Une session en Enfer (part 7) : Un running order ? Pour quoi faire ?

Vous allez rire ! Avant de faire mon sac pour le Hellfest, j’ai rédigé une note des choses à ne pas oublier. Bien évidemment, je suis parti sans la relire, et en arrivant je me suis rendu compte que j’avais oublié ma boussole du weekend : mon running order personnalisé. Mais avec ses six scènes, ses groupes mythiques à voir à défaut d’autres, ses groupes inconnus auréolés d’une bonne hype, ses groupes ayant sorti un bon album depuis le début d’année,… on se rend au Hellfest un peu comme on allait dans les années 80 au théâtre de l’Empire assister à l’école des fans. On sait par avance que tout le monde aura, d’une manière ou d’une autre, gagné. No stress, people ! Il suffit de pousser la toile d’une tente, d’y pénétrer, et d’en tâter l’atmosphère ! La vibe court comme une vague trois jours durant de scène en scène. Le point de départ était connu (Freitot à 10h30 sous l’Altar le vendredi matin), tout comme le point d’arrivée (Tool sur la Mainstage 1 le dimanche soir). Il me suffisait dès lors de me laisser porter. Cet Hellfest 2019 s’est avéré être un excellent cru. La fréquentation toujours en hausse semble être jugulée et assister de près à de bons concerts sur les mainstages ou dans les tentes, bien placé, n’a jamais été un véritable problème. J’ai zappé la Warzone, blindée (en même temps, un blindé en zone de guerre, quoi d’anormal ?), mais réservée à un style auquel je suis moins sensible. On ne peut pas tout voir, on ne peut pas être partout, et surtout nous ne sommes pas des machines ! Des choix, il y en eut. Mais pas de crêve-coeur. Que retenir de cette édition à part les groupes dont nous avons déjà eu l’occasion de vous parler ? La limpidité de la prestation de Last Temptation, le kitchissime choc visuel (et aussi vocal un peu) de Gloryhammer, le black toujours aussi séduisant de Uada, Dropkick Murphys anesthésiants et horripilants, Shaarghot dont le nom serait paraît-il le diminutif de Rishaarghotainer, Richie Kotzen qui tient la mainstage avec quelques notes et sa voix dans un registre un peu hors norme mais tellement agréable, Deadland Ritual, le super groupe qui tourne malheureusement un peu déjà comme un vieux diesel (même si entendre « Neon Knights » fait toujours son petit effet), Def Leppard moins intello que lors de sa dernière prestation pour un concert très plaisant, Within Temptation avec sa chanteuse Sharon Osbourne… Ah non, on me dit qu’il s’agit de Sharon den Adel, bref, aussi convaincante à faire sans cesse les cornes du diable avec ses mains que ne le serait Annie Cordy à faire des fuck à son public, Death Angel pour un set trop court en un début d’après-midi trop chaud (vivement le Motocultor !)… Les bons moments n’ont pas manqué cette année encore. Maintenant, si vous nous poussez dans nos retranchements (Sabaton, si tu nous lis !), voici les groupes qui ont le plus rempli nos yeux d’étoiles !

Outre KISS, Slayer et TOOL, nous retiendrons par ordre d’apparition :

Le retour gagnant de Diamond Head. Les poils des bras de mon voisin étaient totalement hérissés pendant « In the Heat of The Night »… Quelles belle énergie et puissante prestation ! « Helpless » qui devient « Hellfest » (Bravo Ras ! Quelle subtile idée !) ! « Am I evil ? » imparable ! La grosse claque avec un groupe impérial et un Brian Tatler d’une jeunesse éternelle !

Trepalium revenu après une trop longue absence et avec un époustouflant nouveau chanteur, Renato Di Folco (Flayed, Tambours du Bronx), aussi à l’aise sur les anciens titres que sur les deux nouvelles tueries jouées ici, et qui a renversé l’Altar à 12h50, finissant sur une ovation et un public en transe scandant sans fin son nom. Trepalium ! Trepalium ! Trepalium ! (Hmmm…. tout cela ne peut pas être anodin).

