NOSTROMO-:- Jérôme et Lad

NOSTROMO a confirmé son retour avec « Narrenschiff », un E.P. 6 titres brutal (chroniqué ici). Nous avons échangé avec Jérôme et Lad, deux représentants de ce groupe suisse qui n’ont certes pas leur langue de bois dans la poche ! Un entretien, mêlant scoop et franchise décomplexée, que nous vous livrons avec, nous l’espérons, autant de joie que nous avons eue à le réaliser !

NOSTROMO fait un retour à petits pas depuis 2016, avec tout d’abord un single, et aujourd’hui un E.P., c’était programmé comme ça ?

Jérôme (guitare) : Non. Du tout. Disons qu’on a eu des soucis de logistique et de personnel alors qu’à la base on était sensés sortir ce 6 titres à l’époque où nous avons sorti le single, Uraeus et la reprise de Narzum, mais il se trouve qu’on a été… « retardés », comme dirait Gandalf dans le Seigneur des Anneaux. Maintenant on a un nouveau line-up, on est repartis de plus belle avec un nouveau batteur, avec lequel ça va beaucoup plus vite, avec qui on peut faire beaucoup plus de choses, et avec qui il y a une belle énergie ! On peut désormais aller au charbon comme on voulait le faire il y a deux ans, mais à l’époque on n’en avait pas les moyens.

Et pourtant en découvrant « Narrenshiff », je me suis demandé si ce format E.P. n’était pas le format idéal finalement ?

Alors… commercialement parlant, ce n’est pas super, non ! L’idée, c’est qu’on ne voulait pas attendre plus. On prend quand même du temps pour composer, et on ne se voyait pas attendre un an de plus avant de sortir un « vrai album ». Cet E.P. nous permet de marquer le coup, histoire de faire comprendre que nous sommes vraiment de retour. Entre-temps, on a composé la quasi-totalité du prochain album qu’on va enregistrer d’ici la fin de l’année.

Donc ce sont des petits pas, mais rapprochés !

Oui, voilà, des petits pas rapprochés. Et ces petits pas rapprochés avec Max, notre nouveau batteur, sont des petits pas nettement plus rapides que ceux de l’époque !

Nostromo est visiblement une aventure humaine, puisque vous êtes revenus malgré une dizaine d’années d’absence. Quelles sont les raisons de ce retour ? Le manque de jouer, de se retrouver sur scène, de partager l’aventure ?

Je ne pense pas que c’était un manque. A l’extérieur de l’aventure Nostromo, tout le monde a continué son petit bonhomme de chemin musical… mais il se trouve que lorsque nous nous sommes retrouvés, ça nous a quand même remué les abeilles, et donné envie de renquiller comme en 40. Sachant que ça s’était terminé en eau de boudin… personne n’avait compris grand chose, et là on s’est dit que c’était un peu l’occase.

On dit souvent qu’on revient animé d’une vengeance, « back with a vengeance » ! C’est ce qui explique l’énervement contenu dans ces nouveaux titres ?

Lad (basse) : La situation, les deux ou trois trucs qui nous sont arrivés pendant ces deux dernières années, nous ont pas mal donné la pèche et la hargne… mais nous sommes un groupe qui a toujours fait de la musique qui défonce. Max (batterie – ndr) nous donne aujourd’hui les moyens de faire quelque chose de plus rapide et de plus agressif. On n’aurait pas pu faire ça avant.

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Ce que vous avez fait musicalement pendant ces dix ans d’absence vous a-t-il servi dans l’inspiration et la composition de ces nouveaux titres ?

Jérôme : Oui bien sûr.

Lad : Oui, surtout Jérôme, parce que moi je n’ai plus fait de metal pendant ces dix ans. Je suis devenu ingénieur du son, j’ai fait beaucoup de musique électronique, et je continue d’ailleurs, j’ai fait un break metal pendant dix ans. Jérôme a continué lui.

Jérôme : C’est quand même plus bourrin qu’avant, oui.

On peut trouver dans les paroles une explication à cet énervement ? Au moins dans celles des quatre premiers titres de l’E.P.

Oui, disons que c’est un peu une revanche par rapport à certains trucs et certaines personnes qui nous ont mis des bâtons dans les roues… C’est un très très bon moteur d’être furax. Il se trouve que ça s’entend, mais pas seulement au niveau des paroles. Les paroles collent à la musique.

C’est vrai qu’en même temps les textes, quand on écoute les titres, ce n’est pas ce qui saute en premier aux oreilles.

