Nick Beggs (The Mute Gods, Steven Wilson)

Si ces dernières années Nick Beggs s’est fait remarquer en tenant la basse de Steve Wilson, tant en live que depuis l’enregistrement de l’album Grace for Drowning (2011), le grand blond avec des tresses, parfois habillé en femme, est riche d’une longue carrière qui l’a mené de Kajagoogoo à The Mute Gods dont le troisième album, Atheists and Believers, est sorti le 22 mars dernier. Ce projet qui réunit Nick (basse, chant, guitares, claviers, etc.), Roger King (guitare, Steve Hackett band) et Marco Minneman (batterie, The Aristocrats, The Sea Within), a également fait appel à de prestigieux invités, parmi lesquels Alex Lifeson (Rush), Craig Blundell (Frost*, Steven Wilson) ou encore Rob Townsend (Steve Hackett). C’est depuis Stockholm, lors d’une journée off entre les dernières dates de la tournée To The Bone de Steven Wilson, que Nick, aussi exubérant sur scène que réservé en interview, s’est entretenu avec nous. Enfin, réservé, jusqu’à ce qu’on lui parle de son chien !

Bonjour Nick, je suis vraiment heureux de m’entretenir avec toi, même si je t’avoue que je me suis demandé comment interviewer un Dieu Muet…
(rires)… Oui, en fait je ne suis pas du tout un dieu muet, j’ai trouvé cette idée de nom pour le groupe en cherchant une métaphore pour les religions. Mais oui, effectivement, je suis un membre de ce groupe ! (rires)

Tu fais le tour de monde aux côtés de Steven Wilson depuis… « longtemps », on va dire…
Oui !

Et pourtant tu es parvenu à sortir trois albums en autant d’années avec The Mute Gods. Comment t’y prends-tu ?
On essaye de gérer au mieux le temps dont on dispose. De la manière la plus efficace. J’ai toujours mon studio avec moi, dans mon ordinateur portable, avec des accords préenregistrés qui me permettent de figer rapidement mes idées, et de réaliser des albums aussi. J’enregistre ainsi aussi pour d’autres artistes, sur la route également. C’est plus productif que de passer son temps à jouer aux jeux vidéos. Moi j’écris des chansons pour m’occuper.

C’est toi le cerveau derrière The Mute Gods ?
Oui, j’écris toutes les chansons, et pose le concept de l’album.

The_Mute_Gods_-_Photo_1

Comment procèdes-tu ? Les textes sont très importants pour toi, le sont-ils autant que la musique ? As-tu une méthode d’écriture préétablie ?
Eh bien j’ai une très longue liste de titres de chansons, que je garde toujours sur moi, sur mon iPhone, et qui s’allonge continuellement. C’est un fichier de titres uniquement. Et quand je compose, j’essaie toujours de marier les deux, aussi vite que possible. Donc on peut dire que les textes et les musiques se créent en parallèle.

La musique sur « Atheists and Believers » est plutôt joyeuse, très années 80…
Oui, elle est très pop.

Mais à l’inverse les paroles ne le sont pas trop.
Non. La musique sert un peu de cheval de Troie, non ?

Absolument. C’est parfaitement assumé j’imagine ?
Je pense que j’ai le même message depuis le premier album. C’est la façon dont je vois le monde. Mais ce n’est pas aussi figé au niveau de la musique. Je pense qu’elle est plus fluide, qu’elle évolue, et que chaque album a une identité différente, une couleur qui lui est personnelle. Pour éviter que l’auditeur ne s’ennuie ! (rires)

N’est-ce pas quelque chose d’inhérent à l’âge, de devenir de plus en plus résigné avec le temps, d’avoir un regard de plus en plus critique ou désabusé sur le monde ?
Tu peux le penser, mais en ce qui me concerne j’étais déjà comme ça ado ! J’ai toujours considéré l’homme comme fondamentalement stupide et égoïste, qu’il courrait rapidement à sa perte s’il ne changeait pas sa façon d’être. Et franchement, je ne le vois pas changer quoi que ce soit prochainement.

