Faut-il brûler GHOST ?

Ma rencontre avec la musique et l’univers de GHOST remontera cette année à huit ans. Putain, huit ans… Je m’en souviens comme si c’était hier, le résultat d’une réflexion assez énigmatique de mon ami Arno Strobl : « Tous les matins j’écoute un album qui va bientôt sortir, ce sont des suédois, je ne sais pas comment ils ont fait, je n’arrive pas à m’en passer, il y a sûrement de la drogue dedans ». Intrigué, je pus rapidement à mon tour écouter cette étrangeté qui avait pour nom « Opus Eponymous » et allait sortir à l’automne 2010. Effectivement, sous des abords un peu rudimentaires et des influences non masquées, GHOST s’apprêtait à sortir un premier album anachronique, à l’efficacité simplissime. Tout le monde connaît la suite, « Infestissumam » en 2013, « Meliora » en 2015, deux E.P. de reprises, un concept fort basé sur l’anonymat de ses membres, un visuel abouti, des shows théâtraux millimétrés, des refrains imparables, la conquête du monde, tout ça, tout ça… De quoi faire buzzer, fantasmer les fans, fulminer les détracteurs… Adulé, incompris, encensé, vilipendé, GHOST ne laisse pas insensible. Lorsque le groupe explose en 2017 pour d’obscures raisons vraisemblablement financières dont nous ne connaîtrons probablement jamais le fin mot (et qu’importe !), le vrai visage de ses membres est révélé au grand public. Mais un an après, qui se soucie de savoir que Tobias Forge se cache derrière les masques des chanteurs successifs ? A l’opposé, les « goules sans nom » (comme s’appellent ses musiciens ca-goulés) dissidentes et démasquées sont paradoxalement retombées depuis dans l’anonymat le plus total. Un comble. Finalement, le seul membre à ne jamais avoir changé est… le chanteur qui pourtant changea d’identité à chaque album ! Au-delà de la musique que l’on apprécie ou pas, et je ne suis moi-même pas fan de tout, on ne peut nier que GHOST est l’un des seuls – sinon LE seul – groupe de metal à proposer aujourd’hui un univers aussi pensé et développé. En juin, GHOST sera de retour avec un nouvel album (« Prequelle ») dont le premier extrait vient de sortir, « Rats ». Tobias Forge endosse une nouvelle identité au micro, celle du Cardinal Copia, à première vue bien plus exubérante que celles de ses prédécesseurs. Une personnalité qui à n’en pas douter sera à nouveau le centre des prochaines prestations live du groupe, pour un spectacle qui s’annonce bien moins austère ! Que l’on goûte son humour ou pas, Tobias Forge incarne la folie et la raison de GHOST, un groupe qui ne connaît pas de limites musicales, ce qui explique les ambiances très différentes de chacun des albums. Et si d’aucuns s’empressent de reprocher à « Rats » son aspect hard-rock pop très 80’s, rappelons que la touche Blue Öyster Cult qui transparaissait en 2010 n’était déjà que l’expression pop du son du groupe. En 2013, j’interviewai un Tobias Forge en « civil ». Je pense avoir rarement rencontré un artiste aussi habité, aussi jovial, aussi charismatique, avec autant d’étoiles dans les yeux quand il parle de sa musique, et un enthousiasme presque juvénile. Aux antipodes de l’austérité de sa personnalité publique de l’époque, et de l’image réductrice et fausse que perçoivent ceux qui sont réfractaires à GHOST. Il me confiait alors voir très loin, travailler bien en amont sur l’orientation de chaque album, et avoir la volonté de continuer tant qu’il y prendrait un réel plaisir. Un plaisir qui semble ne pouvoir passer que par l’absence de contraintes. L’impressionnante vidéo de « Rats » est la preuve que l’envie est toujours là. Il serait facile bien sûr de s’arrêter aux photos promo, aux pas de danse à mi-chemin entre Fred Astaire, Mickael Jackson et la Carioca, ou encore à la kitchissime ambiance so 80’s de cette rue en feu. Mais il n’y a rien de foncièrement comique dans cette représentation, rien d’ouvertement drôle. Tobias Forge s’amuse, mais pratique son art avec sérieux, et pléthore de moyens, pour un résultat une fois de plus éclatant pour les adeptes du second degré. GHOST semble avoir à nouveau battu les cartes. Vivement l’album, vivement les prochains concerts ! Quant aux rageux, qu’ils sachent qu’il n’est jamais trop tard pour se convertir, et communier. Forge reconnaîtra les siens.

La vidéo de RATS en cliquant ICI !

GHOST PREQUELLE.jpg

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3 réflexions sur “Faut-il brûler GHOST ?

  1. Très belle plume, il est très facile d’avoir envie de découvrir même pour un béotien à travers tes dires.
    Chapeau l’ami, ou chapeau l’artiste 😊

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  2. Jamais réussi à accrocher (ce n’est pas faute d’avoir essayer…à chaque album). L’engouement pour ce groupe reste un mystère pour moi. Peut-être que le prochain disque m’apportera la lumière…ou encore plus de circonspection !
    Peu importe, que chacun trouve son plaisir où il veut, l’essentiel ests que le rayon mocassins à glands soit toujours bien garni !

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