Quelque chose de complètement différent avec… Guillaume Fleury

Ils sont acteurs de notre monde musical, musiciens, journalistes, producteurs,… ou simplement fans passionnés. Ils ont des choses à dire sur la musique, des anecdotes à nous livrer… ou une passion extra-musicale à partager, un morceau de leur jardin secret à nous révéler. DARRAS ON THE LOOSE leur donne CARTE BLANCHE. Sujet libre, format libre. Et une mission : transmettre ensuite cette CARTE BLANCHE à la personne de leur choix, avec les mêmes règles. Voyons où cela nous mènera !

Guillaume Fleury, guitariste d’ABDUCTION, journaliste chez ROCK HARD, a accepté d’essuyer les plâtres de cette nouvelle rubrique ! La bouteille de champagne vient de se fracasser sur son texte, l’aventure est en route ! Sail away ! Merci à toi Guilaume !

 

« J’ai choisi de profiter de cette carte blanche pour aborder le cinéma, en dressant une liste de mes films incontournables. Oui, ils sont tous français et sortis entre 1937 et 1947. Le fait est qu’avec le temps je réalise que c’est vraiment ce genre de cinéma qui me touche le plus, à la grâce de dialogues à la fois fins et percutants, ciselés à la perfection par des amoureux de théâtre afin de toujours porter une idée, voire plusieurs. Sans oublier un art de la mise en scène qui prend le temps de poser les choses, sans chercher à en mettre plein la vue ou à combler un manque de fond mais bel et bien toujours au service d’une ambiance qui sert l’histoire. Les scénarios respectent quant à eux l’intelligence et la capacité de réflexion des spectateurs. Et, bien-sûr des Acteurs, qui jouent la comédie, pour de vrai… Des grands films il y en a évidemment encore d’autres après mais je fais ce que je veux…

Quai Des Orfèvres (1947)
« Avec son tralala… »

Probablement la plus grande prestation de Louis Jouvet (qui ne jurait que par le théâtre et a longtemps méprisé le cinéma), dans un rôle d’inspecteur nonchalant ayant pu inspirer Columbo par la suite. Un Henri-Georges Clouzot dont le perfectionnisme confine à la maniaquerie, son souci du détail le poussant à placer Bernard Blier sous une vraie perfusion de sang pour la scène de l’hôpital, afin de ne surtout pas courir le risque de se faire railler par les spectateurs issus du monde de la médecine. Un Bernard Blier auquel le spectateur s’identifie et s’attache immédiatement, secondé par une Suzy Delair au « tralala » inoubliable. Un scénario écrit avec une subtilité remarquable, traitant en filigrane de ce qui ne ressemble qu’à une classique affaire policière de nombreux sujets de société, souvent difficiles. La relation ambiguë Simone Renant (Dora)/Suzy Delair (Marguerite) étant par exemple abordée avec une finesse inversement proportionnelle à la lourdeur et la vulgarité de certains films plus récents. C’est aussi là, selon moi, l’une des grandes différences entre le meilleur cinéma « d’antan » et celui d’aujourd’hui : cette sensation que le réalisateur ne prendra jamais le spectateur pour un idiot qui aurait besoin d’être tenu par la main. L’équilibre obtenu entre humour et drame se veut tout bonnement admirable. Ici, chaque ligne de dialogue est pensée au mot près, à la manière d’une partition musicale, afin que tout coule harmonieusement, sans effets stériles. Toujours au service de l’atmosphère. Ainsi, il ne suffit de pas plus de quelques lignes de dialogues pour conférer à chaque personnage, qu’il soit principal ou secondaire, un caractère et une personnalité crédibles et profonds.

