Brian TATLER (Diamond Head)

La musique est magique. Qui aurait parié sur DIAMOND HEAD, rescapé de la NWOBHM (New Wave Of British Heavy Metal) qui secoua le hard rock au début des années 80, connu pour avoir traumatisé les jeunes Lars Ulrich, James Hetfield et Dave Mustaine au point qu’ils reprirent plusieurs de leurs titres, pour nous donner le frisson en 2019 ? Et pourtant depuis l’arrivée au chant de Rasmus Bom Andersen et l’album éponyme sorti en 2016, DIAMOND HEAD connaît une nouvelle jeunesse. Le Benjamin Button du hard-rock, Brian Tatler, seul membre fondateur encore dans le groupe, s’est entretenu avec nous quelques jour avant la sortie de son nouvel album « The Coffin Train ». Excusez notre plaisir, pardonnez nos digressions, et allez voir DIAMOND HEAD au HELLFEST !

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Brian, ça peut paraître étrange de commencer une interview de cette façon, mais que dirais-tu si je t’annonçais que « The Coffin Train » est le meilleur album de DIAMOND HEAD à ce jour ?
Ah mais c’est super sympa ! Je suis d’autant plus flatté de ton commentaire à ce stade de ma carrière, après plus de quarante ans au sein de DIAMOND HEAD, alors que généralement le meilleur se crée au début, quand tout est est neuf et excitant. Si les gens aiment vraiment ce nouvel album, et j’ai déjà lu quelques chroniques, je pense qu’on a touché juste. Je pense qu’en grande partie Ras (chant) est responsable de cette énergie et cette fraîcheur. Nous sommes au XXIème siècle, et DIAMOND HEAD s’est renouvelé, mis à jour.

DIAMOND HEADJustement, « The Coffin Train » est le deuxième album auquel participe Ras. Quelle est la différence avec le précédent ?
Une chose notamment, et même deux ! (rires) C’est comme le sketch des Monty Python ! Il fallait quelque chose de différent, et c’est pourquoi Ras a produit et mixé cet album. Il a notamment enregistré la batterie différemment. Par rapport au précédent album qui remonte à 2016, on voulait quelque chose de plus brut, de plus « live », et ça a probablement influencé le reste de l’enregistrement. On a aussi un nouveau bassiste dans le groupe, Dean Ashton, qui nous a rejoints en juillet 2016. Son style convient parfaitement à DIAMOND HEAD, son jeu au médiator est très agressif, et il utilise plus de distorsion que ses prédécesseurs. Il apporte une bonne dynamique aux morceaux. Et puis c’est sûrement aussi le succès du précédent album qui nous a donné un surcroît de confiance. Ras a été très bien accepté, et on a pu se projeter en toute confiance à la fois vers l’avant et vers le haut !

Avez-vous aussi changé votre façon de composer ? Je ne sais pas si c’était autant le cas avant, mais tout le monde a participé à l’écriture cette fois-ci.
Hmmmm.. Comme sur l’album précédent, Ras et moi nous sommes partagés la plupart de la composition. Ras a aussi écrit la totalité des textes. Mais il y a aussi eu des contributions de Abbs (guitares), Dean et Karl (batterie). Ils ne viennent pas forcément avec des idées précises, ils contribuent plus au cours des répétitions, en réécrivant des lignes de basse ou améliorant la dynamique d’un titre par exemple, ou un pattern de batterie. Ca peut devenir un élément important de la chanson, et il est juste de leur en accorder le crédit. Mais la base de la plupart des titres vient d’un de mes riffs, puis je fais une démo – ça me prend un temps fou ! -, et je fais un cd avec ces démos que j’envoie à Ras. Puis Ras sélectionne ce qui lui plaît, les titres qu’il pense être les plus adaptés à Diamond Head, Ce qu’on a fait différemment cette fois-ci, c’est que je me suis rendu plusieurs fois chez Ras pour écrire avec lui, nous triturer le cerveau ensemble,… Son studio est chez lui. On ne l’avait pas fait sur le précédent album. On a passé beaucoup plus de temps ensemble cette fois-ci.

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Les textes ont-ils pu influencer la musique d’une certaine façon ?
Absolument pas. Tous les textes sont écrits après la composition. Je lui demande souvent s’il a des textes ou des mélodies, et généralement il me répond « non, mais j’ai des idées »… Mais il ne me dit jamais lesquelles ! En fait, je découvre les textes quand il enregistre ses parties de chant ! (rires !)

