ANATHEMA « The Optimist » (2017)

anathema otpimist cover

Depuis leur retour gagnant en 2010 avec « We’re here because we’re here », ANATHEMA nous avaient habitués à un nouvel album studio chaque année paire. Un rythme désormais brisé puisque trois ans auront été nécessaires pour voir débarquer le successeur de « Distant Satellites », un album en demi-teinte qui témoignait dès sa sortie de la fin d’un cycle. Mais si de changement il est ici question, pouvait-on attendre de « The Optimist » qu’il nous apporte autre chose que le proverbial changement dans la continuité ? Le groupe est inchangé, et ses têtes pensantes sont toujours les frères Cavanagh et John Douglas. Dès les premières écoutes de ce nouvel album, il apparaît qu’il ne faut pas s’attendre à une profonde remise en question d’un groupe qui, s’il persiste dans la thématique sombre qui constitue le fil rouge de son existence, ne reviendra pas au son qui avait conquis les fans au cours des années 90. En revanche, ANATHEMA poursuit l’exploration débutée depuis près d’une vingtaine d’années d’une musique nourrie d’ambiances et d’émotion, faite de thèmes allant crescendo, de boucles de riffs, et de paroles simples mais lourdes de sens répétées jusqu’à l’envi, chantées avec toujours plus de conviction et de persuasion à deux voix par Vince Cavanagh et Lee Douglas, laquelle a enfin remisé le trémolo dont elle abusait parfois. Une musique baignée de tristesse, de mélancolie, mais traversée perpétuellement par le piano et la voix lumineuse de Lee. Une atmosphère crépusculaire transpercée de quantité de raies de lumières. Aussi quand le groupe entend nous faire passer « The Optimist » pour leur album le plus sombre, c’est un peu comme si AC/DC voulait nous faire croire que leur dernier album contenait des riffs comme jamais. En revanche, il est clair que les textes n’incitent pas à la joie de vivre. Comment pourrait-il en être autrement puisque, sous l’impulsion de John Douglas, le groupe a décidé de donner une suite à son album de 2001, « A fine day to exit », et raconter le sort de son personnage central, dorénavant appelé « The Optimist », qui avait censément mis fin à ses jours au terme de ce précédent album ? Un album souvent mal – et injustement – considéré par les fans du groupe. Mais la suite ici n’est que thématique et n’implique pas de se replonger dans cet ancien album (même si nous ne saurions trop vous le conseiller). « The Optimist » est un vrai concept album, avec transitions sonores entre les titres, et des morceaux qui tiennent parfois moins de la « chanson » que de la pièce de puzzle. ANATHEMA a cherché ici et une fois encore à privilégier l’émotion et les ambiances. Cela peut être rebutant. Peu de refrains, encore moins de solos… telle est la recette de cet album qui doit s’écouter et s’appréhender dans son ensemble pour se révéler. Le groupe propose le même puzzle, donc, mais brouille les pistes, mélange les pièces. Les titres tournent autour de cinq minutes, mais démarrent la plupart du temps crescendo sur quelques notes de piano ou de guitare pour s’achever de manière éthérée, comme si le temps se devait de les étirer. Cette façon de faire est depuis longtemps déjà la marque de fabrique d’ANATHEMA, mais elle se décline ici sur quelques pièces de musique dont la seule logique et la seule justification semblent être la volonté de créer une ambiance, un climat. Si « The Optimist » est une vraie progression par rapport au précédent « Distant Satellites », c’est principalement pour son unité, et la direction qui s’en dégage. Musicalement, ANATHEMA ne se renouvelle pas vraiment, même si l’on décèle un recours récurrent aux rythmes électro, et ce alors même que deux batteurs officient au sein du groupe et sur cet album, John Douglas et Daniel Cardoso. Vincent Cavanagh ne fait d’ailleurs pas mystère de la volonté du groupe de poursuivre ce travail de simplification amorcé depuis quelques albums. Pourront-il poursuivre longtemps dans cette voie ? L’avenir nous le dira. Mais la relative simplicité de « The Optimist », perdu dans ses boucles, ses arrangements, et ses ambiances intimistes, sert probablement au mieux le malaise, le mal-être de son protagoniste. Pour peu que l’auditeur y soit réceptif. Si l’entrée en matière est assez flamboyante, de l’énervé « Leaving it behind » à l’émouvant « The Optimist », la conclusion très sombre et plus intime convainc de la pertinence des choix du groupe, depuis « Close your eyes » et sa minute jazzy jusqu’au classique et rassurant « Back to the start ». Avec ce nouvel album, pas forcément facile d’accès, ANATHEMA rassure et donne à ses fans les raisons de rester… optimistes.

ANATHEMA
« The Optimist »
Kscope
Sortie le 09 juin 2017

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