DEVOID -:- Shad Mae

« Cup of Tears », le premier album de DEVOID, a été l’une des grosses surprises de l’automne 2017. Il y a fort à parier que vous n’en avez d’ailleurs toujours pas entendu parler, alors même qu’il a eu les honneurs de la rubrique De plus en plus net… de mon confrère et ami Charlélie Arnaud (Rock Hard) et qu’un titre de l’album figure sur le cd sampler de ce même magazine ce mois-ci. Ce projet solo de Shad Mae, guitariste de SHADYON (« Shadyon » sorti en 2006, puis « Mind control » en 2010) mêle avec enthousiasme et énergie le meilleur du metal mélodique énervé avec, cerise sur le gâteau, la participation de membres d’EVERGREY, FREAK KITCHEN, ou encore Magnus Karlsson ! Il n’en fallait pas plus pour convoquer son instigateur devant une bière en rade de Brest afin d’en savoir un peu plus sur ce projet fou et jouissif !

Shad, peux-tu nous présenter DEVOID ?

Shad Mae : DEVOID est un projet né après le deuxième album de SHADYON sorti en 2010. J’avais en tête pas mal de morceaux un peu plus pêchus, moins prog, en ce sens qu’ils ne dureraient pas 10 ou 15 minutes. Je voulais un truc un peu plus rock’n’roll. Prog mais simple. Ca peut paraître un petit peu antinomique comme ça, mais je voulais aller droit au but. Ca aurait pu servir de bribes de départ au troisième album de SHADYON, mais on s’est vite retrouvés avec un problème de line-up, puisque le batteur et le bassiste sont partis. Et puis des dates prévues en première partie ont été annulées, on a donc eu pas mal de soucis et j’ai fini par en avoir ras-le-bol de faire des compromis. J’ai donc repris toutes les nouvelles bases posées, et décidé d’en faire quelque de complètement différent de SHADYON. Surtout sans compromis ni concessions.

5Sans avoir en tête les musiciens qui allaient pouvoir te suivre sur ce nouveau projet ?

Non. L’idée était de me faire plaisir, d’enregistrer mes morceaux, et ensuite de penser à qui je pouvais faire appel, qui j’adore… C’est un projet solo, mais uniquement dans le sens où je veux me faire plaisir. A la base, j’avais en tête de mettre un chanteur différent par morceau. Ensuite j’ai imaginé faire « comme » ALLEN/LANDE, faire appel à un duo de chanteurs… et de fil en aiguille ça a basculé sur un seul chanteur.

Quand on est seul maître à bord, puisque tu as écrit à la fois la musique et les paroles de ce projet (sauf un texte), la plus grande difficulté n’est-elle pas de trouver « la » voix qui va accompagner ta musique ?

La grosse difficulté est que j’aurais rêvé chanter ! J’ai toujours des mélodies vocales en tête, même si là c’est Carsten (‘Lizard’ Schulz, chant – ndr) qui a tout créé, je lui ai laissé carte blanche. Je sais toujours quel type de chant je veux, qui peut le faire, et je me demande si les paroles que j’écris vont lui parler pour qu’il puisse tripper en chantant… donc oui, j’ai vraiment trouvé que c’était la partie la plus compliquée.

En tant que guitariste, tu es un peu Dieu-tout-puissant sur un tel projet solo. Tu peux t’occuper de la basse, trouver des solutions pour la batterie et les claviers, mais la voix reste fatalement problématique !

Le chant, tu n’as pas le choix ! Ou alors tu fais chier tout le monde avec ta voix de merde ! (rires) Le chant est un instrument à part.

Et une frustration aussi ?