Et elles sont en totale phase avec la musique, notamment sur cet album qui est très sombre.
J’aime trouver des riffs sombres, heavy… et je pense que Ras cherche à s’y adapter. Quand j’écris ces riffs, je cherche aussi à perpétuer l’héritage de la musique telle qu’on l’écrivait dans les années 70 ou 80. Garder ce style. Tu sais, on veut faire plaisir aux fans de Diamond Head, surtout pas se les mettre à dos.

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En découvrant cet album, j’ai ressenti de la part du groupe comme une volonté de mélanger tout ce qui a fait Diamond Head par le passé. Il est à la fois heavy, atmosphérique, épique… et aussi basiquement rock’n’roll quand il le faut. Pour la première fois, j’ai eu l’impression que cet album réunissait toutes les facettes du groupe depuis ses débuts.
Oui, je suis content que tu ressentes cela, car vraiment nous nous appliquons à porter le groupe vers l’avant, sans trahir notre son ni notre identité. Je suis vraiment heureux que tu le sentes. Tu sais, quand on enregistrait notre premier album, déjà pendant la phase d’écriture il nous arrivait de nous dire « Tiens, ça ressemble un peu à… » tel ou tel autre morceau connu, je trouve cela bien car ça signifie que dès les premiers titres nous faisions du Diamond Head. Mais s’il est évident que l’on avait notre propre style dès le départ, on l’a certainement un peu délaissé par la suite, par moments, car on essayait d’aller de l’avant, de progresser, et peut-être qu’on aurait mieux fait de prendre le temps de s’asseoir, de réfléchir, de se dire qu’on avait écrit un classique avec « Am I Evil ? » et qu’on aurait peut-être dû essayer de continuer dans cette voie, mais on ne l’a jamais fait ! On détestait se répéter. On a toujours cherché à explorer de nouveaux territoires. C’est ce qui est le plus difficile à faire sans s’aliéner ses fans. Je pense qu’avec la fraîcheur qu’apporte Ras depuis son arrivée, nous sommes parvenu à retrouver ce qu’aiment nos fans.

Ce n’est pas une tâche aisée car c’est comme s’il y avait eu plusieurs Diamond Head, comme tu l’as dit.
Il y en a eu quelques-uns !

Je peux comprendre que certains ne connaissent le groupe qu’au travers des covers de Metallica. Pour ma part, je pense vous avoir découverts à la sortie de « Canterbury » (1983) et je suis toujours fou de ce disque, très différent des deux premiers. Pour moi, c’est un peu votre « Pyromania »…
(rires)

…mais malheureusement DIAMOND HEAD n’a pas enchaîné avec son « Hysteria ».
C’est vrai. Nous n’avions pas le budget pour le faire. On n’a jamais vendu neuf millions d’exemplaires de quoi que ce soit (rires). Ce n’est pas grave… Nous n’étions pas aussi commerciaux que Def Leppard, nous n’avions pas leur management ni leur label…

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« The Coffin Train » semble rendre hommage à ces albums, aussi différents soient-ils. C’est pourquoi je t’ai dit qu’il s’agit peut-être de ton meilleur album à ce jour.
J’aime aussi « Canterbury », il contient quelques titres que l’on prend toujours plaisir à jouer, comme « Knight of the swords » ou « To the Devil his due ». Il y a des choses de cette période que j’aime toujours et que j’essaie de replacer dans mon écriture. Mais quand on est un groupe live, on aime aussi jouer des chansons puissantes sur scène, alors quand on compose on cherche aussi à écrire des chansons qui seront percutantes en live. On consacre beaucoup de temps et d’effort à réfléchir à cet aspect.

Ce qui surprend aussi sur ce nouvel album, c’est la longueur des titres qui avoisinent pour la plupart les 5 ou 6 minutes.
C’est juste la manière dont l’écriture a évolué. Nous n’avions pas prévu d’écrire des chansons longues, et personnellement la durée n’entre pas dans mon schéma de composition. Ca s’est juste passé comme ça, et je ne voyais rien à couper dans ce que nous avions écrit. Je ne pense qu’il y ait trop de gras superflu ! (rires)

