MELTED SPACE -:- Pierre le Pape

Quand on lance Pierre le Pape, on ne sait jamais quand il va s’arrêter. Téméraires, nous avons pris notre courage à deux mains pour affronter son verbe et en savoir un peu plus sur « Darkening Light », le nouvel album de MELTED SPACE ! Morceaux choisis (temps de lecture : 1h30) ! (NON, ON DECONNE !!!)

Pierre, nous avons reçu à la rédaction quantité de messages de jeunes femmes qui demandent pourquoi tu t’es rasé !

(10 secondes de rires ininterrompus) C’est vrai que sur les photos promo d’avant, j’étais toujours très bien rasé, alors je me suis dit que par habitude j’allais faire pareil. Mais tu vois aujourd’hui je ne suis pas rasé du tout, j’ai même la barbe un peu taillée, je ne suis plus le même homme tu vois ! (rires)

Tu es redevenu normal !

Voilà ! Mais c’est vrai que pour les photos promo, euh.. je ne sais pas pourquoi en fait…. Je fais un peu vampire… (rires)

Que penses-tu rétrospectivement de « The Great Lie » (2015) ?

J’ai beaucoup d’affection pour cet album parce qu’à l’époque, j’ai vraiment eu l’impression de pouvoir développer une histoire complète comme je le voulais, avec en plus l’orchestre, tous les chanteurs incroyables avec lesquels j’ai pu travailler…. mais c’est vrai que maintenant, sans prétention aucune, j’ai l’impression d’être encore allé plus loin. Il fallait passer par « The Great Lie » pour pouvoir arriver à ce résultat-là. Quand cet album est sorti, j’avais fait une espèce de bilan sur la production, ses points forts et ses points faibles, et je m’étais fait une liste de petits trucs en mode « notes pour plus tard », qui m’a énormément servi pour « Darkening light ».

Je suppose que la composition de ce nouvel album résulte autant de l’expérience de « The Great Lie » que des prestations live de Melted Space ?

Oui, clairement. Entre les deux albums il y a eu deux tournées européennes, et quelques concerts et festivals, donc forcément…. et puis le fait d’avoir tourné avec Myrath, Symphony X, Leaves’ Eyes, qui eux ont des formats très chansons,… déjà dans « The Great Lie » j’avais commencé à me rapprocher un peu de ces formats-là. Ici, clairement, j’ai sauté à deux pieds dedans parce que j’ai évidemment été obligé de penser à la réalisation live, que ce soit dans la diversité des échanges entre les chanteurs, qui va permettre aux quatre chanteurs live d’être beaucoup plus présents mais aussi d’avoir beaucoup plus d’interaction, qu’au niveau du format plus traditionnel des chansons, avec des refrains, et beaucoup plus de riffs. C’est un album qui est beaucoup plus « guitaristique ». Après, la difficulté a été de faire les choses sans avoir l’impression de me renier ou de ne pas respecter quelque chose qui avait commencé à être mis en place dans les autres albums, de ne pas avoir non plus l’impression de succomber à certains impératifs « commerciaux ». Toujours respecter la ligne artistique, mais en prenant en compte certaines réalités liées au live, au format chanson, et puis au fait aussi que malgré tout c’est quand même un bon exercice de style que de se dire : « est-ce-que tu peux composer des chansons » ? Voilà ! (rires) Il y a un truc qui m’avait beaucoup marqué lors de la tournée avec Symphony X. On avait joué avec Leaves’ Eyes quelques mois avant en hollande et en allemagne, et quand on est repassés dans ces deux pays-là avec Symphony X, des gens chantaient nos paroles. De « No need to fear » et « Titania » principalement, mais ça m’avait marqué. Je me suis dit, c’est génial ! Du coup, en composant « Darkening light », c’est une donnée que j’ai gardée du coin de l’œil, en me disant que si je voulais retrouver cela à un moment, il fallait aussi faire attention aux paroles. Je sais que les paroles de « The Great Lie » étaient un des points faibles de l’album. Parce que trop concept, pas chansons justement, et on perdait en efficacité.

Trop narratif ?

Oui, trop narratif, trop…. C’est paradoxal, mais trop dans ce que je voulais raconter (rires). Là, pour le coup, j’ai essayé d’avoir un certain équilibre entre ce que je voulais raconter, et avoir quand même quelque chose qui se retienne facilement. J’ai fait écouter l’album à des potes en soirée quand je l’ai reçu du mastering, un titre surtout, en l’occurrence « The dawn of man », et ils m’ont rechanté le refrain dans la soirée après une seule écoute. Là je me suis dit que j’avais peut-être réussi cet équilibre.