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La Grande Illusion (1937)

« … En espérant que c’est la dernière ! »

Encore une leçon de subtilité et d’équilibre. Le spectacle d’un monde déclinant présenté à travers le choc d’un mélange social supposé contre nature mais forcé par la guerre. Mais aussi par ces valeurs aristocratiques mourantes mais qui transcendent néanmoins les rapports entre « frères ennemis ». Tout n’est qu’ambiguïté du début à la conclusion d’une fresque antimilitariste qui ne comporte pas la moindre scène de bataille, conclusion ouverte qui laisse au spectateur la liberté d’y apporter ses propres réponses. L’absurdité d’un conflit qui dépasse ses acteurs est ici traitée avec une finesse rare, ce qui explique sa censure en Allemagne et en France occupée. Sans oublier un immense Pierre Fresnay. Un film d’une lucidité remarquable.

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Le Schpountz (1938)

« Tout condamné à mort aura la tête tranchée… »

Ce film est à mon sens la comédie la plus aboutie de Marcel Pagnol, qui signe ici parmi les meilleurs dialogues de sa carrière. Porté par un Fernandel cabotinant à l’extase mais sachant également se faire touchant, clairement au sommet de son art, ce film est également l’occasion d’admirer la justesse d’un Fernand Charpin absolument irrésistible. Le Schpountz se veut tour à tour hilarant et poignant, hommage au cinéma comique et sorte de mise en abîme de la carrière de son interprète principal. Il est désolant de constater qu’il est malheureusement aujourd’hui presque impossible de se procurer ce chef d’oeuvre dans une qualité décente à moins de débourser une fortune pour un DVD devenu trop rare.

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Les Enfants Du Paradis (1945)

« Alors nous avons la nuit devant nous … »

Considéré par beaucoup comme l’un (si ce n’est le) plus grand film français de tous les temps. Il offre à Arletty son rôle le plus marquant (même si je pense lui préférer sa prestation dans Les Visiteurs Du Soir du même Carné, que j’aurais pu mettre dans cette liste, tout comme Hôtel Du Nord). Véritable tour de force d’un réalisateur que même un conflit mondial ne saurait arrêter, Les Enfants Du Paradis est l’apogée du travail de dialoguiste de Jacques Prévert, qui écrit sur mesure pour la plupart des acteurs. Difficile de ne pas tomber dans la dithyrambe tant on approche la perfection. Entre le jeu des acteurs, au pinacle duquel figurent les interprétations de Pierre Brasseur, Marcel Herrand mais aussi Maria Casarès, trop souvent oubliée, elle qui incarne le personnage le plus touchant et probablement le seul doué de raison dans cet univers dans lequel évoluent aussi bien les truands que les doux rêveurs. La lumière et les décors, tout n’est qu’éblouissement et fascination, et force d’autant plus le respect tant les conditions de travail furent chaotiques, entre les décors ravagés par une tempête, la difficulté à présenter un Paris fastueux à une époque où peu mangent encore à leur faim, les acteurs ou techniciens pris dans le tourbillon d’une occupation touchant à son terme. Au milieu de ce marasme, un réalisateur obsédé par son œuvre, tenace et teigneux, qui accouche ainsi du plus grand film de son temps.

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Drôle De Drame (1937)

« C’est l’heure des mimosa ! »

Trop souvent oublié car éclipsé par les nombreux autres chefs d’œuvres de Carné, Drôle De Drame n’en est pas moins une géniale comédie absurde en avance sur son temps (le film fut un échec critique et commercial avant d’être redécouvert une bonne vingtaine d’années plus tard). L’histoire d’une enquête policière qui n’aurait pas dû avoir lieu, portée par une galerie de personnages tous plus bizarres (vous avez dit bizarres ?) les uns que les autres. Louis Jouvet et Michel Simon tirent profit du fait qu’ils se détestent copieusement dans la vie pour nous offrir ici des scènes dans lequel ils se tirent la bourre à l’extase. Saluons également la performance d’un Pierre Alcover génial en inspecteur complètement à côté de la plaque. Tous les acteurs qui porteront cette histoire délirante sont déjà réunis dès la première scène, avant de s’y retrouver pour une conclusion insensée. Du génie ! »

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