Borrowed_Time_By_Diamond_HeadIl y a plus de solos aussi ?
Oui, il y en a quelques-uns ! Mais ça, c’est délibéré. On s’est rendus compte qu’il y en avait beaucoup sur « Lightning to the Nations » (1980), et je me suis dit qu’il serait bon cette-ci de ne pas lésiner en la matière. Je pense qu’un titre comme « The Prince » qui commence par un long solo représente bien ce qu’est Diamond Head, tout comme le long solo de « Am I evil ? » ou les nombreux solos de « Sucking my love »… C’est un peu la marque de fabrique de Diamond Head. L’écriture des solos est très difficile. Je suis obligé d’y consacrer beaucoup de temps. Il m’arrive d’en écrire une cinquantaine avant de trouver celui qui me satisfait à peu près ! (rires)

Quand j’ai entendu « The Messenger » pour la première fois, j’ai pris une grosse claque. Ce morceau est très particulier et va dans tellement de directions ! Il démarre avec une minute de solos, puis il y a ce gros riff rock, et à la fin on a l’impression d’entendre Thin Lizzy ! (rires) Et pourtant tout a un sens !
(rires !) Je suis un gros fan de Thin Lizzy ! J’avais ce gros riff, et en pensant à « The Prince » justement, je me suis dit pourquoi ne pas débuter par ce solo avant d’aborder le corps du titre ? Ca avait déjà plutôt bien fonctionné par le passé, alors on a enregistré la démo… on procède souvent ainsi. On enregistre et on écoute ce que ça donne. Parfois on essaye avec différents riffs. La section centrale du morceau « The Coffin Train » a été écrite après le titre. J’ai trouvé ce riff et on s’est dit qu’il fallait l’incorporer entre les deux autres parties. Il sonne comme un riff de Black Sabbath… Je suis un gros fan de Sabbath, ca ne pouvait que fonctionner à mon sens.

Je ne discuterai pas ce point ! (rires)
(rires) Voilà ! Si on trouve un riff qui sonne comme du Sabbath, on est obligé de l’utiliser ! (rires !) On ne dira rien à Tony, laissons le découvrir par lui-même ! (rires!)

(rires) Et d’ailleurs, à propos d’hommage, il y a aussi cette étrange mélodie vocales au début de « The Sleeper » qui rappelle fortement « Nothing Else matters ». C’est assumé ?
Je comprends ce que tu veux dire. C’est Ras. J’ai remarqué cela quand il me l’a chanté la première fois. Je ne pense pas que c’était volontaire. Il venait de voir Metallica en concert à l’O2… Les guitares sont très différentes, mais la ligne de chant sur les premiers mots sont similaires. Il prononce le mot « heart » à la fin de la seconde ligne, tandis que James chante « couldn’t be much more from the heart », et il a dû se dire « Oh, j’ai déjà entendu ça quelque part ! » (rires !)

Et il me semble que la ligne de chant de Ras monte, alors que celle de James descend…
Oui, Ras a développé de belles harmonies sur « The Sleeper », il les écrit vraiment très bien, mais on n’en abuse pas car je trouve que ce n’est pas vraiment le style de Diamond Head. On se retient.

Tu as envoyé un exemplaire de « The Coffin Train » à Lars et James ?
Pas encore. Je vais le faire, je vais probablement leur envoyer quatre exemplaires.

Ca leur permettra de trouver des idées pour leur prochain « Garage Days EP » !
(rires !) Ils se débrouillent plutôt pas mal tout seuls ! (rires)

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Il y a une autre nouveauté avec « The Coffin Train », c’est cette jolie pochette peinte. Cela fait bien longtemps que Diamond Head ne nous avait pas proposé une telle couverture ! En plus par Travis Smith !
Oui, c’est Dave Mustaine qui me l’a présenté, et il a vraiment fait un super boulot. Il vit en Californie, il a bossé avec quantité de groupes de metal. On avait cette idée du train qui transportait ces cercueils, et en travaillant sur le titre nous est venue cette idée pour la pochette. On en a fait part à Travis, il a travaillé sur des photos d’anciens trains, et ce qu’il nous a proposé nous a enchantés. Il a fait un boulot génial. C’est une belle couverture, qui illustre bien le disque, la musique…. C’est notre meilleure pochette depuis bien longtemps, probablement notre deuxième plus belle pochette !

Depuis celle de « Borrowed Time » ?
Absolument !

Je faisais le point sur les albums publiés par Diamond Head depuis le tout premier, et je me suis rendu-compte que vous avez sorti huit albums studio….
C’est cela.

