GHOST « Prequelle » (2018)

GHOST PREQUELLE

Le metal que Tobias Forge sur son enclume depuis une dizaine d’années met à nouveau en fusion le microcosme de ceux qui ont un avis sur tout, et surtout la police du bon goût qui n’en demandait pas tant. Si c’est populaire, c’est évidemment de la merde. Et si GHOST livre avec « Prequelle » et malgré d’innombrables changements de goules un album peu ou prou similaire aux trois précédents, le succès grandissant et inarrêtable du groupe mérite selon ses détracteurs d’être châtié d’un énorme coup de pied dans le séant caché sous la soutane de ces hérétiques pour les chasser fissa du cercle fermé des vrais groupes de metal dont la vocation n’a jamais été et ne sera jamais, ô sacrilège, de connaître un jour la gloire. C’est un principe, c’est tout. Pour peu, on en oublierait presque de parler de l’album. Excommunication breakdown ! Tobias Forge embrouille le monde, dont il se joue en déplaçant sans cesse habilement, et certainement avec malice, le curseur de sa musique entre metal et pop. Après un premier album dans lequel nombreux sont ceux à avoir cru que le côté malsain et « evil » en était la substantifique moelle, un second qui en déstabilisa plus d’un, un troisième qui joua un peu plus la carte metal pour ramener à lui les brebis égarées et les simples d’esprit, « Prequelle » s’aventure pleinement décomplexée sur le chemin des ondes radiophoniques grand public, sans perdre (et c’est là l’exploit) une once de son identité, grâce aux/malgré les tubes évidents dont l’album déborde et qui, n’en déplaise aux esprits chagrins, sont à divers degrés d’un metal ou d’un autre. Les true believers le savent bien depuis dix ans, si d’aucuns pensent encore avoir entendu ou cru entendre ici et là résonner des bribes de Blüe Oyster Cult, Mercyful Fate, +eRa+, Slayer, Abba, Yes, Toto, Eagles, Thin Lizzy, Iron Maiden, Deep Purple, Goblin, Sabbath, Alice Cooper, etc. (liste sans fin, il serait plus simple de lister les groupes auxquels la musique de Ghost ne fait pas penser), il faut se rendre à l’évidence : Ghost fait du Ghost, et sa musique est universelle. Mais de la foi découle parfois un enthousiasme béat qui a tôt fait de devenir insupportable. Reconnaissons qu’il est agaçant d’entendre par exemple ces fidèles célébrer l’apparition d’un saxophone sur « Miasma » comme ils loueraient celle de la Vierge. Ce n’est pas comme si Enslaved ou Amorphis, pour ne citer qu’eux, en avaient placé un sur leurs récents et derniers albums ! (Ah ben si en fait). Les yeux grands ouverts, il faut cependant être de mauvaise foi pour nier la qualité d’écriture de l’ensemble des titres qui tous, sans exception, s’impriment immédiatement et insidieusement dans les têtes, et refuser de se perdre dans la légèreté d’un metal décomplexé, aguicheur, joyeux, simple, et ouvertement pop. Ecouter de la musique sans arrière-pensées, a priori ou idées préconçues. Juste écouter. La production qui a encore évolué atteint ici des sommets et magnifie le talent évident de compositeur, le don d’amalgame, et le chic pour la mélodie mortellement entêtante d’un Tobias Forge indécent de réussite et de créativité, finalement plus alchimiste qu’ecclésiastique. C’est aussi ce qui peut déplaire, ou attiser les jalousies. L’outrance « pop » empêchera aussi peut-être que « Prequelle » ne devienne l’album de l’année ou du siècle.  Mais c’est une pierre de plus posée dans l’Eglise que Ghost édifie. Oui, c’est ça, « Prequelle » est un album édifiant.

GHOST
« Prequelle »
Caroline

Sortie le 1er juin 2018

 

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5 réflexions sur “GHOST « Prequelle » (2018)

  1. En lançant la lecture de cet album, je partais avec un à priori négatif. Premièrement car j’avais été déçu du précédent (Meliora). Et deuxièmement, en voyant le flot de commentaires négatifs. Cet album serait-il vendu au grand capital et à la facilité pop ?
    Et puis les morceaux se sont enchaînés et quelle claque ! Même si les 2 reprises sont dispensables à mon goût, j’ai retrouvé ce qui m’avait plu dans les 2 premiers opus. Ce mélange seventies/deumilleties, ces sonorités pop mélangées à un metal plus moderne, ce chant reconnaissable.
    Bref, c’est un putain d’album. Ghost est-il le meilleur groupe du moment ? Sans nul doute sinon on en parlerait pas autant. Quelle sera la carrière future du groupe, cela est une autre histoire mais on espère d’autres aussi bons albums.

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  2. Pour moi c’est très simple et cela va à l’encontre de ce que disent les gens qui apprécient l’album : je n’en retiens rien !!!
    Même après une demi-douzaine d’écoute (et précisément en écrivant ces mots), j’ai beau chercher, je n’ai pas une seule musique me venant à l’esprit.
    Ghost, ça glisse sur moi telle le crachin breton sur un beau ciré jaune, ce n’est pas désagréable, on ne s’en rend pas compte tellement ça semble naturel ! (c’est beau non ?)

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  3. Déjà un must. Tobias Forge est un génie. Un génie du marketing soit mais aussi et surtout génie créatif, un musicien, un artiste. Il ne cherche pas à enfiler des notes tel un expert mais juste à écrire de bonnes chansons ce que moultes groupes ont tendance à oublier aujourd’hui.

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