L’incroyable retour de Whitesnake, avec un David Coverdale très en voix, ou en tout cas une voix bien masquée et accompagnée, pour une prestation énergique et une setlist assez pêchue, même si le château de cartes s’écroula tout d’un coup avec ces solos interminables et inintéressants, avec pour effet celui identique d’une coupure pub dans le visionnage d’une vidéo sur youtube : on zappe !

Candlemass et sa prestation de haute volée avec le retour convaincant et habité de Johan Längqvist au chant, sorte de clone mutant de Ronnie James Dio, et une confirmation de tout le bien généré par « The Door to Doom » sorti en début d’année.

ZZ TOP, avec Frank Beard assoupi durant tout le set sur son kit de batterie, devant un backdrop annonçant une carrière de 50 années, et Dusty Hill et Billy Gibbons jouant certes un peu au ralenti mais avec une conviction inébranlable les plus grands titres de cette carrière richissime avec un son d’une clarté prodigieuse. Pour un peu, on en aurait fait un muret of death, on se serait perdu dans le shruberry of Muscadet, tandis que Gibbons chantonnait « Jesus just left Chicago, and he’s bound to Clisson… » et qu’il retournait sa guitare pour laisser apparaître une feuille A4 scotchée au-dessous à l’instar de Tom Morello… mais sur laquelle on lisait aux lieu et place de « FUCK TRUMP » : « BEER ». Un vrai gros moment de bonheur.

Le metalcore de Architects. C’est bien simple, quand ils ont joué la première note dans la foulée de la fin du concert de KISS et alors même que le dernier confetti n’avait pas encore touché le sol, c’est comme si une centaine de personnes armées de défibrillateurs avait sauté sur nous ! Quelle puissance, quelle violence, quel modernisme ! Ni cotillon ni flamme, mais un décor de magasin de luxe, austère, vide et classieux, nimbé de gris et de blanc, avec au premier plan un type s’agitant avec furie (visiblement un commercial vu sa tenue). Une grosse baffe.

Quand il fait chaud, trop chaud, il y a la Valley et le sludge doomesque de Yob, hypnotique dans toutes ses variations, sa lourdeur, ses accords qui n’en finissent plus, les baguettes du batteur qui mettent trois minutes à atteindre la peau de la caisse claire… Bref, un moment de communion intense et fusionnelle. Et même quand parfois le chant paraît un peu yaourt, Yob plaît…

Vltimas. Set un peu court pour cette nouvelle sensation du death comme on l’aime, avec notamment Rune Eriksen (Aura Noir, guitare), Flo Mounier (Cryptopsy, batterie) et David Vincent (Morbid Angel, chant). Un son parfait, une tente quasi vide (Lynyrd Skynyrd jouait à ce moment, et Phil Anselmo reprenait du Pantera dans la tente d’à côté) mais à nouveau un concert hypnotique. Vincent dans un autre monde, multipliant les mimiques cryptées, de la violence, du chant venu d’au-delà de l’outre-tombe, et une reprise de Black Sabbath (« Black Sabbath »). Beau et envoûtant. 

Emperor n’en finit pas de revenir. Ihsahn était cette fois accompagné de Jorgen « Shining » Munkeby aux claviers et deuxième voix. C’était confus, plus rond que carré, mais violent, vif, immersif, contagieux. Et la tente était pleine et possédée. Un grand moment d’émotion à vivre et savourer en direct, en s’abandonnant. Personne n’a eu l’air de résister. Sauf pour empêcher cette festivalière qui slammait habillée en nonne, le bras tendu vers le groupe avec dans la main un crucifix, d’atteindre la scène. Mais le mal triompha. Comme toujours !

Car c’est le Hellfest. C’est comme ça. Et on en veut encore !

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