On a toujours utilisé la voix comme un instrument, une manière d’être un peu plus agressif, et là il se trouve qu’on a des textes un peu moins post-adolescent qu’à l’époque, qui apportent ce supplément d’agressivité.

La production de « Narrenschiff » est intéressante. C’est un peu comme s’il y avait deux E.P. en un . Un premier qui s’écoute de loin et qui ressemble à une masse très dense et très violente, et un autre qui, en l’écoutant au casque par exemple, révèle une musique très complexe.

Je ne pense pas que ce soit calculé. L’idée, c’est un peu notre leitmotiv, est de faire quelque chose d’assez rouleau compresseur et en même temps compréhensif et pas trop abrutissant. C’est à dire qu’on est un peu dans les polyrythmies, avec un côté… je ne dirais pas « évolué », mais complexe.

Lad: Ce n’est pas du n’importe quoi, c’est du chaos mais organisé. C’est chaotique, mais c’est pensé, structuré. Jérôme, qui écrit les morceaux, pense beaucoup aux structures, et après il arrange, programme… et nous on arrive en local, on arrange un peu, et puis ça donne ce que ça donne. Mais surtout, là, sur ce coup-là, on était dans l’urgence de sortir quelque chose, Jérôme avait les morceaux tout prêts, on a bossé, et puis c’est sorti. Comme il l’a dit, ce disque aurait dû sortir une année plus tôt. Mais on était…… dans le pâté parce que voilà, et on n’a pas pu le sortir. C’est comme ça…

Peut-on penser que les soucis que vous avez rencontrés (et résolus) avec votre précédent batteur ont fait que lors de vos retrouvailles, vous êtes en fait partis dans une direction qui n’est pas celle que vous aviez en tête ?

Jérôme : Tout à fait, parce que grâce à Max, notre nouveau batteur, nous avons une multitude de portes qui s’ouvrent. Pas seulement au niveau de la technique de jeu, mais aussi au niveau de l’intention. Potentiellement, on peut faire beaucoup plus de choses. Lui, c’est un type super ouvert, qui a en plus une technique assez effarante. On a beaucoup de chance car on peut faire ce qu’on veut maintenant. Ce qui n’était pas le cas avant.

Avec une musique aussi dense, la production est très importante. Je trouve qu’elle reste très naturelle sur cet E.P.

Ca c’était un choix en fait. On en a pas mal parlé entre nous en amont, et avec Johann Meyer qui est venu faire le son, tout le monde voulait rester dans un esprit…. je ne sais pas si on peut l’appeler « old-school », mais qui ne pue pas trop le plastique et l’électronique. Pas trop de trigger, éviter les effets surfaits, avoir quelque chose qu’on soit potentiellement capable de reproduire sur scène. Donc on a vraiment utilisé nos amplis standard, notre batterie standard, on a mis des micros devant…

Lad : L’approche est assez live, on a très peu édité, il n’y a pas eu énormément de corrections post-rec ni au mixage. Donc ça c’est cool, parce que comme le dit Jéjé, il y a plein de groupes qui enregistrent des trucs ultra tight, triggés, en studio, et après sur scène ça joue moins bien…

Jérôme : C’est que bêtement nous quatre, dans le groupe, on a des références identiques qui sont liées au métal des années fin 80-90, avec des productions pas forcément chirurgicales mais qu’on adore. Vivantes, chaudes…

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Le style de metal que vous faîtes n’est-il pas l’un des plus intemporels ? Il y a tellement de styles qui vieillissent mal…

Lad : En tout cas je l’espère, ça nous laisse un espoir de longévité plus grande que si c’était un style voué à disparaître dans une année ou deux… Le rock’n’roll, le metal,… maintenant il y les nouveaux, les jeunes… Et bien voilà : j’écoutais du djent ou des machins comme ça,…. sérieusement maintenant ça m’emmerde. C’est pas que je suis un vieux con, j’adore les nouveaux trucs qui se font dans plein de styles différents, mais je trouve que dans le metal, je ne sais pas….. pour moi il y a Meshuggah qui était la référence, mais les trucs qui se font maintenant derrière, pour moi ça manque d’âme en fait. Ca manque d’émotion. Je trouve que c’est devenu trop mécanique. Surtout quand tu sens qu’il y a des machines qui le font derrière, où tout est remplacé… C’est comme une très belle meuf, tu vois, mais toute refaite sur photoshop…

Jérôme : Jolie analogie !

Lad : …et bien ça fait moins bander. Il faut que ça reste un peu humain. Moi j’aime ce truc où… putain, on a une musique qui est faite pour le live ! Et en live, à part Gojira, Meshuggah.. enfin heureusement il y en plein d’autres, ce qu’ils font en studio il le font aussi en live !

