HANGMAN’S CHAIR

Nous ne sous sommes pas contentés d’un seul (mais fantastique) report sur l’édition 2018 du Motocultor (à lire dans Rock Hard de Novembre 2018 – dépêchez-vous de vous le procurer !), nous avons aussi profité de l’occasion pour réaliser une seule interview, mais quelle interview ! Après une belle prestation en ce deuxième jour, ce sont les ¾ des franciliens de HANGMAN’S CHAIR qui se sont jetés dans nos petit bras musclés. Nous avons évoqué « Banlieue triste », leur cinquième album paru en ce début d’année et qui devrait figurer en bonne place lors des bilans 2018, mais aussi leur actualité. Nous avons surtout rencontré trois musiciens bavards, enthousiastes, soudés, en constante effervescence ! Une belle rencontre humaine, et de quoi faire le plein d’énergie pour six mois !

groupe promo 2

HANGMAN’S CHAIR s’est produit en début d’après-midi au Motocultor sur la Massey Ferguscène, ça se passe comment pour vous en festival devant un public qui ne vous connaît pas forcément ? Votre musique est lourde, lente, sombre, on n’y pénètre pas de plain-pied.

Mehdi Birouk Thépegnier (batterie) : Si tu veux, nous déjà, on ne s’attend pas à une réaction qui soit, on va dire physique. Ce qu’on veut, c’est plutôt une sensation. Et là on a eu une bonne sensation en sortant de scène. On savait très bien qu’en jouant au Motocultor on serait face à un public plus habitué aux sons extrêmes, au metal extrême. On remercie le Motocultor de nous avoir invités. On a senti quelque chose de positif en sortant de scène.

Clément Hanvic (basse) : On n’est pas du genre à chauffer le public. Même nous, on mets deux ou trois morceaux pour être vraiment dedans et défendre notre musique. C’est vrai qu’à 15 h c’est un peu compliqué, tu viens de faire la route,…

Mehdi : Mais ça a marché, on en sort contents.

Clément : Oui, j’ai l’impression que c’est positif.

Julien Chanut (guitares) : Disons que quand tu ne vois pas les gens partir de la tente, c’est que ça va.

Clément : Et ce n’était pas du tout le cas !

Julien : La plupart des gens nous découvrent un petit peu, car on est encore en promotion de l’album un peu partout en France, et par ici on n’avait pas encore beaucoup joué, il fallait faire le job.

Clément : C’est ça, je crois que les gens ont été conquis.

Julien : On est sortis devant vraiment beaucoup de monde. C’était très positif.

C’est l’un des avantages de ce genre de festival, où il n’y a que trois scènes et deux tentes proches qui jouent tour à tour.

Mehdi : Je voyais les gens qui enchaînaient. Notre but n’est pas de faire plaisir au gens, mais déjà pour nous de faire notre concert correctement, c’était un peu notre concert de rentrée,..

Clément : Globalement, on est contents, donc je trouve que l’interaction a été cool !

Généralement, je sors de la tente quelques minutes avant la fin d’un concert pour jauger l’ampleur du public. Et là je ne l’ai pas fait tellement j’étais dedans.

Mehdi : T’étais bien ?

Oh oui j’étais bien, puisque je me suis même fait la réflexion que vous n’étiez pas venus pour montrer votre collection de canards vivants.

Clément : Ah, c’est pas notre truc !

Mehdi : Non, les canards, non.

ALBUM

Parlons un peu de « Banlieue triste », votre nouvel album. Je suis vieux, j’écoute donc de la musique depuis longtemps, et plus le temps passe, plus je deviens exigeant. Il me faut « quelque chose » en plus. Je vous ai découverts avec votre précédent album « This is not supposed to be positive » (2015), et ce nouvel album a vraiment ce quelque chose en plus. Avec « « This is not supposed… », je pensais à chaque fois à Solitude Aeternus…

Mehdi : Ah d’accord, mortel !

Notamment à cause de la voix, probablement, de la lourdeur, la réverb….

Mehdi : Le côté doom, un peu crade…

Clément : Avec la musique brute derrière…

Oui, et surtout cet écho, le vide entre les instruments, qui n’en est pas un en fait.

Mehdi : Pour nous, ce truc d’écho, c’est une ambiance en fait, c’est créer un lien…

Julien : Oui, c’est ça, tu l’as bien senti.

