Une session en Enfer (part 4) : A quoi bon ?

Avec ses bientôt quinze ans d’existence, le Hellfest est désormais un événement obligé, au risque au mieux d’être devenu une vénérable institution, au pire d’avoir glissé dans une forme de routine (pour peu que l’on ait réussi à en décrocher le précieux sésame), où le métalleux il fut un temps jeune et rebelle commence à s’y aventurer avec ses enfants, masquant sciemment (ou incon) son propre vieillissement derrière celui des « têtes d’affiche qu’on ne remplacera pas ». Le fameux être et avoir été, si possible de mes quinze ans, et surtout ensoleillé. C’est d’ailleurs le souci des organisateurs, pérenniser et renouveler à la fois son public et ses artistes, ce que cette édition 2019 illustre parfaitement, mais nous y reviendrons un peu plus tard. Avec ses 170 groupes annuels, le festival radote parfois, au point que certains groupes semblent même ne revenir tous les deux ou trois ans que pour nous dire « adieu », une fois de plus. Le festivalier masochiste attend chaque année avec impatience le line-up (dont les surprises se compteront sur les doigts d’une main), puis le running order, pour composer un menu qui au fil des ans n’évolue guère. Un peu comme le repas de famille annuel chez grand-mère à qui l’on réclame sa célèbre et sempiternelle langue de bœuf sauce madère parce que… ben, parce que. La force démoniaque de l’habitude, Entre les groupes qu’il n’aime pas et qu’il n’ira pas plus voir cette année pour leur quatrième passage au Fest, ceux qu’il ne pourra pas voir car ils passent au même moment que Bidule qui vient jouer pour la troisième dernière fois en France, ceux qu’il aime mais qu’il a déjà vus plusieurs fois, ceux qu’il aime mais qui l’ont déçu lors de leur précédent passage, ceux qui passent trop tôt, ceux qui passent trop tard, ceux qui passent à l’heure de l’apéro, finalement le festivalier va au Hellfest pour y être, parce qu’il s’y sent bien, et parce que c’est juin, c’est comme ça, et puis… ben, parce que. Et chaque année, le risque est plus fort de se dire en arrivant : « A quoi bon ? ». Ne riez pas, nous sommes passés par cette phase. Mais ces doutes doivent voler en éclat dès le premier concert du premier jour, quand le festivalier arrive à 10 heures sur site, foule parmi les premiers les pelouses naturelles ou synthétiques de ce qui sera son terrain de jeu pendant trois jours, et prend sa première grosse claque. Ah l’importance du premier concert ! Cette année sous l’Altar, Freitot n’a pas failli à la tâche ! Il est indéniable que la première note donne le ton du weekend. Peu importe que le groupe ne soit pas un vétéran de la scène, un monstre de précision, un géant de technicité, pourvu qu’il soit authentique. Sous l’impulsion de son géniteur à la batterie, Etienne (futur ex-AQME) Sarthou, enrobé des solos chirurgicaux de Fabien (Benighted) Desgardins, ce gang de fines gâchettes mené par le charismatique Arno (We all Die Laughing, CinC) Strobl, adepte du bon mot armé d’une bonhomie à toute épreuve, a méchamment allumé le brasier au moyen du death old-school issu de son premier et éponyme album sorti l’année dernière, un genre dont ils maîtrisent toutes les ficelles. Une affaire rondement menée, comme l’attestent les premiers circle-pits du weekend, et ce alors même que le groupe ne se livrait en public que pour la seconde fois. Nous craignions d’être las, ils ont donné le La. Et la réponse que nous attendions. « A quoi bon ? ». Ben, parce que !

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