C’est le privilège d’avoir un peu de bouteille, d’avoir connu plusieurs décennies de metal, qui fait que, peu importe le style, c’est l’intention qui compte et qui donne du plaisir, qui permet de faire le tri parmi les groupes, non ?

On écoute toujours de la musique classique ou du jazz. Pourquoi ? Parce que l’intention est universelle ! Et puis il y a des groupes à courant ou à genre, qui partent, qui viennent… Je pense qu’il y a des styles comme le metal, le rock, qui vont traverser les époques. Il y a des choses nouvelles, électroniques, moi j’adore ça ! Mais je ne sais pas, je trouve que quatre gars sur scène qui envoient la moutarde…

Jérôme : …ça fonctionne !

Justement, depuis votre retour vous avez beaucoup joué, et notamment en festivals, que ce soit le Download, Dour, le Hellfest, le Motocultor…

Lad : On a une chance énorme ! Dix ans après, on se retrouve à faire tous les gros festivals Que tous nos potes qui ont continué à jouer ne font pas… Je trouvais ça un petit peu bizarre, mais en même temps voilà ! Ca nous a fait comprendre qu’on a une chance monstre !

Jérôme : Il faut éviter de passer à côté.

Lad : Oui, et il faut respecter cette chance qu’on nous donne. C’est le public qui nous donne ça. Pour nous c’est magnifique. C’est génial d’avoir cette reconnaissance, cette place dans un milieu qui devient de plus en plus dur. C’est hyper dur aujourd’hui ! On a des potes qui galèrent comme des malades pour jouer, c’est compliqué !

Pourtant l’impression domine que tout le monde peut y croire, et même doit !

De tout temps c’était comme ça, il faut y croire, mais le truc c’est que ce n’est pas une fin en soi. On ne s’est jamais dit qu’on allait recommencer Nostromo pour faire le Hellfest. Non ! On a recommencé sur un coup de bol, et tout d’un coup on s’est retrouvés propulsés dans un truc auquel on ne s’attendait pas. Je ne fais pas de la musique pour être connu, mais parce que j’adore ça. Si ça marche, tant mieux. Et comme tu le dis, la prise de conscience quand ça ne marche pas est dure.

Jérôme : Bon après, que ça marche ou pas, si tu aimes ce que tu fais…. Et le rock’n’roll, c’est comme la vieille prune, ça conserve.

La musique de Nostromo ne s’apprécie-t-elle pas mieux en petites salles qu’en festival ?

Personnellement, oui je pense que notre musique fonctionne mieux sur des petites scènes, qu’il s’agisse de salles ou de festivals. On est plus compact, et on a moins l’habitude de jouer sur des trucs énormes. C’est pour ça que quand on jouait avec Gojira, c’était un peu de la science-fiction, car eux occupent l’espace somme des professionnels, et nous on faisait un peu riquets là-dedans. Mais c’est juste une question de dimension. J’adore autant les petits clubs et les festivals. L’idée c’est que du moment qu’on joue, qu’on est contents de ce qu’on fait et qu’on fait des concerts… je joue n’importe où, il n’y a pas de problème.

Lad : Mais, notre musique est quand même plus adaptée aux petites/moyennes salles.

En vous voyant au Motocultor en 2018, je me suis laissé happer petit à petit par votre show, et dans le même temps vous jouiez devant des gens allongés dans des transats, ou en train de manger des gaufres, c’est assez… coquasse !

Mais ce genre de festival, le Motocultor, est assez exceptionnel ! Il y a vraiment cette espèce d’ambiance jusqu’au bout. Le Hellfest est magique aussi. Mais il y a d’autres festivals où tu sens vraiment que c’est plus du business, où c’est moins leur culture…

Jérôme : où c’est moins rock’n’roll.

Lad : Où c’est moins rock’n’roll, voilà.

Pour revenir sur l’E.P., tout à l’heure on parlait des quatre premiers titres qui sont très violents, du cinquième qui l’est un peu moins, mais il y aussi le dernier, qui donne son titre au disque, qui est écourté et se termine dans un grésillement. Mais qu’est-ce-que c’est que ce truc ?

Jérôme : Alors… Est-ce qu’on va balancer…. ?

Lad : Mais oui, balance ! C’est un préquel !

Jérôme : Voilà ! C’est l’annonce de l’album. Ce morceau est un morceau….