Donc ça n’a rien à voir avec le fait de fréquenter Steven Wilson depuis tant d’années, lui qui n’a pas une personnalité publique des plus joviales ?
Ce n’est pas faux, mais dans l’intimité il n’est pas comme ça !

Comment fais-tu pour garder la foi en la musique, après 40 ans de carrière ?
En essayant de me renouveler le plus souvent possible. Je suis très ouvert au changement. C’est important de ne pas se cantonner à un style, de ne jamais s’enfermer. Il faut toujours garder l’esprit ouvert.

Et le fait de tourner depuis 10 ans avec Steven… Là je crois que tu en es à 140 concerts, c’est ça ?
143, mais on en a faits des centaines d’autres avant.

C’est la première fois que tu joues aussi longtemps avec un même groupe ?
Je sors d’une période effectivement très intense. Le Hand.cannot.Erase tour d’abord (qui s’est ensuite transformé en 4 ½ tour) était plus long, mais il s’est aussi déroulé sur une période plus longue, de l’ordre de 18 mois. Donc oui, avec To The Bone nous terminons la tournée la plus dense.

Donc, puisque tu me disais que tu composais sur la route, est-ce que le fait de rester aussi longtemps dans un même environnement, avec une musique aussi particulière, exerce une forme d’influence sur ton inspiration ?
Je pense que l’on n’a pas vraiment beaucoup de distractions quand on passe son temps entre chambres d’hôtel et loges, mais on n’a pas non plus la pression des tâches ménagères, les obligations à sortir le chien, les courses à faire, chercher les enfants à l’école… et quand on est loin de chez soi, on peut plus facilement se focaliser sur l’écriture. Donc au contraire je dirais que ça libère le potentiel créatif.

The_Mute_Gods_-_Cover_2019

The Mute Gods se produiront live ?
Je suis en train d’essayer d’organiser des concerts.

Avec les musiciens impliqués dans les disques ?
Oui.

Toi qui parcours le monde, trouves-tu malgré tout des raisons de te réjouir quelque part aujourd’hui sur cette planète ?
Je vois l’espoir quand je regarde mes enfants (silence). Je vois surtout beaucoup de sources d’énervement quand je parcours le monde. Mais il y a aussi des technologies, encore balbutiantes parfois, qui donnent de l’espoir si on se dote des moyens, des inventions qui pourraient par exemple régler le problème du carbone dans l’atmosphère. On a un très long chemin à faire, mais si on le décide vraiment, on a les moyens de changer les choses. Le mode de vie actuel de la planète n’est pas viable. Mais quand on entend des idiots comme Trump qui refusent de reconnaître la réalité de la situation, on peut effectivement craindre que tout soit fichu pour nous.

Et en tant que citoyen britannique, comment vis-tu le brexit ?
J’ai eu l’occasion de m’exprimer et de râler sur ce sujet, je pense que le Royaume-Uni est un ship of fools qui va sombrer comme le Titanic. Mais en même temps, nous n’avons pas d’autre choix que de laisser ces fous terminer la partie qu’ils ont lancée.

Sur un autre sujet plus trivial, combien de cartes Sonny a-t-il signées finalement (Nick a publié une vidéo où il signait des cartes jointes aux précommandes du nouvel album, en y faisant participer son chien – ndr) ?
(rires) Sonny…. Sonny en a signé un bon paquet, il a aussi écrit pas mal de choses inavouables sur certaines d’entre elles et il n’aurait pas dû. J’étais très en colère contre lui. On a eu une longue discussion. Je pense que certains fans ne s’attendent pas à ce qu’ils vont recevoir !

En tout cas, on connaît le responsable.
Sonny ! C’est un très mauvais garçon !

