HF2019 ITW : BLACKRAIN

En 2019, le Hellfest a ouvert ses portes à la French Touch, confiant les clefs de la mainstage 2 pour une journée aux plus emblématiques représentants du metal national. BLACKRAIN, qui s’apprête à sortir « Dying Breed », son sixième album, s’y est naturellement produit. Nous avons profité de la prestation énergique du groupe conclue par une reprise dynamique de Twisted Sister pour faire le point avec son blond bassiste, Matthieu de la Roche !

Matthieu, en apprenant qu’il y a avait une journée 100% française sur la mainstage 2 au Hellfest cette année, je dois t’avouer que j’ai été surpris de vous y voir car je vous avais un peu perdus de vue.

Nous aussi on avait un peu perdu le monde de vue, parce qu’on a beaucoup bossé dans notre coin pour composer cet album, et surtout le sortir dans de bonnes conditions. On s’est rendu compte que tout était fait un peu à l’envers à chaque fois. On sortait un album mais on n’avait pas de tournée, ou on avait une tournée mais pas de nouvel album. Cette fois-ci on s’est dit qu’il fallait avoir tout ensemble, et ça nous a pris un peu de temps.

Cela signifie qu’une tournée va suivre la sortie du nouvel album, « Dying Breed », prévue pour le 13 septembre prochain ?

On va sortir une vidéo par mois jusqu’en septembre, jusqu’à la sortie de l’album. Maintenant les choses marchent comme ça, plutôt par singles. Ensuite effectivement on enchaîne en octobre une tournée européenne avec nos potes de Kissin’ Dynamite.

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J’ai écouté votre nouvel album, avec ma propre expérience du genre de musique que vous proposez et que j’écoutais dans les années 80..

(rires) Nous, nous n’avons pas connu cette époque en fin de compte !

(rires) …et mon principal reproche concerne sa date de sortie, septembre, parce que franchement il va faire tout mon été !

(rires) Justement, on sort des singles tout l’été ! Après, la date de sortie, c’est le genre de chose qu’on ne maîtrise pas. C’est le label qui gère ça, et elle découle de la tournée qui va suivre. Quand tu prends des pubs dans les magazines pour annoncer une sortie d’album, ça te permet d’annoncer également les dates de concerts. C’est juste une question de timing.

Ce qui est beaucoup mieux géré sur cet album, par rapport aux précédents il me semble, c’est la dynamique générale. Je trouve qu’il se passe constamment quelque chose, du début à la fin.

Oui, c’est ce qu’on voulait. En fait, on a composé une bonne quarantaine de chansons, et on en a jeté plein. On a même enregistré un album qu’on a jeté, et on en a enregistré un autre. A un moment, on s’est même dit qu’on allait carrément faire un autre style de musique. Enfin, on a tourné dans tous les sens et au bout d’un moment les choses se sont imposées. Dans la façon de composer et de jouer, l’album est assez direct, mais c’est dû aussi au choix de retravailler avec Chris Laney, le producteur avec lequel on avait fait « License to Thrill » (2008) et qui aime bien les choses un peu brouillonnes, un peu crades, rentre-dedans sans être trop léchées.

Tu veux dire que les albums sortis avec Jack Douglas étaient trop produits ?

Peut-être. Je ne peux pas lui reprocher quoi que ce soit, c’est un grand producteur qui a fait des grands trucs, mais peut-être qu’on s’entend mieux dans l’esprit avec Chris Laney. Il a fait les albums de Crashdïet, ceux de Crazy Lixx, tous les albums de cette sorte de renouveau de la scène, et il est pile dedans. Je pense qu’on était un trop petit groupe pour Jack Douglas. Avec Aerosmith il est génial. On ne va pas se plaindre. On a fait des super choses avec lui, il nous a beaucoup appris… Et puis il y a aussi le fait qu’on n’a pas pu travailler en amont avec lui, parce qu’il habite aux États-Unis, qu’il est très cher, qu’il est très peu disponible… Donc on est arrivait avec dix chansons et on les enregistrait. Là on a pris notre temps.