Lad : Là on a fait une loop, une boucle… mais après, le morceau dure en fait 4 ou 5 minutes, et c’est un morceau monstrueux ! Et il sera sur le prochain album.

Jérôme : On avait envie de faire ce texte que Rodolphe Burger nous a posé très gentiment avec classe, on s’est dit que tant qu’à faire on n’allait pas balancer une partie du poème comme ça sur rien, alors on a mis cette boucle un peu sombre derrière.

Donc un prochain album en allemand !

Lad : Non non non non !!!!! En suédois !

Jérôme : Non, en anglais comme d’habitude, parce que d’abord l’anglais est la langue du rock’n’roll, mais il se trouve qu’on voulait avoir cette version de Brant de Narrenschiff en allemand parce que c’est crédible comme ça, et c’est comme ça que ça sonne le mieux, en v.o. !

Lad : Et nous en Suisse on parle allemand aussi !

Du fait de votre nom, il y des questions qui doivent revenir souvent depuis l’origine du groupe, du style « dans l’espace vous entend-on crier ? »…

Jérôme : Oui, mais… en fait, nous, on n’y est jamais allé dans l’espace.

Lad : Donc on ne sait pas trop.

Mais peut-être que vous, on vous y entendrait ?

Jérôme : Oui…, mais en plus dans l’espace il n’y a pas d’air, donc pas d’ondes sonores, donc pas de son, donc si tu es vraiment dans l’espace, personne ne t’entendra crier. Même pas toi !

C’est quoi l’actu du groupe dans l’avenir immédiat ?

Lad: Il y a quelques dates, un ou deux festivals cet été, mais là on se concentre sur le prochain album.

Cet E.P. correspond à ce que vous aviez en tête au moment du Nostromo 1.0 ?

Jérôme : Je pense que c’est au-delà de mes espérances. Je suis super content de ce disque, et si on avait pu faire un truc comme ça à l’époque,..

Lad : …je pense qu’on aurait toujours continué à jouer ! Je pense qu’une des raisons de l’arrêt de Nostromo, c’est que Jérôme ne se retrouvait plus musicalement avec un Nostromo devenu trop cérébral.

Jérôme : C’était un peu de la masturbation. « On va faire 19 temps et puis enlever une demie croche, ça va être cool, et là on va mettre un petit plan à la gratte sèche… » Non, non, non,… C’est pour ça qu’après, entre autres, je suis parti faire un truc beaucoup plus extrême, 4/4 avec 280 bpm dans ta tronche tout le temps, sans aucune pause,… et là ce n’est pas ce qu’on est en train de faire sur le prochain disque, mais si on veut, on peut le faire ! C’est vraiment libérateur pour moi.

Lad : Il n’y a plus cette frustration.

Donc l’album sera varié ?

Je pense un peu plus, oui.

Jérôme : Déjà rien qu’au niveau des tempos, on a des choses qui sont…

Lad : Ca varie entre 270 et 280 !

Jérôme : Non ! (rires) Avant j’emmerdais tout le monde parce que je ne voulais pas faire de choses lentes, c’était un peu interdit de faire des trucs ultra-rapides… et aujourd’hui qu’on peut le faire, je n’ai plus de problèmes à faire des trucs lents !

Pendant vos dix ans d’absence, des groupes vous-ont-ils donné envie de revenir ?

Sûrement ! Mais lesquels…..

Lad : Moi j’écoute toujours les mêmes trucs… J’ai recommencé à écouter beaucoup de metal. L’arrêt de Nostromo m’avait un petit peu refroidi. J’ai continué à faire de la musique, mais ailleurs. J’ai fait de la musique électronique. Je viens du hard rock à la base (rires). J’ai découvert le gros brutal avec Jérôme. Si je devais citer un groupe que j’écoute vraiment beaucoup,… j’adore Morbid quoi ! J’adore ce groupe. Je pense toi aussi ?

Jérôme : Ah moi ça ne s’est jamais arrêté ! Tous les projets annexes de Morbid Angel… Ultimas, Terrorizer, c’est génial !

Lad : C’est monstrueux.

Jérôme : C’est vraiment une belle équipe. Ce sont des mecs qui sont sympas. C’est ça aussi qui m’attire beaucoup dans cette scène qui de l’extérieur paraît hostile et pas facile d’accès, en fait c’est des mecs avec qui tu te marres tout le temps. Du coup c’est quand même bien pratique de faire des concerts avec des mecs sympathiques avec qui tu ris beaucoup, parce que ça te laisse des bons souvenirs. En plus de faire des bleus dans la tronche parce que tu fais de la musique de bourrin.

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