C’est une frustration. Quand j’écoute un album, c’est le chant qui m’attire, plus que les solos de guitare. Dès que j’écoute un morceau, ce sont les mélodies vocales, les choeurs, les arrangements de voix qui me font tripper… et mon plus grand regret est d’être infoutu de chanter ! Je peux faire semblant derrière avec des petits choeurs, mais bon… Je n’avais pas le choix, il fallait que je trouve quelqu’un ! Comme tu l’as dit, je savais que je pouvais faire la basse et la guitare, programmer la batterie, pour les claviers je connais 1quelqu’un de très bon qui est mon meilleur pote donc je l’ai laissé faire, mais ça revient à ce que je te disais tout à l’heure. Je préfère donner ces morceaux à d’autres qui sont de véritables instrumentistes pour qu’ils y mettent leur patte. Je leur donne l’ossature du morceau, mais en revanche ils font ce qu’ils veulent derrière. Je n’ai écrit ni les basses, ni les claviers, ni les mélodies vocales. J’ai juste mis quelques lignes de guitares pour donner un peu les thèmes, mais je les ai laissés libres d’en faire ce qu’ils voulaient. Parce que le risque quand tu fais un album avec plusieurs intervenants qui ne sont pas par définition chez toi, c’est d’avoir une certaine unicité qui rend le truc un peu chiant à écouter parce que le mec n’aura pas mis sa patte. Si tu leur dis « j’ai cette mélodie avec telle note que tu vas faire à tel moment parce que c’est ça que je vois… », à un moment ça va peut-être les faire chier et ils vont le faire de manière un peu scolaire et ne pas se permettre de digressions. Donc j’ai laissé les mecs faire ce qu’ils voulaient sur ce disque.

Justement, en écoutant « Cup of tears », on n’a absolument pas l’impression d’entendre toi et un chanteur à côté.

C’est vrai ? Ah ça me fait plaisir !

On a vraiment la sensation d’avoir affaire à un groupe. Ce qui est intéressant, c’est justement que « tout » est intéressant ! Il a beaucoup de place pour le clavier, le chant, les choeurs, tout le monde semble jouer ensemble et y prendre plaisir.

Ah tu vois, rien que cette phrase-là je vais la garder parce que, comme je te le disais, tout ce dont j’ai envie, c’est que les gens trippent. Ceux qui jouent avec moi, et ceux qui écoutent… Au début, quand j’ai dit que j’allais faire un album solo, du fait que je suis lead guitariste les gens ont pensé que j’allais faire dix morceaux avec cinq leads de guitare chacun, que des potes allaient venir faire des solos aussi… Alors que quand j’ai voulu faire cet album solo, « sans compromis ni concession » comme je te disais, je voulais faire de façon prétentieuse l’album que j’aurais voulu écouter si j’avais dû n’en acheter qu’un pour partir en vacances. J’adore le chant, j’en voulais beaucoup. J’adore les claviers, je voulais beaucoup de claviers. J’adore les solos, mais il n’y en a pas trop non plus, il n’y a vraiment pas que ça sur l’album. Je voulais que chaque instrument s’éclate.

Non seulement tu as laissé de la place aux musiciens qui t’accompagnent, mais tu as aussi invité du beau monde pour les solos alors que tu aurais pu ne pas être partageur !

Ah oui oui !! Mais c’est l’esprit de l’album !! Je te l’ai dit, je voulais un album plaisir ! Les gratteux qui sont là, je ne les ai pas pris uniquement parce qu’ils sont bons ou que ce sont des noms connus du milieu. Le guitariste d’EVERGREY (Henrik Danhage) est là parce que je l’écoute depuis le début et son jeu m’a toujours influencé. Il a un jeu unique qui me fout les poils. FREAK KITCHEN, c’est l’un des premiers guitaristes, Mattias « IA » Eklundh, qui m’a mis une claque. Je me suis dit, pour le plaisir, si je peux l’avoir sur l’album, le top ! Magnus Karlsson, j’ai creusé tous ses albums d’ALLEN/LANDE, de LAST TRIBE, c’est une de mes premières influences aussi quand j’ai débuté avec SHADYON, je me suis dit « Hop il nous le faut ! ». Daniel Palmqvist, j’ai écouté son album solo, il n’est pas très connu même s’il bosse avec Frontiers, mais cet album m’avait foutu une claque. Un mélange de mélodie, de technique, avec des influences un peu jazz parfois, je serais infoutu de faire ce qu’il fait mais j’adore ! Je voulais vraiment voir ce qu’il ferait sur mes morceaux. Donc c’est vrai que j’aurais pu faire tous les solos sur mon album solo, mais je me suis dit que je ne ferai peut-être qu’un album, quand il sera sur mon armoire, tous les mecs que j’aime seront dessus, et j’aurai plaisir à l’écouter, parce que par définition on n’aime pas trop s’écouter donc autant laisser les autres jouer ! (rires) Comme ça on est moins frustrés !

