Aerosmith « Get your wings » (1974)

aerosmith get your wings

Bien avant MTV, avant la voix constamment éraillée, avant les ballades sirupeuses, le sexe dans les ascenseurs et l’Armageddon, AEROSMITH connut une première vie marquée du sceau des années 70, débutée en 1973 sur un album sans titre et achevée en 1979 dans la drogue et le stupre, qui donna naissance sur une période de cinq années, de 1973 à 1977, à autant d’albums majeurs émaillés de hits universels, trop nombreux à énumérer sinon pour le plaisir (que nous ne nous refusons pas) : « Dream On », « Mama Kin », « Walk this way », « Sweet emotion », « Back in the saddle », « Rats in the cellar », « Sick as a dog », « Draw the line », ou encore « Kings and queens », tous aujourd’hui certifiés 40 d’âge, et dont incroyablement aucun ne figure sur Get your wings, le second album du groupe sorti en 1974, à jamais et injustement remisé dans l’ombre des monuments que sont Toys in the Attic et Rocks dont il pose pourtant toutes les bases. Alors que la moyenne d’âge au sein du groupe n’atteint pas 24 ans, Aerosmith débute véritablement sa carrière avec ce deuxième album, sous la houlette de Jack Douglas. Faisant montre d’une insolente assurance, l’attelage naissant s’applique à créer un son et une méthode imparables. Derrière la batterie de Joey Kramer au son feutré et organique, la section rythmique composée de Brad Whitford à la guitare et Tom Hamilton à la basse est intraitable dans l’approche laid back mais énergique des riffs autour desquels virevolte sans cesse la guitare solo de Joe Perry, omniprésente et libre comme l’air. Quant à Steven Tyler, principal compositeur, sa voix se fait suave et chaleureuse, plus posée que poussée, si chaude. Et déjà le piano, déjà les cuivres, déjà l’harmonica. Tandis que le groupe pose crânement sur la pochette, le légendaire logo ailé y fait sa première apparition. Tout ce petit monde se sent-il alors, à son image, pousser des ailes ? Impossible de ne pas reconnaître que dans toutes ses composantes, Get your wings se révèle aéré, voire aérien ! Véritablement décomplexées, les compositions cumulent des silences, des vides, dans les interstices desquels le groove des instruments se propage de manière fantomatique. C’est tout le prodige de Jack Douglas de se servir de toutes ces « absences » pour créer à force d’effets derrière la batterie fermement ancrée au sol la profondeur qui étire la musique et la propulse vers l’espace, l’infini, l’éternité. Get your wings est un album chaud, ouvert, joué et réalisé en 3D. Spatial ! Comme un pied de nez, les compositions originales sont interrompues par une cover de « Train kept a rollin’ » qui s’achève en faux live, et dont la production redevenue brute ramène un instant l’album à la réalité de ce qu’il est, un album de rock. Un court instant seulement, au terme duquel et dans un fondu « Seasons of wither » reprend le voyage initial et renvoie l’auditeur dans l’ailleurs où cet album l’a téléporté. Les 38 minutes de Get your wings sont magiques, et élèvent l’homogénéité au rang d’art. De « Same old song and dance » à « Pandora’s box », en passant par « Lord of the thighs », « Spaced », « Woman of the world » ou encore « S.O.S. (too bad) », Aerosmith publiait peut-être en 1974 son album le plus cohérent. Et le plus passionnant et attachant, en toute subjectivité.

AEROSMITH
« Get your wings »
Columbia / CBS
Sortie le 1er mars 1974

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