois écrire du black metal, tu ne peux pas faire ça, les gens vont être déçus… » ?

Il y a beaucoup de voix dans ma tête qui me disent ce que je dois faire ou pas, et aussi beaucoup de vraies voix autour de moi (les fans, les labels, le public…) et ils me disent tous la même chose ! J’ai appris à ne pas les écouter, mais suivre au contraire les voix qui me disent de faire ce que je veux.

Tu as continué à écrire de nouvelles compos depuis la sortie de “Wolves” ?

Oui.

Dans la même veine ?

Non, en fait on est toujours en train de réfléchir à la direction qu’on va prendre. Ce qu’on écrit en ce moment n’est pas vraiment aussi typé 80’s que “Wolves”. C’est plus dans la lignée d’Animal, mais pas autant rock. On y travaille toujours. On a écrit pas mal de trucs, et on en est au stade où on se dit qu’on écrirait bien un titre rock, ou heavy rock, ou dans le style de “Animal”,… on écrit continuellement, et on se pose toujours la question de savoir s’il ne manque pas un ingrédient. C’est ce qu’on avait fait avec Animal. Alors qu’on approchait de la fin de l’écriture, j’ai pris une feuille et j’ai disséqué les albums que j’aime, comme le black album de Metallica, With Teeth de N.I.N., ou encore The Resistance de MUSE, les FOO FIGHTERS ou d’autres encore, dont j’ai classé les titres en trois catégories : les balades, les mid-tempos, et les tempos rapides. Je fais pareil avec nos chansons, je calcule combien ces albums ont de titres dans chaque catégorie, et je compare avec nos enregistrements. Auparavant, j’aimais certains albums sans calculer, plus sur l’impression générale, sur le rythme des morceaux… et je me suis rendu-compte que cette impression générale résultait d’un équilibre précis entre les titres. Il faut trouver l’équilibre qu’on cherche, selon le style qu’on veut atteindre. Il faut que ce soit suffisamment rock. Si on a l’impression d’avoir trop de balades ou de mid-tempos, on compare à ces albums références que j’adore, et je pense qu’on a depuis trouvé le parfait équilibre.

meandthatman

Revenons sur ton actu, notamment avec le deuxième album du side-project de Nergal (Behemoth), Me And That Man (“New Man, New Songs, Same Shit Vol. 1”). Tu devais également tourner avec lui ce mois-ci, non ?

Le jour où nous avons joué le show de Shining en streaming en Norvège, j’aurais dû être sur scène avec Me And That Man à Londres. Ce show a été annulé, ainsi qu’une tournée de deux semaines en Pologne. On a encore quelques dates en festival mais on ne sait pas ce que ça va donner.

Tu joues des claviers sur scène avec ce projet ?

Les claviers, un peu de basse, un peu de guitare, je chante sur deux titres… je fais un peu de tout.

Ce second album s’est imposé à moi au fil des écoutes. Le titre qui ouvre l’album, sur lequel tu chantes (“Run with the Devil”), est très différent du reste du disque.

Oui, je suis le seul à chanter dans ce registre sur l’album, avec une voix haute. Tous les autres chantent bas !

telemarkTu joues aussi sur le dernier E.P. D’Ihsahn (“Telemark”). Une tournée était prévue avec lui ?

Non. Je ne dois jouer qu’un concert, en Estonie, le 03 juillet. Claviers et sax. Si le concert a lieu….

On fête cette année les dix ans de son album After. Quelque chose était prévu ?

Non, je ne pense pas qu’il fasse quoi que ce soit pour cet anniversaire.

Ces différents groupes t’ont amené à te produire un peu partout dans le monde. Tu as des endroits préférés ?

J’adore jouer en Amérique du Sud. Au Mexique par exemple. On devait y aller avec Emperor d’ailleurs, en mai, mais ça vient d’être annulé (rires). Ce sera en automne.

Je commence à comprendre la logique de ton emploi du temps…

Oui (rires) ! J’aime beaucoup jouer au Japon aussi, c’est tellement différent. Et j’aime la France. Shining y est très bien reçu depuis des années, et j’adore venir jouer chez vous.

Shiningitv

Que peux-tu me dire sur la scène Norvégienne ? J’ai toujours coutume de dire que les deux scènes les plus intéressantes et variées en metal sont la France et la Norvège. Qu’y-a-t-il de spécial chez vous ?

La Norvège est un petit pays. A l’origine nous étions des vikings, puis nous sommes devenus des fermiers, assez isolés. Nous vivons loin les uns des autres, chacun sur une montagne, et on se retrouve au printemps. Le norvégien est solitaire, borné, un peu étrange. Ça explique aussi pourquoi la musique n’a jamais vraiment été commerciale ici. Nous n’avons jamais été bons pour l’exporter. Faire carrière dans la musique ici ? Personne n’a jamais fait de la musique pour l’argent en Norvège. On fait de la musique, juste pour la musique. Tant mieux si ça peut rapporter, mais ce ne peut pas être le but. Il y aussi un côté traditionnel, et ce qu’on écrit est forcément personnel. A l’inverse de la situation aux États-Unis par exemple, où on peut se lancer dans une carrière musicale. Quand on fait de la musique là-bas, c’est forcément avec en tête ce qui marche et ce qui ne se vend pas. Et ils composent en conséquence. Bien sûr, on a quand même des artistes commerciaux en Norvège. Mais pas du tout comme en Suède par exemple, qui a toujours exporté les siens. Je pense que tout cela affecte profondément la musique qui vient de Norvège. On n’a pas peur de prendre des risques, on ne risque rien. Je ne sais pas comment est la situation financière des artistes en France, mais je sais que votre pays a une longue histoire musicale, avec des compositeurs célèbres, qui ont eu des styles personnels. L’un de mes compositeurs préférés est Olivier Messiaen qui avait un style tellement personnel. Et puis bien sûr vous avez des éléments très typiques, comme l’accordéon. Vous avez une vraie identité. Vous n’êtes pas trop influencés par les États-Unis, vous continuez à vous exprimer dans votre langue, avec votre propre culture, et ça se ressent dans vos artistes qui ne cherchent pas à être américains.

Pour parler de rock, plus spécifiquement, la France n’est pas un pays rock. Il n’y a donc pas non plus beaucoup d’argent à se faire dans ce milieu et les groupes, de metal notamment, jouent avant tout pour eux-mêmes et leurs fans, plutôt que pour une hypothétique réussite commerciale. C’est ce qui rapproche la situation de celle de la Norvège, probablement.

Oui, je le pense.

Les choses auraient pu être différentes si la Norvège avait eu son ABBA ?

Ce qu’on a eu et qui s’en est le plus rapproché, c’est A-AH, dans les années 80. Mais la Suède a plus que ABBA. La Suède a eu beaucoup d’artistes importants depuis. Si la Norvège avait eu à un moment une renommée mondiale et commerciale de l’importance de ce que ABBA a apporté à la Suède, je pense que la situation aujourd’hui aurait été différente.

shining animal

(Merci à Apolline pour avoir participé à la transcription !)

 

2 réflexions sur “Jørgen Munkeby (SHINING)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s