LE CONFINEMENT – Covid 19, Jour 5

JOUR 5

Jeudi 19 mars 2020

Aujourd’hui j’ai cuisiné et … non, vraiment, passons à autre chose. De toute façon vous ne me croiriez pas.

J’ai roulé un peu pour mon boulot et je me suis rendu compte que la France n’est pas vraiment à l’arrêt. Pour un peu depuis quelques jours on avait accepté que les français se répartissent en quatre catégories :

Ceux qui sont malades, ceux qui travaillent, ceux qui jardinent, et ceux qui vont à la plage.

En fait j’ai vu des parkings d’usines blindés de voitures, des pelleteuses et autres engins en action sur des chantiers, croisé des camions, des transporteurs, des camionnettes de livraison, des véhicules de la Poste, d’Enedis,… Ca circule peu, c’est vrai, mais ça circule utile.

Dans mon quartier nettement plus bucolique, mes voisins n’en finissent plus. Le plus proche avait ce midi enjambé le grillage au fond de son jardin et entamé le débroussaillage du bois situé derrière chez lui. Quand je suis rentré, il était quasiment en train de s’attaquer aux abords de mon jardin. J’ai fait profil bas, je le laisse faire. Après tout….

Sinon, j’ai lu que certains s’offusquent des déclarations de Muriel Penicaud qui ose prétendre qu’il y a des tire-au-flancs dans notre société parfaite. SCANDALE ! Mais comment ose-t-elle ? Ne sait-elle pas que nous sommes TOUS VICTIMES de cette situation ?

Des français qui tirent au flanc…. alors là je suis sur le cul. C’est bien la première fois que j’entends parler de ça. Qui sont ils ? Où se terrent-ils ?

A peine le temps de me remettre de cette odieuse affirmation, mon fils m’apprend que l’usine dans laquelle il a effectué des jobs d’été vient de l’appeler pour savoir s’il est disponible. Il paraît qu’ils ne trouvent pas de main-d’œuvre. Se pourrait-il que Muriel…. Non…. Quand même pas. Si ? Hum… Je réfléchis en regardant longuement mes voisins tondre pour la deuxième fois en trois jours.

Il faisait un peu moins beau aujourd’hui. Je n’ai aperçu qu’un seul surfeur à la plage. Il faisait probablement une pause entre deux sessions de télétravail.

Je suis toujours comme ça, je n’y peux rien, je me pose des questions. Je pénicaude.

Qu’on m’explique par exemple quelle différence sanitaire il y a entre l’environnement de travail de ma boulangère qui turbine à mort en ce moment, et celui des guichetiers de la Poste de mon village (où plus personne ne va, d’ailleurs, et de toute façon bien moins fréquentée que la boulangerie) qui ont baissé le rideau. Droit de retrait qu’ils appellent ça. Ils se sont affranchis, oui, mais du travail surtout.

Avant-hier, je discutais avec une commerçante contrainte de fermer boutique qui me révélait que son mari l’avait traitée de folle parce qu’elle lui avait dit que si ça durait elle irait postuler pour faire de la mise en rayons au supermarché local. Incapable de rester inactive. Alors tire-au-flancs les français ? Muriel tu déconnes ! Pas les femmes pour sûr ! Heureusement les maris sont la voix de la raison, comme bien souvent (Insultez-moi, Mesdames, je suis de mauvaise foi, et alors ?).

Le confinement, la quarantaine, appelons-ça comme on veut, ça ne s’improvise pas. C’est même presque un métier. Certains y sont préparés, d’autres moins.

Plus que tout, c’est un état d’esprit.

Mais les français ne sont pas plus cons que les autres. Que les parisiens aient fui la capitale pour se réfugier dans leurs résidences secondaires de bord de mer, cela ne s’appelle pas l’exception culturelle. Il paraît qu’en Norvège, c’est la même chose ! Sauf que là-bas, c’est amende et prison. Pour le surf et le droit de retrait, je n’ai pas d’infos. Si quelqu’un peut me renseigner…

Le confinement ne touche pas tous les secteurs d’activités. Pour preuve, je reçois à l’instant un courriel m’assurant que mon ascenseur d’intérieur peut être installé sous six semaines.

C’est marrant, je n’avais jamais pensé à faire installer un ascenseur chez moi. C’est peut-être une erreur, une faute de goût, je ne sais pas. Mais voici le genre de courriel capable de m’occuper l’esprit pendant des heures. Je trie déjà mentalement les disques qui y trouveraient légitimement leur place. Je pénicaude beaucoup trop, encore et toujours.

Je viens de regarder par la fenêtre, mon voisin range ses outils de jardinage. Il y est allé un peu fort. Il a tondu son herbe si rase qu’il risque de s’ennuyer pendant au moins les deux prochaines semaines. Etre prévoyant et organisé, ça ne s’improvise pas non plus. Il s’en mordra les doigts. Espérons que germe dans son cerveau l’idée de venir exercer ses talents de jardinier chez moi !

Je mets ma main à couper que les ventes de chiens vont progresser dans les prochaines semaines. J’en ai croisé deux qui promenaient leurs maîtres cet après-midi. Je suis sûr qu’en les dressant pour s’échapper, il y a moyen de courir jusqu’à plus de 500m de chez soi en toute légalité. Peut-être même plusieurs fois par jour.

Ma femme y a pensé. Je me suis empressé de lui rappeler qu’on avait déjà assez de chats.

La grosse connerie du jour, ce sont ces jeunes américains agglutinés en Floride pour le springbreak, qui ne comprennent pas qu’on envisage de leur imposer la distanciation sociale et encore moins une quarantaine. L’un d’entre eux déclarait sur CBS qu’il y a des choses plus graves dans le monde que la pandémie (genre la pauvreté ou les sans-abris). Ce n’est pas faux. Mais il y aussi dans le monde des choses plus importantes que ces beuveries orgiastiques (genre agir utilement pour sauver son prochain).

Que ce confinement soit propice à la méditation.

(A suivre…)

Entrée de journal écrite en écoutant Répression de TRUST.

trust repression

 

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