OPETH « Heritage » (2011)

opeth« Heritage », dixième album studio de la formation suédoise de death-metal, arrive après trois ans de silence brièvement rompu en 2010 pour une tournée d’adieu, pardon, d’anniversaire au cours de laquelle Opeth interpréta lors de longues soirées mémorables l’intégralité de « Blackwater Park » ainsi qu’un extrait de chacun de ses albums. Depuis de nombreux mois, le buzz, savamment entretenu par Mikael Akerfeldt, leader du groupe, a fait le tour de la planète (plusieurs fois) : « Heritage » marque un changement de direction pour le groupe qui abandonne le death-metal pour s’engager dans une voie passéiste, que d’aucuns qualifieront de progressive (et vice versa). Quoi qu’il en soit, l’objet est là et chacun a déjà pu s’en faire une idée. Les fans, bien sûr, mais aussi les autres, ceux que les growls rebutaient et qui peuvent enfin accéder à la musique tant vantée du combo suédois. Il est au final difficile de se faire un avis sur la musique distillée tout au long des 57 minutes de cet album. Si les growls et la distorsion ont disparu, ainsi que les solos de guitare un titre sur deux, la base musicale reste fondamentalement du Opeth. Mais Akerfeldt a mis de côté toute inspiration ou effort de composition pour habiller un squelette d’albums de sonorités, mélodies, et autres emprunts aux musiques des années 60 ou 70, dont les origines ne font aucun doute. De King Crimson à Rainbow, de Van der Graaf Generator à Jethro Tull, de Pink Floyd à….. enfin, un accord ici, un instrument là, une ambiance ailleurs,….. pour un album aérien mais vide de toute âme. Désincarné. A quoi bon mettre un arbre sur la pochette, si l’on ne trouve pas dans la musique les branches auxquelles se raccrocher ? Les morceaux n’ont pas de refrain, pas de trame, pas de climax. Des parties séduisantes s’intercalent entre d’autres insipides, mortellement éthérées, dénuées de toute vie, de toute émotion. Cet album ne touche pas. Pire, il est soporifique. Et pourtant, il recèle quelques bons moments qui font regretter son inconsistance. Les accords de piano de « Heritage », le morceau d’intro, sont diablement touchants, le solo final de « Haxprocess » est tout simplement beau, « The lines in my hand » est entraînant, et « Folklore » une petite pépite. Mikael Akerfeldt montre ses limites sur cet album. Seul auteur, seul compositeur, seul producteur, il est Opeth à lui tout seul, les autres membres n’étant que ses exécutants. Et quand on ne le suit pas, les têtes tombent. Per Wiberg, aux claviers, en a fait les frais. Mais Akerfeldt manque finalement cruellement de recul. Sur cet album, son chant clair montre ses limites, notamment quand il tente de pousser (vainement) sa voix (sur « Famine » par exemple). On l’entend également ( toujours sur « Famine ») prononcer un étonnant « zo I wonder why… ». Quant aux guitares, si l’on peut s’interroger sur l’intérêt pour lui de garder un deuxième guitariste vu le peu de place qui leur est accordée, il a tendance à plusieurs reprises à se prendre pour Ritchie Blackmore, un personnage dont il doit certainement admirer la personnalité et la façon dont il a mené sa carrière. Et ce n’est pas surprenant si les deux personnes qui brillent sur cet album sont Martin Mendez à la basse et Martin Axenrot à la batterie. La production leur fait une place de choix et leur jeu est fabuleusement réjouissant et mis en valeur, dans le néant qui les entoure. Au final, Opeth ne va pas redéfinir le rock psyché-progressif avec cet album bancal qui rate sa cible, victime de la suffisance et de l’absence d’humilité d’Akerfeldt, mais aussi du manque d’ambition qui est patent alors que d’autres (Black Country Communion ou encore Pain of Salvation) démontrent dans le même temps qu’il est possible de faire prospérer les seventies au XXIème siècle. « Heritage » est victime de son concept. Un morceau comme « Folklore » n’aurait-il pas eu autrement plus d’impact au milieu d’un album plus traditionnel (à l’instar de « Burden » sur « watershed ») ? « Heritage » satisfera ceux qui se lassaient d’entendre Opeth ressasser les même idées, et crieront au génie d’entendre le groupe aujourd’hui ressasser…. celles des autres.

OPETH
« Heritage »
Roadrunner
Sortie le 30 septembre 2011

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