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Justement, à propos des textes de ce nouvel album, te poses-tu beaucoup de questions existentielles ? J’ai dénombré plus de 50 phrases interrogatives dans l’ensemble de l’album.

(silence) Ah ouais ? (rires) Alors, c’est… oui. Voilà. Je suis démasqué. (rires) Effectivement, entre un sandwich au jambon ou au poulet, ça peut durer une heure. Donc oui, je suis plutôt à me poser beaucoup de questions, à avoir des doutes, à avoir des choses qui vont m’empêcher d’avancer pour telle ou telle raison, parce que trop de questions, trop d’incertitudes, voilà…

Et tu transfères tout cela sur les personnages ?

Après, voilà. On m’a fait remarquer ce matin qu’évidemment c’est du Melted Space et que donc ça va mal finir ! (rires) C’est vrai que j’ai aussi ce côté-là. Les histoires qui finissent bien ne m’intéressent pas parce que les méchants perdent tout le temps et je suis triste pour eux. J’aime les faire gagner, et donc ça m’oblige à prendre une tournure assez dramatique, mais c’est vrai aussi que quand j’écris des chansons j’ai envie de proposer à la personne qui écoute de partir loin d’un monde qui ne me fait pas rêver. Je vais puiser dans des inspirations divines, des légendes, des choses qui me font rêver, pour proposer un divertissement qui, passé au prisme de la vision un peu pessimiste du monde, donne des histoires qui finissent mal. Bon après, je n’aurai pas de prétention philosophique dans ce que j’essaye de transmettre, mais j’ai toujours présenté Melted Space comme un film sans images, et bien il ne finit pas bien. Voila.

En même temps, ça n’est pas si triste. Si je ne me trompe, les derniers mots de l’album sont « Is there a future ? », et on a plutôt envie de connaître la suite !

Alors, mon côté cinéphile et un peu joueur a fait que j’ai parsemé cet album d’éléments qui donnent finalement un sens aux autres. Il est truffé de petites références. Et en l’occurrence, ce qui peut être pris comme une scène post-générique d’un bon Marvel, les dernières notes de l’album sont les premières notes de « From the past ». Ca m’a amusé de me dire qu’on pouvait donner ainsi une vraie continuité à tous les albums.

Bon ben alors, ca y est. C’est fini ? La boucle est bouclée ?

Voilà ! (rires) Autant je n’en sais rien, autant je ne pense pas que cela signifie une fin. Ca pose juste des bases qui n’existaient pas trop, qui manquaient à cet univers. Quand j’ai commencé à écrire l’album, je me suis demandé quelle histoire je voulais raconter, et plutôt que d’enchaîner les mythologies les unes après les autres, ou même d’enchaîner sur la suite de « The Great Lie », je me suis dit : « tiens, renforce les bases de ton univers en lui donnant un début, une création, des archétypes assez généraux mais qui ensuite vont être nommés par l’homme… ». Alors le temps va s’appeler Chronos, machin va s’appeler Anubis, mais on est quand même dans la généralité, sans nommer à aucun moment personne, même le personnage de la mort n’est que le concept de fin, qui contrebalance le début, pour instaurer un cycle, mais je préférais poser toutes ces grandes règles un peu comme les « commandements de Melted Space », plutôt que de partir dans une histoire à laquelle il aurait encore manqué des bases. Maintenant, c’est sûr que si on me dit demain « tu dois refaire un autre album », je peux envisager de faire la suite de « The Great Lie » ou partir sur autre chose, mais je sais que j’aurai quelque chose de solide sous les pieds.

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Petite question mathématique : en pourcentages, quelles sont tes principales sources d’inspiration quand tu composes : metal ? Anime ? Jeux vidéo ? Classique ? Cinéma ?…

Hmmmm… Bonne question…. (long silence)… L’histoire. L’histoire que je veux raconter. C’est elle qui dicte beaucoup de choses, y compris le style de metal que je vais utiliser. Majoritairement. Parce que le fait de faire une chanson de black metal ou de power ou doom, c’est un moyen d’expression pour raconter cet épisode-là de la création, ou de « The Great Lie ». Mais c’est vraiment l’histoire et la façon dont j’ai envie d’utiliser les personnages qui vont me dire quel est le style le plus adapté.

Avant d’évoquer les invités, il y a un peu de changement dans le groupe en ce sens que c’est dorénavant Adrian Martinot, ton guitariste live, qui joue les guitares à la place d’Adrien Grousset.