Clément : Tu as très bien décrit le truc en fait.

Mais alors sur « Banlieue triste », c’est encore pire ! Tout l’album reste en tête. Vous avez tout composé sur le moment ?

Mehdi : Il a été composé sur trois ans.

Clément : Dès la fin de « This is… », on est partis sur les nouveaux morceaux.

Mehdi : On a fait le split avec Green Machine, et on a compris qu’on voulait partir sur des trucs un peu plus froids, goth un peu comme sur le split, et du coup ça nous a confortés dans ce choix, et on a composé, oui, pendant trois ans là-dessus.

Julien : Pour rebondir un peu sur ce que tu dis, on n’a pas vraiment de « périodes » comme d’autres groupes le font, tu vois, pas de dates, de planning… On compose un peu instinctivement, on répète, on fait un set, on compose un morceau. On a cette chance, parce que je pense que c’est une chance, d’avoir tout le temps des idées, de construire, d’avoir ce truc un peu vivant dans notre musique et dans notre groupe. On est vraiment un groupe. On vit ensemble, on fait tout ensemble. C’est une machine qu’on a. Et on a eu ce truc, après « This is…», « Banlieue triste » est arrivée directement, avec cette ambiance et plein d’autres éléments… Et on a réussi à construire cet album.

greenmachine

Ca se sent quand on écrit un album, ce fait d’avoir poussé les choses un peu plus loin, d’atteindre autre chose ?

Clément : Si je peux permettre de dire un truc (parce que je ne compose pas), je suis comme toi, je prends un peu les morceaux en pleine gueule. Et ouais, j’ai senti que sur « Banlieue Triste » il y a avait un truc « un peu différent ».

Mehdi : Après, le truc c’est que, comme d’habitude, les morceaux ont mis longtemps à mûrir. C’est rare qu’un morceau se fasse en studio. Les meilleurs morceaux que l’on a faits ont pris du temps, pour qu’ils grandissent, pour qu’on puisse gommer certains trucs qui ne nous plaisent pas….Je pense qu’on est assez précis, on sait où on veut aller, et on va au bout. On sait exactement ce qu’on veut.

Clément : Avec eux, la composition c’est tout le temps, tout le temps, tout le temps. Donc tu as le luxe, pour un gars comme moi qui ne compose pas avec eux, de pouvoir choisir les morceaux qu’on garde. Ca n’arrête jamais.

Mehdi : Mais ça peut arriver, à un moment au bout de trois ou quatre mois, que je me dise que mon morceau ne fonctionne pas.

Julien : Nous sommes des perfectionnistes, et des éternels insatisfaits aussi. On répète souvent, genre 2 ou 3 fois par semaine, tout le temps, tout le temps, même s’il n’y a rien de prévu….

Clément : Je crois que Hangman’s chair ne fera jamais un truc à la va-vite. Tout est…. j’allais dire « calculé », je ne sais pas si c’est le bon terme, mais calculé à nos envies en tout cas.

Mehdi : Dans d’autres groupes, les membres n’habitent pas forcément tous près les uns des autres, ils doivent se créer des moments pour composer, alors que nous avons la chance de tout le temps vivre ensemble.

Clément : Pour te donner un exemple, ils m’ont proposé un morceau il y a une semaine ! Pour moi, on vient de sortir l’album, c’est un peu tôt ! Et bien non. C’est tout le temps, tout le temps, tout le temps….

Mehdi : Voilà, on travaille déjà sur de nouveaux morceaux.

Clément : On ne sait pas du tout s’ils seront dans le prochain album. Mais ça compose…

Ca aurait-il un sens de vous demander quelles sont vos influences ?

Tous : C’est très compliqué…

Mehdi : En fait, ce sont des influences qui sont naturelles, c’est ce qu’on a écouté quand on était jeunes, comme le NY hardcore des années 90,…

Clément : Mais les influences changent tellement vite…

Mehdi : Maintenant on écoute un peu plus des trucs un peu goth à la Sisters… ou The Cure, ou des trucs neo-folk…

Julien : Beaucoup de hip-hop,…de la chanson française,…

Mehdi : C’est un mélange entre les influences qu’on a toujours eues, qu’on a réussi à digérer, et les influences qu’on a maintenant. Et ensuite de comment tu veux faire sonner le tout !

Julien : C’est pour ça que c’est une question difficile, on ne pourra pas te citer de groupe.