…et SIX best-of !
(rires!) Oui, c’est l’œuvre de notre ancien manager qui n’a jamais cessé de se démener et d’employer tous les moyens pour exporter notre catalogue, face B, démos,… de 1990 jusqu’à sa disparition en 2006. Tous les contrats ont pris fin ensuite et ça a cessé. Je n’en ai renouvelé aucun. Il y a eu des compilations officielles, comme celles sorties chez Universal ces vingt dernières années. Et puis les autres « pas terribles » sorties chez Heavy Metal Records, Metal Blade,… mais c’est fini maintenant.

Diamond Head va tourner pour soutenir « The Coffin Train » et vous serez au Hellfest en juin.
Tout à fait, le 21 juin, nous avons tellement hâte d’y jouer ! Cela fait des années qu’on bave devant les line-up du Hellfest et qu’on meurt d’envie d’y jouer ! (rires!) Et ENFIN on y sera cette année ! On a un nouveau management qui s’occupe aussi de Saxon, ou encore Black Star Riders, un nouveau label aussi, Silver Lining, et je pense qu’ils ne sont pas étrangers à notre présence au Hellfest. Ca va être génial.

Vous avez un bon créneau, 17 heures je crois ?
Oui, 17 heures. Juste avant le thé. (rires)

Et après la bière ! (rires)
(rires) Tu seras là ?

Oui, bien sûr, j’espère te croiser.
Si tu m’aperçois, viens me dire bonjour !

Compte sur moi ! Dis moi, dans les festivals aujourd’hui, outre les MAIDEN, DEF LEPPARD, SAXON, on voit aussi réapparaître des groupes issus de la NWOBHM tels PRAYING MANTIS, TOKYO BLADE, etc. Tu gardes un œil sur ces anciens groupes ?
Plus ou moins, j’achète des albums, je vais en voir en concert quand ils passent à Birmingham. Beaucoup ont disparu dans les années 80, les labels les ont laissés tomber… très peu ont survécu. Mais ces dernières années, il y a eu c’est vrai un retour de certains groupes dans les festivals. Il est aussi devenu beaucoup moins coûteux de réaliser un disque. Plus besoin de gros label ni de gros budget. C’est bien que certains reviennent, bien souvent par pur plaisir.

Qu’écoutes-tu comme musique aujourd’hui ?
Je suis assez vieux jeu, j’écoute toujours les groupes des années 70. Zeppelin, Pink Floyd, Black Sabbath… Au fil du temps, je me suis plongé dans Muse, Nirvana, Rage Against the Machine, System of a Down,… Mais vraiment si tu venais jeter un œil dans ma collection, tu trouverais surtout des groupes des années 70. Tu sais, j’étais ado dans les années 70 et la musique qu’on écoute à cet âge devient la bande son de sa vie, non ? C’est difficile de conserver le même enthousiasme ensuite, décennie après décennie.

Tu peux comprendre non pas le succès mais la raison d’être de groupes comme Greta Van Fleet ?
Je trouve qu’ils ressemblent vraiment beaucoup à Led Zeppelin, et je ne pense pas qu’ils méritent toute cette attention. Il y a des milliers de groupes qui sonnent comme Metallica, des milliers de groupes qui sonnent comme Maiden, et un groupe qui sonne comme Zeppelin rend tout le monde fou ? On ne peut pas copier Zeppelin, c’est ça ? C’est sacré ? Il y a tellement de groupes qui s’inspirent fortement d’autres que je n’arrive pas à les dissocier ni à les identifier. Led Zeppelin avait son style bien à lui, et il n’y a pas tant de groupes que cela qui l’ont plagié.

Quelle carrière que celle de Robert Plant ! [Attention : digression majeure]
Brillante ! Et il ne se soucie pas de plaire ou non aux fans de Zeppelin. Il est très confiant en lui et sa musique, il fait ce que bon lui semble, sans se soucier des modes, et tant pis pour ceux qui ne le suivent pas.

Et il n’a pas besoin de Page !
Oh ! Je suis un énorme fan de Page, et je pense que la somme des talents de Plant et lui est supérieure à ce qu’ils sont seuls, mais ceci étant dit, je pense que Plant n’a aucune envie de chanter indéfiniment Black Dog, à la fois parce qu’il l’a déjà fait et parce qu’il n’a plus la voix pour le faire, tout du moins celle qu’il avait à 20 ans. Le passé est le passé.

Ce qu’il fait aujourd’hui est tellement plus émouvant… mais sa carrière n’est pas finie, tout comme celle de DIAMOND HEAD ! (rires) Merci beaucoup Brian, on se voit au Hellfest !
Merci à toi Christophe, absolument !

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