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Tu viens de me dire que vous avez envisagé de changer de style… alors que je voulais justement dire qu’après cinq albums il n’y avait plus de doute sur votre amour pour le metal US des années 80 ! Vous auriez donc pu tout remettre en question, comme ça ?

Oui, parce qu’un jour Swan (chant) est arrivé avec une chanson qui était quand même plus…. j’aurais dit « grunge ». C’est marrant parce que justement c’est le grunge qui a tué ce style (rires), mais elle avait un côté plus « méchant » et on l’a tous adorée. Peut-être aussi parce que ça parlait plus à notre adolescence. Nous, notre adolescence, ça a été le grunge. Et ensuite il en a composé plein d’autres comme ça, et on a tout trouvé génial ! On s’est d’abord dit qu’on allait sortir un album ainsi, et puis qu’on allait plutôt faire un autre groupe parce que ça n’aurait pas été bien de l’appeler BlackRain,… et puis ensuite les chansons typées BlackRain sont revenues, et finalement voilà. Tout s’est finalement mis en place si naturellement. On a très rapidement trouvé un label intéressé, un tourneur, le Hellfest nous a appelés cette année alors que les autres années ça a été assez difficile de pouvoir l’avoir,… Tout s’est mis tout seul en place.

Finalement, votre musique est compliquée sans l’être. Le but est « simple », faire taper les gens du pied, les faire headbanguer, les faire chanter… créer une communion en live.

Oui c’est ça. Mais c’est pour ça qu’on aime ce genre de musique. Parce qu’il y a des refrains que tout le monde peut reprendre, et c’est la musique qu’on mettait dans les soirées parce qu’on se rendait compte avec nos potes que c’est là-dessus que tout le monde s’amuse. Alors que si tu mets autre chose, finalement il ne se passe rien, les gens s’ennuient. C’est vraiment la musique de la fête absolue. C’est tout. On continue à faire ça parce que c’est aussi notre plaisir de voir les gens heureux, les entendre chanter…

C’est doublement peu évident, parce que votre musique a un côté anachronique, et de plus vous êtes dans le mauvais pays en matière de rock festif assumé.

On n’est pas dans le pire endroit car on est en Europe déjà. A côté de nous, tu as l’Angleterre, tu as l’Allemagne, tu as la Scandinavie… Ce n’est pas si loin. Même en Italie, en Espagne,… on a fait une tournée en Espagne il y a deux ans, il y avait un public incroyable. En France, on a quand même un public, il ne faut pas déconner. C’est sûr que je ne pense pas qu’on arrivera à être au niveau de Mass Hysteria ou Gojira en France. Il n’y aura pas assez de monde. Mais comme il y a toute l’Europe, ça va. On pourrait aussi être plus mal lotis : on pourrait être américains. Avec le style de musique qu’on fait, ca ne marcherait pas là-bas. Pour eux, c’est la musique des années 80, c’est la musique de leurs parents. Je me rappelle encore de l’album précédent qu’on avait enregistré avec Jack Douglas. On était allés au NAMM (salon professionnel annuel de l’industrie musicale qui se tient en janvier à Anaheim, en Californie – ndr) où il y avait un concert avec Hardcore Superstar en première partie de Steel Panther. Pour Hardcore Superstar, il n’y avait personne devant la scène. Peut-être trois gars. Et pour Steel Panther, il y en avait des milliers, mais aux États-Unis, Steel Panther ne joue pas, ils racontent des blagues. C’est un groupe de comiques. Ils sont super contents de venir en Europe car ils y sont considérés comme un vrai groupe. Même s’il y a de la parodie, ce sont de super musiciens. Tu vas aux États-Unis aujourd’hui, à Los Angeles, le sunset strip n’existe plus. L.A., c’est le rap, le R’n’B, et il reste peut-être un bar, le Rainbow, pour boire quelques bières, mais c’est absolument fini. Les groupes qui se forment là-bas n’attendent qu’une chose, pouvoir venir jouer en Europe.

