DARE-DARR’ : « Un blind-test, c’est bien métalleux ça ! »

L’autre jour…. nous recevions à dîner un ami musicien. Vous avez déjà invité un ami musicien à dîner ? Oh, généralement ils sont de bonne compagnie et se comportent convenablement, mais les réflexions commencent invariablement à fuser dès que vient le moment d’installer un fond musical pour égayer la soirée, souvent basé sur vos goûts personnels. Tel groupe n’a pas de talent, tel autre est surfait, la musique de tel autre n’a aucun intérêt… et si vous proposez alors à votre convive de choisir la musique qu’il veut entendre, le risque est grand de passer deux heures à écouter Huey Lewis and the News ou Calogéro (Je déconne pour Calogéro). C’est pour cela qu’un jour quelqu’un a inventé le blind test. Pour éviter les rejets a priori. Mais le blind test n’est pas non plus sans inconvénient. Ainsi, les premières mesures d’un morceau, ses premières lignes de chant, vont être commentées, analysées, décortiquées, déstructurées, donnant du grain à moudre au musicien critique, au point parfois de vous faire craquer et finir par le passer, cet abominable album de Huey Lewis. Et c’est à ce moment qu’il faut faire preuve de subtilité pour savamment parler plus fort que la sono que vous aurez pris soin en outre de baisser subrepticement. Et là, BAM !, tout d’un coup, la remarque qui tue : « C’est bien métalleux, ça, le blind test ! ». Comme je ne suis pas susceptible et que j’aime mes amis, plutôt que me froisser, cette remarque m’a fait réfléchir. Et s’il avait raison ? Je me suis alors souvenu de journées de 1979 ou 1980 au cours desquelles déjà je faisais écouter à mes amis tout aussi érudits que moi en hard rock (c’est à dire avec un bagage de connaissances couvrant au bas mot à l’époque une dizaine d’albums, tous groupes confondus) « Love song » d’AC/DC en leur demandant – avec malice – d’identifier le groupe. Ce travers remonte à tellement loin qu’il m’interpelle. Par nature, le métalleux tirerait-il à ce point et plus que d’autres un plaisir malsain et jouissif à prendre ses amis en défaut, à les mettre en difficultés, à faire éclater leur ignorance, à les prendre de haut, à affirmer sa supériorité ? Je ne peux m’y résoudre. Même si force m’est de reconnaître que parmi mes connaissances certaines sont coutumières du fait. De quel album est tiré ce morceau ? C’est quel groupe ? Qui joue la batterie ? Combien d’albums ont-ils vendus ? C’est du rock ou de la pop ? De l’art ou du cochon ? Quelle était la couleur du pantalon blanc de Stéphane Bonneau dans Satan Jokers ? Etc. Mais je m’égare… Cette histoire de blind test me turlupine. Et s’il ne s’agissait pas finalement d’un réflexe d’autodéfense ? Nous sommes biens placés pour savoir qu’en matière de goûts musicaux, le fan de metal est gorgé de préjugés qui frisent l’intolérance. Et si, à trop connaître de l’intérieur le fonctionnement du metalleux, ne rien dire et forcer l’écoute en aveugle était le seul moyen de parvenir à vaincre ceux-ci, justement ? Le seul moyen de maintenir la porte ouverte avant la pose du diamant sur le microsillon ? Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas entendre.

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