Effectivement, le fait qu’on fasse les concerts ensemble, les tournées, alors qu’Adrien Grousset n’a pas fait une seule scène avec nous, c’est sûr que c’est plus pratique parce que jouer les parties que quelqu’un d’autre a enregistrées n’est pas très confortable, même si Adrian l’a fait pendant quelques années. Adrian s’est quand même énormément investi dans le groupe, donc au bout d’un moment c’était assez naturel. C’est même venu d’Adrien qui m’a dit « si tu veux lui proposer plutôt qu’à moi, il est beaucoup plus légitime que moi maintenant parce que c’est lui qui fait les tournées ». Et c’est vrai qu’Adrien avec Carpenter Brut était très très pris au moment où on voulait enregistrer, donc c’est un changement, une transition qui s’est faite vraiment dans la douceur absolue et vraiment dans le naturel.

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Et donc dans le groupe depuis le départ, il y a aussi, euh… toi !

Oui ! (rires)

J’ai trouvé sur cet album que tes claviers étaient extrêmement variés ! Ca sonne parfois très années 80, à un moment on a presque l’impression que Jean-Michel Jarre est venu faire un featuring…

Ouais ouais ouais… (rires)

Et à d’autres moments c’est très moderne, c’est aussi une volonté de diversifier le son du projet ?

Il y a deux choses. Il y a tout d’abord effectivement une volonté d’aller chercher quelque chose que je n’avais pas trop utilisé avant, et donc des synthés plus typés, plus épais, plus granuleux, plus années 80 comme tu le dis. C’est bête, mais j’étais tombé sur une vieille bio du tout début où je décrivais le projet comme un mélange de metal, de machin, de classique…et d’électro ! Et je me suis dit qu’à aucun moment je n’avais utilisé de sons électroniques. Soit il fallait que j’arrête de revendiquer ça, soit il fallait que je l’intègre d’une façon ou d’une autre. Et c’est vrai que d’utiliser des batteries électroniques pour certaines rythmiques, d’utiliser des synthés très typés comme ça et de les mettre en avant à ce point, c’était aussi une façon de revenir à ce que je voulais faire initialement. Après il y a un autre point, c’est que l’utilisation des synthés vient contrebalancer l’utilisation plus limitée de l’orchestre. La seule vraie chanson du Melted Space traditionnel sur cet album, c’est quand Melted Space est créé, en l’occurrence dans le dernier titre, « Fallen world », qui ressemble beaucoup plus à « No need to fear », ou d’autres chansons des autres albums.

J’ai une autre question concernant ta prestation, tu m’avais prévenu l’année dernière, mais… tu chantes ?

Alors, je n’étais vraiment pas « pour » au début (rires). Ça s’est fait en plusieurs fois. Vu que c’est moi qui enregistre toutes les démos, plusieurs chanteurs m’avaient déjà demandé pourquoi je ne chantais pas. J’ai toujours répondu que je laissais ça aux autres, à ceux qui savent faire… Et puis ça me semblait hyper prétentieux et mégalo de me dire : « Tiens, aujourd’hui je vais chanter avec Jeff Scott Soto et Mikael Stanne, et puis ça va être bien ! » (rires). Mais les musiciens du groupe m’y ont aussi incité. Quand je double Guillaume (Bideau) sur scène, même Guillaume m’avait demandé pourquoi je ne chantais pas parce qu’il trouvait ma voix super… Bon, j’avais mis ça sur le compte de l’amitié (rires).

Ou de la flatterie !

(rires) Oui, voilà… « Et maintenant Blaze, flattez-moi ! » (rires) Et donc j’ai prévu ma session d’enregistrement un mois avant tout le monde (rires), au cas où ! (rires) car même moi je n’étais pas sûr. J’avais tout bien préparé, j’ai fait trois semaines d’échauffement, de travail quotidien, mais je n’étais vraiment pas sûr. Même le lendemain, j’ai demandé s’il fallait vraiment le garder. Du coup, j’ai laissé ce choix à François-Maxime Boutault qui réalisait l’album et qui m’a dit qu’il ne fallait pas que je m’inquiète, que ça tenait la route, et effectivement quand j’ai fait écouter à d’autres gens, ils m’ont confondu avec Guillaume ! (rires) Ce qui m’a rassuré, fait plaisir, flatté, etc… Ce n’était pas si pire ! (rires)

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Concernant les invités, il y a sur cet album beaucoup moins de chant lyrique. En revanche, que vient faire Catherine Trottmann (Mezzo-soprano nommée aux Victoires de la musique classique 2017) chez Melted Space ?

