« Life’s a biche ! »

Toute l’année, je roule. Je ne fais presque que ça. Je roule en ville, je roule sur l’autoroute, je roule sur les quatre voies, je roule sur les routes de campagne. Chaque soir, quand je rentre chez moi, je termine par cinq minutes de route sinueuse entre bois et champs. Bordée de panneaux annonçant le passage éventuel de chevreuils. Jamais je n’ai vu l’ombre d’un bois de cerf. Jamais. Je sais que certaines de mes connaissances ont eu la surprise de voir surgir devant leurs phares une famille sanglier, un couple de biches, voire même un âne. Ceux-là ont perdu un phare, un pare-choc, un capot… dans le meilleur des cas ! La confrontation véhicule lancé à vive allure / gibier ne fait généralement pas de quartier. Mais malgré mes dizaines de milliers de kilomètres annuelles au volant, j’avais jusqu’à peu été épargné. Jusqu’à février dernier en fait. Avant le changement d’heure. Je rentrais tranquillement vers 20 heures, dans la nuit noire. Et soudainement le choc ! Mais heureusement pas le frontal. L’autre. Le sournois. L’ubuesque. Le choc à la Tex Avery. Le suicide animal raté de peu. Le visage de la biche faiblement éclairé en limite du champ de mes phares côté droit, qui vient s’écraser subitement sur la vitre avant passager de ma voiture dans un grand choc. Et là le temps devient élastiquement lent. Je vois, toujours dans la limite de mon champ de vision, l’oeil et la langue de la biche embrasser lentement cette vitre derrière mon rétroviseur, puis glisser vers l’arrière du véhicule, en slow-motion. Dans un fracas lui aussi lent et étiré comme un chewing-gum bien trop mâché, les yeux de l’animal stupéfait me fixent et disparaissent vers l’arrière de mon véhicule lancé à 90 km/h. Nous communions alors du regard. Un centième de seconde qui paraît une éternité. Pour une fraction de seconde d’hésitation, de franchissement de talus raté, d’erreur de jeunesse, l’animal a manqué mon pare-choc. Je m’arrête un peu plus loin. Je sors de mon véhicule. Pas une déformation sur ma carrosserie, pas une trace de sang. Je fais demi-tour et reviens sur mes pas (sur mes roues ?). Plus rien sur la route sinueuse. L’animal sonné a-t-il finalement traversé la route ? Fait demi-tour lui aussi ? Je ne le saurai jamais. Les bois bordent la chaussée. La nuit est noire. Nulle part où m’aventurer. « Bête comme ses pieds », dit on. Dorénavant je penserai aussi « con comme une biche ». Les fans de mash-up seront trop heureux de sauter sur l’occasion (de plein fouet, eux!). « Bête et con comme un pied de biche » !

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