Mehdi : C’est toujours aussi un peu l’album du moment, de l’impression du moment, ce n’est pas forcément le reflet de ce qu’on écoute.

Mais justement, ce qui est intéressant, c’est qu’en metal français on pense surtout à GOJIRA, et beaucoup de groupes s’en inspirent, sortent des albums où l’on trouve quantité de couches superposées, alors que ce que vous faîtes va à l’opposé et vous permet de vraiment sortir du lot.

Mehdi : On a capté qu’on avait une identité.

Clément : Tout comme Gojira en a une. On se fout de savoir jusqu’où on ira, mais on sait qu’on a un truc. Modestement hein !

Mehdi : Par rapport à ce qu’on est, à ce qu’on a vécu, et qui est différent d’un groupe comme Gojira par exemple – ils sont en province, nous on est les banlieusards -, on ne cherche pas volontairement à sortir du lot. C’est comme ça, c’est l’intégrité qui importe. C’est primordial.

Clément : On ne fait jamais un son en pensant à quelqu’un. Dans notre local pourri, quand on se retrouve tous les quatre, on se fait plaisir. Et après seulement on voit ce qui se passe.

SPINEFARM

Comment s’est passé ce deal avec Spinefarm pour la ressortie de « Banlieue Triste » ? Vous les avez démarchés, ils sont venus vous chercher ?

Mehdi : On a déjà sorti l’album en France avec MusicFearSatan. Là, la démarche est complètement différente pour nous. Si tu veux, on va donner une sorte de deuxième vie à l’album pour l’étranger. C’est un peu ce qu’on a vu avec eux. Ils croient au groupe.

Clément : Je pense en fait que Spinefarm croit au futur du groupe. « Banlieue triste », pour eux, c’est un peu un tremplin. Ils n’ont même pas la France donc il n’ont pas le gros de notre public. Ce qu’ils attendent, c’est le prochain et c’est sur lui qu’ils vont miser. On a du mal à calculer. On se retrouve de chez MusicFearSatan où on est limite au top, à être fondu dans un catalogue. On a presque tous 40 ans, on essaye. On verra.

Julien : Si tu veux, la démarche est différente pour un groupe à notre niveau, qui a tout le temps grandi dans l’underground total, on a tout fait DIY tout le temps parce que c’est notre philosophie. Travailler avec gens qui privilégient les procédures, les contrats, tu vois le truc, et bien ça nous change ! Mais comme tu l’as dit, on a quarante piges,…

Clément : C’est maintenant qu’il faut y aller.

Julien : On essaye. Et puis ils croient au truc, au projet, sinon ils ne l’auraient pas fait.

Mehdi : Ils étaient à la recherche de… enfin,… ce qui les intéresse chez nous, c’est qu’on est totalement franco-français. La pochette de notre dernier album, notre identité, ça raconte une histoire,…

Julien : Ils reviennent à chaque fois là-dessus en fait.

Mehdi : Tu vois, les interviews qu’on a faites avec des médias étrangers, à chaque fois ils nous parlent de « La Haine », tu vois, ils nous voient comme ça.

Julien : Ils parlent tout le temps du film « La Haine », c’est marrant !

Mehdi : Pour eux c’est la banlieue française, et peut-être qu’ils nous voient comme ça. Après, on essaye d’exprimer un autre truc aussi… mais c’est vrai que pour eux, s’il faut exploiter un truc dans un groupe, c’est l’identité.

Clément : Sur des festivals, on a rencontré une des boss de Spinefarm à New York, et elle nous disait « Filmez-vous, montrez votre quartier, vos trucs de parisiens, vous avez un truc unique !». On a trouvé ça cool. Tant mieux !

C’est l’authenticité de votre aventure.

Clément : Oui, c’est ça.

Depuis la sortie de ce nouvel album, vous êtes encensés un peu partout en France, mais pour autant est-ce que ça change quelque chose pour vous, en France toujours ?

Julien : A part le retour qu’on a sur les dates, il y a des médias plus généralistes, qui s’intéressent à nous, alors que jamais à l’époque ça n’aurait été le cas…

Mehdi : Canal, France Inter, FIP,…

Julien : …tu rentres à la maison de la radio, FIP veulent faire un truc, France Inter une interview,… enfin si tu veux, il y a quand même un truc qui se passe.

Clément : Comme cela se passe pour plein de groupes, il y a un effet boule de neige.

