DARRAS ON THE LOOSE aussi les a vus…

« Les envahisseurs : ces êtres étranges venus d’une autre planète. Leur destination : la Terre. Leur but : en faire leur univers. David Vincent les a vus. Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva. Cela a commencé par une auberge abandonnée et par un homme devenu trop las pour continuer sa route. Cela a commencé par l’atterrissage d’un vaisseau venu d’une autre galaxie. Maintenant, David Vincent sait que les envahisseurs sont là, qu’ils ont pris forme humaine et qu’il lui faut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé… »

Ce matin j’ai rempli mon devoir de citoyen préoccupé par l’environnement. J’ai entrepris de me débarrasser des cadavres de bouteilles et récipients divers en verre dans les conteneurs communaux prévus à cet effet. Oh, pas de quoi fouetter un chat, à peine deux petits sacs de courses légers qui se remplissaient tranquillement dans mon garage depuis deux bons mois. Or, j’arrive donc devant les quatre conteneurs à verre alignés dans un coin reculé de la commune, derrière les locaux des services techniques, à côté d’autant de conteneurs destinés au papier recyclable. Pour assurer ma tranquillité, je me gare devant le conteneur le plus éloigné, celui en limite de civilisation, je sors de mon véhicule, je me saisis d’un des deux sacs et, après m’être assuré de l’absence de tout signe humain aux alentours, je m’affaire comme les chimpanzés dans « Les Évadés de la Planète des Singes » à insérer les contenants aux formes circulaires dans les orifices de même taille du container. Et d’entendre chaque bouteille exploser, et d’y prendre à chaque fois un plaisir croissant, de me sentir possédé d’un pouvoir de destruction massive. Seul au monde. Puis soudain un écho me sort brutalement de ma rêverie despotique. Je m’aperçois aux bruits de la présence d’une autre entité derrière mon conteneur, affairée tout comme moi mais en léger décalage, si proche. Venue d’où ? Arrivée comment ? Mystère. Ma voiture est toujours garée là, seule. Je n’ai pas entendu de moteur ni vu passer de vélo. Je continue à enfourner. Il en va de même de l’autre côté du cube vert. Puis nos bruits cessent en même temps. Je m’approche de ma voiture pour aller chercher le deuxième sac. Je tombe nez à nez avec mon voisin de conteneur. La trentaine, 1,90m, t-shirt noir, pantalon militaire et rangers, maigrissime, les côtés du crâne rasés, les cheveux par ailleurs longs et tressés. Mais poli. Nous nous sommes dit bonjour. Pas un mot de plus. Il s’est dirigé vers le bourg. Je me suis occupé de mon deuxième sac. Il est immédiatement repassé en sens inverse. Mon sac vidé, je suis retourné à ma voiture et j’ai regardé dans la direction qu’il avait finalement prise. À environ 500m, sur un terrain vague, partiellement caché par une haie d’arbres, j’ai alors découvert ce qui m’avait échappé en arrivant : un campement constitué d’une sorte de fourgon massif probablement conçu dans les pays de l’Est à l’époque de la guerre froide, une toile de tente tendue depuis son toit, un coffre ouvert laissant apparaître différents niveaux, et autour deux chiens noirs, et une fille portant une brassière, de longues extensions blondes tressées, descendant une canette avec la rapidité et l’assurance des gens entraînés. Stupéfait, je suis resté là, bêtement tétanisé d’interminables secondes, à regarder ces créatures à l’apparence désormais banale de ZADistes ou de festivaliers. Mais les apparences peuvent-elles être trompeuses ? Mon esprit n’a fait qu’un tour. Et si David Vincent avaient découvert ses premiers « Envahisseurs » en 2019, auraient-ils pu avoir CETTE apparence, plutôt que celle d’un couple de vieux en caravane comme en 1967 ? C’est peut-être cela, la dégaine anodine, réconfortante et passe-partout de ce premier quart de siècle. Je pense être passé quelques secondes dans la quatrième dimension, au-delà du réel même, probablement. Je suis rentré en regardant dans mon rétroviseur. Je ne suis pas allé à la police. Je me suis calfeutré chez moi. J’y retournerai demain, pour m’assurer qu’il ne reste pas à cet emplacement qu’un petit tas de cendres rougeoyantes.

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