RAMMSTEIN « Rammstein » (2019)

rammsteinalbum

Quand j’étais petit, les devinettes les plus subversives et populaires qui avaient cours dans la cour de récré étaient « Qu’est-ce-qui est long et dur et que n’ont que les hommes ? » ou encore « Qu’est-ce qui est long, blanc, et rouge au bout ? ». Les initiés, blasés et lassés, répondaient « le service militaire » et « une borne kilométrique ». On savait rire dans les années 70. En 2019, on peut sans honte ni aucune espèce d’arrière-pensée donner une seule réponse à ces deux questions : « la pochette du nouvel album de RAMMSTEIN ». Après un silence discographique d’une décennie, les allemands sont de retour avec cet éponyme septième album studio, et force est de reconnaître que le petit bout rouge de sa pochette ne demande qu’à s’enflammer. Des premières secondes de « Deutschland » qui ouvre le bal sous ses faux airs éloignés de « For Those About To Rock », jusqu’aux derniers instants envoûtants de « Hallomann » qui le clôture, RAMMSTEIN publie son album le plus érectile depuis Herzeleid bouclant ainsi une exploration d’un quart de siècle des nombreuses pistes ouvertes en 1995 sur ce premier album tellement hétérogène et, déjà, maîtrisé. Production, écriture, interprétation, variété, dynamique… le groupe affiche ici la cinquantaine rugissante ! Du grand art qui ne s’accommode d’aucune trahison, et ne se contente surtout pas de recycler. RAMMSTEIN a tour à tour été underground, culte et mainstream. Il est ici tout cela en même temps. A la fois assagi et provocateur, malsain et joyeux, sombre et lumineux. Et, ce qui est loin d’avoir été souvent le cas, il publie un disque qui se révèle passionnant sur la quasi-intégralité de sa durée. Alors que depuis vingt ans les fans ont été habitués à prendre en pleine tête avec chaque album l’évidence et la puissance de titres imparables, remisant par la force des choses à l’arrière plan d’autres plus quelconques (en comparaison), Rammstein possède quant à lui l’hétérogénéité consistante, implacable et impeccable. Rien de commun entre l’électro « Ausländer », l’entraînant « Sex », le sale « Puppe », le piano/voix « Diamant », pour n’en citer que quelques-uns. Quant aux autres, « Radio » est une saloperie entêtante, « Was Ich Liebe » est un pur joyau d’ambiance, de construction crescendo et de lourdeur, et après avoir sans honte porté par le passé la vibe kashmiresque, RAMMSTEIN se pare ici sans vergogne des atours de Deep Purple (« Weit Weg » et ses allures de parfaits étrangers…). La production a cette fois libéré dans le son le supplément d’âme qui fait la différence entre un bon album et un album pétillant. Tous les refrains tiennent du travail d’orfèvre, loin de cet aspect cousin diabolique d’INDOCHINE avec lequel certains flirtaient de temps à autres par le passé. Cet album est tellement réjouissant qu’il sonne comme un point final. A l’image de l’illustration de sa pochette. Si cela devait être le cas, il laissera autant de plaisir que de regrets.

RAMMSTEIN
« Rammstein »
Universal Music
Sortie le 17 mai 2019

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2 réflexions sur “RAMMSTEIN « Rammstein » (2019)

  1. Complètement raccord avec ta chronique, et oui petit repompage « perfectstrangerien » sur Weit Weg … dans tous les cas un super album qui touche un public beaucoup plus large (un peu comme Ghost)

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