Eh bien, en fait, c’est la grande sœur d’une copine ! (rires)… qui depuis longtemps me dit « Oh, tu devrais rencontrer ma sœur, elle est chanteuse lyrique, elle est chanteuse lyrique,… ». Alors, oui, mais qu’est-ce qu’une chanteuse lyrique à ce point de notoriété viendrait s’embêter à participer à un projet metal ? Mais ma copine a joué les entremetteuses, on s’est rencontrés, on s’est très bien entendus, et du coup je lui ai dit « si jamais ça te dirait… », mais aussi « si tu veux, je ne fais pas de pub dessus, je ne veux pas te pourrir ta carrière classique, je suppose que ton agent ne sera pas très très content… ». Et elle m’a dit « non, non, mais au contraire, c’est bien, ça me fait plaisir, ça me plaît de faire autre chose de temps en temps, donc on y va… » et voilà ! Ça a été l’enregistrement le plus rapide de la galaxie (rires), elle a tout plié en deux heures je crois, extrêmement pro, une voix extraordinaire. Mais le choix de faire appel à Catherine a aussi été motivé par l’envie de jouer à fond la carte du chant lyrique. Je me suis dit « tu pousses le vice d’aller chercher un véritable orchestre pour faire les parties orchestrales, et bien dans ce cas-là, si tu veux être cohérent, tu vas chercher une vraie chanteuse lyrique pour faire du lyrique au lieu de demander à une chanteuse de metal de faire du lyrique metal ! ».

C’est ce qui a libéré un autre répertoire pour Clémentine (Delauney) par exemple ?

Pas forcément. Je voulais faire chanter Clémentine quoi qu’il arrive, mais avec sa voix non lyrique que je trouve extraordinaire et qu’elle n’exploite pas assez à mon sens. Je lui ai mis des lignes de chant calibrées pour sa voix, qui quelque part n’auraient pas trop sonné en lyrique. Elle m’a proposé de le faire en lyrique, et je lui ai demandé justement d’avoir une complémentarité des voix. Il y a un petit côté trivial aussi d’avoir une voix lyrique extrêmement pure comme celle de Catherine pour interpréter le chaos, parce que le chaos n’est pas forcément mauvais, je n’allais pas non plus tomber dans le cliché de faire interpréter le chaos par un chanteur de death metal (rires)… Donc j’ai dit à clémentine « pas ta voix lyrique, mais plus ta voix pop ». Et je trouve qu’elle le fait vraiment très bien.

On ne va pas citer tous les invités, mais bon, on ne peut pas passer sous silence la prestation de Jeff Scott Soto.

(rires)

A partir du moment où il apparaît, l’intensité de l’album monte de dix crans !

(rires) J’ai écouté ses albums solo, mais je le connais surtout de Malmsteen, de ses premières années, et c’est vraiment le rêve de gosse là ! Quand j’ai reçu le mail de son agent pour me dire qu’il était ok, ça m’a mis un coup de pression fou ! Mais en même temps j’étais super fier de travailler avec lui. Dans les quelques échanges qu’on a pu avoir, c’est quelqu’un de très gentil, d’une humilité… il m’a envoyé des démos ! (rires) J’ai une démo où je chante en duo avec lui (rires) ! C’est très drôle ! (rires) Et pareil, il a compris vraiment ce qu’il fallait faire très vite. Sur « Trust in me », il n’avait fait qu’une voix sur le refrain, je lui ai demandé d’en ajouter deux, trois autres. Bon ben le mec, il n’y a pas eu à lui demander plus que ça (rires) !

Et son association avec Stanne sur ce titre est formidable.

Ah là… même lui, Stanne, m’a demandé avec qui il chantait en duo, je lui ai dit « Soto », il m’a regardé et répondu : « Non, mais… sérieusement ? ». Et du coup lui aussi ça lui a mis la pression. Cette chanson est ma petite préférée, parce qu’il y a un combat de lions, parce que le solo de Gildas (le Pape) est mortel, parce que j’aime ce style de musique de Göteborg, tout ça fait que j’adore.

Et dis-moi, il a eu un mot d’excuse Soto pour ne pas participer au dernier titre où interviennent les onze autres chanteurs ?

Eh oui ! L’histoire fait que l’homme n’a pas à chanter sur la fin, sur ce titre où il n’est question que des dieux. Voilà.

pierre

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