Tu n’as pas eu de soucis pour réunir une telle pléiade de talents ?

Non. Ca s’est passé au culot, sur les réseaux sociaux, sauf le gratteux d’EVERGREY que j’avais vu en concert et j’étais allé le voir à la fin. Je leur ai passé deux ou trois morceaux à chacun, en leur demandant sur lequel ils souhaitaient intervenir.

Des morceaux avec le chant en place ?

Oui, pour avoir vraiment l’esprit. Je n’ai pas eu un seul refus…

Il n’y a pas eu de problèmes d’ego non plus, comme le refus de certains de placer un solo sur un album où jouent d’autres invités ?

En fait je n’ai dit à aucun qu’il y aurait d’autres invités ! (rires) Quand l’album est sorti, chacun l’a découvert et visiblement ils ont tous été agréablement surpris. Je n’ai pas eu de retour négatif.

6

Tu dis que tu ne feras peut-être qu’un seul album comme celui-là. Quelle est ton influence principale, celle que tu voulais à tout prix y mettre ?

Honnêtement, je voulais faire…. tu vois le morceau « Agony » ? C’était les prémices de DEVOID. Je voulais des morceaux très couillus, très courts, très bruts, avec un chant heavy. On va dire du SOILWORK avec un chant heavy. Mais de fil en aiguilles mes anciennes influences sont revenues. C’est la première époque de groupes comme DREAM THEATER, période « Images & words », dans l’atmosphère et les mélodies… Ou WINGER. Je suis un gros fan de WINGER. Ce sont toutes les influences AOR 80 qui sont revenues. Après, je me suis dit qu’il fallait moderniser un peu. Je suis fan de MEGADETH époque « Countdown to extinction », j’adore ces riffs-là, comme sur « Youthanasia »,… je ne vais pas être original, mais même « And Justice for all… » de METALLICA, des albums à riffs ! Je suis aussi revenu à « Colony » de IN FLAMES, je voulais des riffs comme ça, mais avec toujours en tête un chant mélodique, heavy, mais derrière pas trop de power chords, faire des riffs un peu couillus, enfin j’ai essayé ! Et au-delà de ça, comme j’ai un super claviériste à mes côtés, je voulais que ce soit un peu épique. Et pour le chant… tu m’as parlé de PRETTY MAIDS, je trouve ça bien.

Avec aussi énormément de choeurs ?

Voila, j’adore ce que Carsten a fait dans EVIDENCE ONE, et le mot-clé que je lui ai donné, c’est de le faire au feeling, un peu rock’n’roll, un peu classic rock, mais par contre que les refrains soient gavés de choeurs ! Je voulais que ça pête, qu’il y ait des choeurs, de la masse, un truc qui te donne envie de prendre ta bagnole et partir. C’était ça ma volonté, du riff et des gros refrains. En gros, je composais le refrain et je mettais la structure autour. Le but du jeu, c’est un refrain qui claque. Le reste, tu écoutes ça par plaisir ou pour la technique, mais moi je ne retiens que les refrains.

Et des formats courts ?