Vous habitez tous en France, sauf Swan qui vit en Suède. Vous travaillez comment entre vous ?

Comme on se connaît depuis bientôt vingt ans, on arrive à s’en sortir avec internet. On est allés voir Swan en Suède, il est venu aussi un moment en France, mais la plupart du temps on s’envoie des trucs par internet.

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Vous êtes au Hellfest aujourd’hui. Beaucoup vous ont découverts il y a quelques années par le biais de vos prestations sur M6. Qui reste-t-il aujourd’hui de cette époque parmi les gens qui viennent assister à vos concerts ?

On s’est bien marrés en allant à la télé. Ca nous a apporté un peu de monde quand même. Je crois que ça a doublé notre public. Certains ont continué à nous suivre… Après il y en a d’autres… Personnellement je n’aime pas la télé, je ne la regarde pas. Mais on l’a vraiment fait avec plaisir parce que quand tu es sur un plateau, entouré de tous les techniciens, tu te marres bien. Pour de vrai. C’est une bonne expérience. Mais la télé n’est pas la panacée. On a bien compris que ce n’est pas par là que viendra la révolution qui fera que tout le monde écoutera du metal. Ce n’est pas ça.

Toute expérience est bonne à prendre.

Nous n’avons rien à regretter, de A à Z. On s’est bien entendus avec tout le monde là-bas, la prod a été très honnête, on ne nous a pas pris en défaut sur quoi que ce soit. Je sais que là ils nous rappellent encore, peut-être pour une émission. On n’a jamais dit non, tout simplement parce qu’il n’y a pas de raison. On nous a laissés faire nos chansons devant cinq millions de personnes. Voilà, c’est tout ! (rires)

BlackRain, c’est près de 20 ans de votre vie, 2001 c’est ça ?

2001 oui, 2006 pour le premier album. En 2001, on répétait dans notre garage.

Quel regard portes-tu rétrospectivement sur ce parcours ?

C’est le parcours d’une vie, déjà, parce qu’on est des potes d’enfance. La semaine dernière, je me mariais…

Félicitations !

Voilà, notre batteur a eu une petite fille… ça devient une famille. Et maintenant j’ai vraiment l’impression que là on va partir sur la route en famille. C’est génial ce truc, c’est assez unique. Ce n’est pas que la musique, c’est aussi une histoire de potes qui perdure, et ça n’a vraiment pas de prix.

Pour revenir sur ce nouvel album, « Dying Breed », il y a toujours des références qui sont plus qu’évidentes. Il y a du W.A.S.P., il y a du Motley, il y a du Bon Jovi, et du Def Leppard peut-être aussi sur les chœurs du dernier titre… dans l’esprit, on va dire !

Ah mais tout à fait, c’est cool ! Mais je dirais aussi que de manière générale, et par rapport aux précédents, il y a quelque chose dans l’esprit qui est plus suédois. On sent quand même que Swan vit en Suède, et le fait d’y vivre tout le temps fait qu’il y a un tout petit lien qui commence à se faire sentir. Dans la façon de faire une mélodie. Ils sont super forts là-bas à ce niveau-là ! Après, oui, on a écouté tous les groupes que tu cites, on en fait un mix, on n’a pas honte de mixer tout ce qu’on a adoré, et si ça peut plaire, tant mieux. Si ça plaît à ceux qui ont écouté à l’époque ces groupes-là, on est super contents. C’est assez marrant parce qu’aujourd’hui tu arrives à avoir des statistiques assez claires, sur youtube par exemple. Chez BlackRain, c’est lisse ! On a toutes les tranches d’âges au même niveau, hommes et femmes. En fait, on n’a pas de public cible.

Et tu as des infos sur les pays qui vous suivent ?

C’est toujours pareil. Il y a un tiers d’Amérique du sud, un continent à fond dans la musique, et malheureusement c’est très difficile d’y aller. On aimerait vraiment. Un de mes buts est qu’on aille y faire une tournée. Ensuite il y a un tiers sur la France, et un tiers sur le reste de l’Europe.