The_Mute_Gods_-_Photo_2

The Mute Gods est bien ancré dans les années 80, alors que l’on associe plus souvent le prog aux années 70. Es-tu un produit des 80’s finalement ?
Je ne suis pas d’accord avec toi, je pense qu’il y a autant des 70’s que des 80’s dans notre musique. L’autre jour, quelqu’un m’a demandé si une des chansons était inspirée par les années 60… C’est un amalgame de tout ça, cet album penche probablement vers la pop, mais je pense que nous sommes le produit de toutes les décennies que nous traversons. Je vois que tu portes un t-shirt Black Sabbath…, tout nous inspire de manière si différente qu’il est difficile aujourd’hui de définir quelles sont nos influences musicales. Mais on ne peut pas empêcher les gens d’entendre des choses, je pense ! C’est aussi dans la nature humaine de vouloir tout relier, tout analyser. C’est sûr, ce ne sont toujours que 12 notes, mais on est prompts à faire des corrélations entre ce qui sonne de telle ou telle façon. On est doués pour créer des cases et tout y ranger, car ça facilite notre compréhension et on a ce besoin de comprendre. En ce qui me concerne, je n’y pense pas vraiment. C’est aux auditeurs de faire ce boulot.

Ca dépend aussi des instruments utilisés. Par exemple, l’apport d’une flûte sur « Old Men » lui donne tout de suite un cachet plus 70’s, ou fin 60’s.
En fait, une fois encore, je ne l’entends pas de cette oreille. C’est le morceau lui-même qui réclamait ce genre de mélodie. Quelqu’un m’a dit que l’air à la flûte lui rappelait un morceau des années 60, un truc du genre Manfred Mann,… Je n’y ai absolument pas pensé. La mélodie que j’avais en tête quand je composais s’y prêtait, c’est tout.

Alors que sur l’instrumental « Sonic Boom », il y a quasiment une partie reggae. C’est là l’essence-même de la musique progressive à ton sens ?
La musique prog est-elle du reggae ?

Non ! La musique prog est-elle le fait de mélanger toutes ces influences, de ne pas se fixer de limites !
Etre progressif signifie tout simplement être ouvert à toutes les suggestions ou toutes les idées. Progresser dans une direction ou essayer des idées qui sont en-dehors d’un genre.

C’est ce que je voulais souligner. L’absence de frontières.
Oui, je pense que le problème avec le mot progressif est que si tu t’en revendiques, c’est que tu n’es probablement pas progressif du tout. Je n’aime pas vraiment ce mot. Je préfère l’expression « rock alternatif ». Pour moi, c’est un assemblage de chansons qui ont un lien qui les mène dans une direction commune. Mais pour être franc, je ne pense pas faire de la musique progressive.

Peut-être que se revendiquer progressif est déjà reconnaître que l’on applique une sorte de recette ?
Je ne pense pas appartenir au genre progressif, sincèrement. Je dois être un imposteur. Plus que tout, je suis un musicien pop.

Il y a quelques titres plutôt sombres, voire tristes, sur cet album. Je pense en particulier à un titre que j’aime beaucoup et qui s’intitule « The house where love once lived »..
Oui..

Mais aussi « Old Men »..
Oui..

Et le dernier instrumental..
Oui.

Ils sont différents du ton du reste de l’album, et sont placés sur l’album à des moments précis. L’album démarre sur une ambiance pop, et puis petit à petit, l’album devient peut-être plus personnel ?
Toutes les chansons reflètent mes vues sur le monde, et parlent aussi de mes expériences personnelles, de telle sorte que j’évoque autant le point où en est arrivé l’humain que celui où je me trouve aussi, dans ma vie. Par exemple, « The house where love once lived » est une chanson sur le fait d’aller de l’avant, malgré les événements de la vie et les changements qu’ils génèrent. Je vie une vie heureuse avec ma femme et mes enfants dans notre maison depuis dix ans, et je me dis que si on devait vendre cette maison, les nouveaux propriétaires ne connaîtraient rien de tout ce qui s’y est passé, de la famille qui y a vécu. J’ai alors repensé à mon premier mariage, qui s’est terminé par un divorce, et des événements plutôt tristes qui se sont passés dans notre foyer. Je me suis remémoré les souvenirs des problèmes survenus dans notre relation, et j’ai pensé à leurs fantômes qui occupent désormais la propriété de quelqu’un d’autre. La chanson vient de là.

Comme si les émotions restaient figées sur l’environnement matériel où elles ont eu lieu ?
Oui, oui. Tout à fait.

Merci beaucoup Nick. Bonne fin de tournée avec Steven, et à très bientôt sur scène avec The Mute Gods !
Absolument ! Merci Christophe, à bientôt !

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