O.R.k. « Ramagehead » (2019)

ORK

« Ramagehead » est le troisième album d’O.R.k., le supergroupe le plus secret du monde, mais c’est aussi le premier à sortir chez Kscope, label anglais bien connu des amateurs de musique progressive et (sans que ce soit péjoratif) cérébrale. Gageons que cette signature permettra à O.R.k. d’étendre sa popularité, et à tout le moins d’augmenter considérablement son exposition. Autour de Lorenzo Esposito Fornasari, dit LEF, chanteur, compositeur et producteur italien fort réputé dans le microcosme des milieux autorisés et plusieurs fois primé notamment pour sa contribution à la musique de film, on retrouve outre Carmelo Pipitone à la guitare, des pointures connues des initiés, tels Pat Mastelotto (King Crimson) à la batterie ou encore Colin Edwin (Porcupine Tree) à la basse. Ajoutez à cela la présence à la production de Marc Urselli, lequel a notamment travaillé avec les Foo Fighters, U2, Lou Reed, Mike Patton, Nick Cave ou encore John Zorn (réalisant une centaine d’albums pour le label de ce dernier, Tzadik), ou encore la somptueuse pochette réalisée par Adam Jones (Oui, le guitariste de TOOL) sur une étude de Denis Rodier (artiste canadien bien connu des fans de comics pour ses travaux sur Action Comics par exemple), et c’est tout le who’s who de l’underground élitiste qui s’est investi dans la production de ce « Ramagehead ». Mais alors, le ramage se rapporte-t-il à ce plumage chatoyant ? Et bien oui à condition de ne pas s’attendre à du metal. Car la caution en ce sens apportée par la participation de Serj Tankian (System of a down) au titre « Black blooms » ne suffit pas à compenser les riffs heavy et sombres que vante le label et que nous cherchons toujours en vain. A l’exception des deux premiers morceaux, « Kneel to nothing » (le premier single) et « Signals erased », et aussi dans une moindre mesure de « Strangled words », tous plutôt rythmés et groovy, le reste de l’album baigne dans des climats certes sombres et inquiétants, mais profondément calmes, sur des notes de piano ou de claviers que dominent des vocaux versatiles et omniprésents, doublés ou accompagnés de chœurs et d’harmonies vocales, traversés de puissantes envolées lyriques fleurant bon le psychédélisme 70’s. A cet égard, la voix de LEF est un instrument à part entière dans la construction de cet assemblage hautement progressif, et en est même l’élément central. Le groupe s’épanouit dans une forme de complexité musicale exigeante, qu’il maîtrise en restant dans des formats relativement courts, presque radiophoniques. Le son, doté d’une production d’une limpidité cristalline, fourmille de mille détails. Malgré le calme relatif de l’ensemble, « Ramagehead », bien qu’exigeant et très contemporain, fait habilement le pont entre rétrograde et avant-garde, et révèle de nouvelles subtilités à chaque écoute, pour un résultat hypnotique jusqu’à son final instrumental qui va s’évanouissant crescendo, générant ce désir « d’y retourner » pour renouveler l’expérience. Si O.R.k. manie l’exigence et l’hermétisme, il ouvre aussi ici vers son univers personnel une porte qu’il serait bien dommage de ne pas franchir. Ne serait-ce que par curiosité.

O.R.k.
« Ramagehead »
Kscope
Sortie le 22 février 2019

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