Julien : Je pense aussi qu’au niveau français, par rapport à ce qu’on fait, il y a moins de craintes par rapport aux grosses guitares ou au metal un peu extrême, à notre manière de faire…

Mehdi : A une époque ça ne serait jamais passé, où même rien qu’un son saturé pouvait faire peur.

Clément : Je pense que la voix de notre chanteur nous ouvre aussi des portes.

Mehdi : Après je pense que c’est aussi un ensemble.

Clément : C’est un tout.

Julien : Là, on le prend comme ça, ce n’est vraiment que du bonus, on va vivre une deuxième sortie sur cet album, et ils prévoient déjà le futur. C’est normal, c’est une grosse structure, ils ont besoin de savoir,…

Mehdi : Et vous nous dites souvent « Vous avez fait l’album de la semaine (canal+), vous avez fait ceci, vous avez fait cela… votre vie a changé ». Nous, il n’y a rien qui change ! Rien ! C’est dans la tête des gens. Peut-être que ça va changer un peu, mais pas pour l’instant.

Julien : Il y a moins de craintes en tout cas. On véhicule quand même une image assez sombre, mais il y a moins de craintes là-dessus de la part des médias généralistes.

Peut-être que des choses comme le Hellfest aident à changer les mentalités aussi ?

Julien : Ca aide, ça aide…

Mehdi : Pour le CV déjà…

Clément : Mais on ne vas se mentir, cette petite… cette « petite » reconnaissance, elle te fait du bien. Ce n’est pas que tu y vas encore plus, parce qu’on irait pareil, mais ça fait plaisir tu vois. Tu te dis que tu ne fais pas ça pour rien…

Il reste quelques dates sur la fin 2018 ?

Julien : Oui, on va terminer avec plus de 60 dates sur l’année, ça ne nous est jamais arrivé, donc on est contents.

Clément : On a vraiment chopé un bon tourneur, The Link. On parlait de Spinefarm, mais chez The Link tu vois on n’est pas perdu dans un catalogue. Le mec il bosse sur nous de ouf !

Julien : Du coup maintenant on attend aussi la sortie « monde » qui est prévue le 28 septembre, pour voir ce qui va pouvoir se déclencher ensuite.

Mehdi : Notre tourneur a bien bossé pour les dates en France jusqu’en décembre. On attendra pour voir l’effet Spinefarm. L’Allemagne, l’Angleterre, les Etats-Unis ? On verra…

Clément : En plus, en étant honnête, notre musique tend à s’exporter. Enfin, je crois.

Julien : On est ravis de ce qu’il se passe.

L’album est tout simplement bon, et pas seulement « bon pour un album français ».

Clément : Oui, tu vois, le truc franco-français, je ne crois pas qu’on soit dans ce décor en fait. Grand respect à eux, mais si le franco-français ce sont des groupes genre Tagada Jones, ce n’est pas du tout notre truc.

Mehdi : En fait, on utilise des codes, par exemple pour notre pochette, qui interpellent peut-être les gens. Par exemple toi, je pense que quand tu vois la pochette tu penses tout de suite à Renaud, parce que tu connais Renaud et que tu es français !

Ah non, pas du tout !

Mehdi : Non ?

Clément et Julien : AHAHAHAHAHAH !!!

Mehdi : Ah bon ?

Le premier truc auquel j’ai pensé c’est une vieille pochette d’Attentat Rock…

Mehdi : Attentat Rock ?? Ah ouais, ok, ok….

ATTENTATROCK

Une couverture avec une voiture arrêtée par un braqueur en blouson noir, j’ai l’impression de voir la suite de l’histoire sur le visuel de « Banlieue Triste ».

Mehdi : Ah oui…. C’est ouf !

Mais c’était aussi dans ce style d’époque !

Mehdi : Bah voilà ! Années 80, le côté français qui rêvait des états-unis,…. mais bien frenchy !

[mode frustration : on] L’interview s’arrête alors de manière abrupte pour tenir le planning réservé aux autres médias, une séparation difficile puisque nous avons malgré tout continué à échanger en off et parler de Black Sabbath ou David Lynch [mode frustration : off]. On fera tout pour la reprendre dès que possible ! En attendant, HANGMAN’S CHAIR achève sa tournée 2018, ne les ratez surtout pas !

TOUR 2018

NANTES METALFEST

 

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