Cette « Dying Breed », cette espèce en voie de disparition, c’est qui ?

C’est un peu de tout, notamment dans la musique. Swan est tatoueur, il voit beaucoup de monde, beaucoup de jeunes… Je travaille aussi avec des jeunes, et même des très jeunes… Ils n’ont plus la même conception de la musique. Ils écoutent un truc, un peu de tout, très rapidement, ils oublient, ils zappent, ils font des playlists… Ils ne restent pas sur un artiste, ils ne creusent pas, ils écoutent une chanson, ça leur plaît, et c’est bon… Mais quand ils font de la musique, beaucoup se lancent dans la musique électronique, le rap… J’ai vu des trucs complètement fous. Des mecs achètent une instru sur internet, ils achètent des paroles sur internet, ils les chantent, ils font un clip, et ils font dix millions de vues…. Et un label s’intéresse à eux. Et tu te dis « bah putain ! » quand tu sais tout ce que ça implique de faire tout toi-même, composer, enregistrer, partir en concert, toute la logistique que ça représente… et qu’il y a toute cette musique électronique, ou de rap, et le mec se ramène avec une clef USB, dit ses paroles, et là oui, tu as vraiment l’impression d’être une musique en voie de disparition.

Aujourd’hui, c’est un peu la prime au buzz, au nombre de vues, de likes…

Oui, c’est ça, mais c’est assez bizarre parce que ce n’est pas non plus totalement la réalité. BlackRain ne fait pas non plus des millions de vues, on a notre public et on est contents de ce qu’on a, les gens nous suivent régulièrement, et quand tu regardes le nombre de cd qu’on arrive à vendre, c’est quand même honorable. On arrive à remplir des salles. Tu as des artistes qui peuvent faire des millions de vues et qui se retrouvent avec personne dans les salles, parce qu’il y a une différence entre regarder la vidéo sur internet et aller à un concert. Je pense qu’il y a un truc qui ne peut pas changer totalement, c’est le concert, le live, c’est assez irremplaçable. J’aime bien aller dans des manifestations très généralistes, des fêtes de la musique par exemple, ou viennent des gens de tout horizon, qui découvrent ce que c’est qu’un groupe qui joue sur scène. Malgré tous ces trucs sur internet, tu n’y as pas cette expérience de voir des musiciens jouer. C’est pour ça, on est une espèce en voie de disparition, mais on n’est pas totalement morts ! (rires)

En voie de disparition au sein même de la grande famille metal non plus, avec ce style si marqué ? Il y a quand même beaucoup de gens qui viennent au Hellfest avec des valises de préjugés, et se cantonnent à quelques styles, et parfois même à une seule scène.

Oui, il y a toutes les chapelles… Il y a un truc qui est peut-être un petit peu français, c’est qu’il y a ici des scènes un peu plus cloisonnées, sachant que vraiment les nouvelles générations ne pensent pas comme ça. Tous les styles sont quand même là depuis longtemps. Moi j’ai commencé par écouter du black metal, c’était dans les années 90. Après, je sais aussi qu’il y a des gens qui n’écoutent pas notre style de musique, mais qui nous voient sur scène et passent un bon moment. Comme je peux passer un très bon moment à aller voir un truc très extrême. Si certains restent dans leur truc, et bien qu’ils y restent. On ne leur demande rien.

Pourtant, à en croire certains, il faut écouter de la musique extrême pour être trve ! En quoi un métalleux qui écouterait du hard-rock ne serait-il pas tout aussi trve ?

Alors nous, je ne sais pas si nous sommes trve ! Dans la musique, on a quand même une ligne directrice assez constante, même si c’est vrai aussi qu’on écoute plein d’autres choses, et qu’on écoute tous d’autres styles de musique. Trve, je ne sais pas ce que ça veut dire… Faut demander à Manowar ! (rires)

Ah bah ils ne sont pas là (running gag – ndr) ! (rires)

(rires) Voilà ! Ils sont trve, mais ils ne viennent pas ! (rires)

live petit bain

 

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