Une session en Enfer (part 6) : « Ça s’en va et ça revient… »

S’il est à l’entrée de chaque été un chassé-croisé que Bison Futé est bien en peine d’analyser ou prévoir, c’est celui des tour-bus qui vont et viennent autour de Clisson au moment du Hellfest. C’est aussi celui des groupes qui partent après avoir raccroché définitivement les guitares, accompagnant d’autres groupes de septuagénaires qui ne savent pas encore que leur carrière s’arrêtera bientôt, et croisant ceux d’autres musiciens aussi âgés, ou presque, qui reviennent alors qu’ils avaient juré leurs grands dieux qu’on ne les y reprendrait plus, quelques mois ou quelques années plus tôt. Rien n’est jamais définitif en musique, il ne faut jamais dire jamais. L’édition 2019 du Hellfest a été particulièrement chargée en émotions. Dans la catégorie « Je suis venir te dire que je m’en vais », nous retiendrons Lynyrd Skynyrd dont l’intro du concert (Le « Thunderstruck » d’AC/DC) a comme aspiré les festivaliers à eux. Il fallait les voir courir vers la Mainstage, et au moins s’appeler Phil Anselmo et reprendre du Pantera sous la Valley pour parvenir à garder son public. Les sudistes ont rejoué la setlist de leur passage de 2012, moins trois titres. Après cette ultime prestation émouvante, l’oiseau est dorénavant définitivement libre… Ayons une pensée également pour Manowar qui, à sa façon, est aussi venu cette année dire au-revoir à son public français. Même si là nous étions plus précisément dans le « Je suis venu te dire que je suis déjà parti ». Ils sont aussi venus dire au-revoir à la France et ont fait comme si le show ne s’arrêterait jamais, KISS bien sûr, venus avec un matériel de fête rivalisant avec ce qui se fait de mieux en matière de goûters d’anniversaire au pays de l’oncle Sam : pétards, flammes, cotillons, confettis, serpentins, tyrolienne, vidéos, décor de cirque, maquillage, déguisements, etc. Même Paul Stanley quand il ne chantait pas (bon, en fait, il ne chantait pas) parlait au public comme à des enfants de six ans (sourds). Ils sont descendus du ciel, Gene a craché du sang en faisant la moue, Tommy a abattu des soucoupes volantes avec sa guitare-bazooka du futur, Eric a délaissé un instant sa batterie pour jouer du piano à queue, et parfois on entendait un peu de rock’n’roll. L’enchaînement « Love Gun » / « I was made for loving you » a hystérisé la foule. Il y avait probablement beaucoup de playback, mais c’était bien fait et on s’en fout car pendant deux heures le temps s’est arrêté. C’est à se demander s’il est raisonnable de dire adieu après une telle prestation. Seul le temps le dira… Ne jamais dire jamais… Slayer, lui, part pour de bon. Et pour sa septième prestation au Hellfest depuis 2007, le départ s’est fait dans un bang (comme on dit outre-atlantique). Terrifiant, puissant, destructeur, les mots manquent pour qualifier ce qui restera peut-être et de notre avis général comme leur meilleur concert à Clisson. Des adieux nimbés d’une atmosphère infernale dans un déluge de feu et de flammes, quatre musiciens impressionnants de violence jouant comme si leur vie en dépendait. Un concert parfait, les quelques gouttes de pluie éparses tombées au moment de « Raining Blood » comprises. Tom Araya seul au bord de la scène à la fin du concert, contemplant la foule les yeux embués de larmes retenues, le sourire au coin des lèvres, comme sonné, restera l’un des grands moments de cette édition 2019. Un simple et quasi discret « Vous allez me manquer… » en guise de poignant adieu. Frissons garantis. Et puis le fameux chassé-croisé. Des trois têtes d’affiches annoncées pour le week-end, la première ne sera pas venue. De la seconde, nous nous permettons de douter de la sincérité des adieux. Quant à la troisième, elle nous l’a joué come-back victorieux. TOOL, la bande à Maynard (pas celui de Béziers, l’autre) dont la venue était espérée et attendue par tant de festivaliers depuis des années, foule enfin la mainstage 1 en clôture des festivités. Tirant le meilleur parti des écrans géants et des jeux de lumières et lasers, les américains proposent pendant plus de 1h30 un spectacle captivant et véritablement unique, embarquant l’assistance  en totale immersion au moyen d’effets visuels et de vidéos mystérieuses et hypnotiques. Avec en guise de cerise sur le gâteau deux longs extraits du prochain album attendu pour août (« Descending » et « Invincible »), le reste de la setlist composée principalement à parts égales d’extraits de chacun des trois précédents albums. Alors non la voix de Maynard n’a peut-être plus la même puissance qu’il y a dix ans, oui le chanteur est toujours en retrait dans l’ombre près de la batterie, oui cette batterie est toujours aussi omniprésente, mais quel plaisir de revoir cette espèce de crapaud à crêtes accroché à son micro ou son mégaphone. Frissons à nouveau garantis à plusieurs reprises. De bonheur cette fois. Qu’ils reviennent ou (re)partent, ces groupes (et les autres) auront donné durant trois jours aux festivaliers le plaisir qu’ils attendaient d’eux. Et franchement, quoi qu’ils nous disent, quoi qu’ils veuillent nous faire croire, leurs chassés-croisés ont encore de beaux jours devant eux. La retraite ? Probablement pas pour tout de suite.

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