J’avais l’idée… tu sais, quand on dit prog, en 5 minutes de SOILWORK il y a 20.000 informations. En 20 minutes de DREAM THEATER, tu en as autant mais tu t’emmerdes, parce que ça dure longtemps. L’influence SOILWORK, c’est en 5 minutes de faire des petits détails, des changements de rythme, des couplets différents, un refrain changé de note, mais en format court. C’est ça l’idée, donc en influences, DEVOID c’est un peu un mélange de SOILWORK, de WINGER et de PRETTY MAIDS (rires). Tu fous le bordel là-dedans et l’idée est là !

Tout le monde a adhéré facilement à cette idée ?

Principalement Carsten, qui a été très surpris. Il m’a confié que c’est la première fois qu’il intervient sur ce type de musique. Il m’a dit qu’il voulait faire ça depuis longtemps, il a complètement adhéré. Comme tout le monde d’ailleurs, et je pense qu’ils ont pris beaucoup de plaisir en tout cas.

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Parlons un peu de la production de cet album. Quel son, dis donc !

Ahhh… C’est très important. La prod, c’est Gwen Kerjan du Slab Sound Studio. Il est bien connu ici en région Bretagne, et j’espère qu’il va se développer en France et en Europe. C’est un monstre. Je suis fier de pouvoir travailler avec lui, et c’est lui qui doit être fier du résultat obtenu. Pour moi c’est le meilleur, et je ne dis pas ça parce que je bosse avec lui. Ce gars, à la base, est un musicien. Il est à l’écoute, il est capable de te dire que tu es une merde ou que tu joues faux, et il peut aussi faire évoluer tes morceaux en studio. Certaines idées sur l’album viennent de lui. Et quand on est en studio avec lui, il ne connaît pas la montre. Franchement, sans lui l’album ne serait pas tel qu’il est. Je suis content que tu aimes la prod.

J’ai cherché, mais je n’ai pas trouvé grand chose à ne pas aimer sur « Cup of tears ». Je me suis même demandé s’il n’aurait pas mieux valu le sortir sans mentionner vos noms, en vous présentant avec des capuches ou un truc comme ça, dans l’anonymat… et voir comment il aurait été reçu sur la scène internationale.

(rires) Oui, oui, peut-être ! Après, le label voulait aussi capitaliser sur le nom du chanteur. C’est sûr que le mien ne parle pas.

Et ce label justement. Tu as eu du mal à le trouver ?

Ce n’est jamais facile. Mais Melodic Rock est le premier qui a répondu, déjà (rires) !

Avec le produit fini ?

Non, sur les démos. J’ai envoyé quelques démos quatre titres. Ils ont trouvé ça intéressant, que ça changeait. On va dire que ça les intriguait. Ensuite je leur ai envoyé « Religion » qui est le morceau le plus mélodique ou AOR, qui colle bien avec le label. Après je leur ai dit avec quel chanteur j’étais, et comme il avait déjà travaillé avec eux ça allait. Ils m’ont fait une proposition, je n’ai pas eu à réfléchir. Quand tu as un label qui te paie les masters, l’artwork, etc. Il n’y en a plus beaucoup…

Avec une distribution qui est…

Mondiale, oui. C’est le premier qui a répondu, qui a compris le truc, qui m’a fait une belle proposition, et qui a aussi en tête « autre chose ». Alors pourquoi pas !

C’est quoi cet « autre chose » ? Un second album, une suite live… ?

Le live c’est compliqué. A la base je n’ai pas fait ce projet pour faire du live, même si le live me manque. Je l’ai fait pour me faire plaisir, en me disant « no limit », on verra… Après, s’il y avait une vraie proposition, ce serait plus des dates ponctuelles, pour des jolis événements, je n’en sais rien, en Allemagne, en Suède ou je ne sais où.. Mais on pourrait le faire, si on a une proposition, on se retrouve avant, on bosse 48h, on sait qu’on n’aura pas à travailler une setlist d’1h30. Pourquoi pas ? Ce n’est pas dans les tuyaux, mais pourquoi pas.

Disons qu’au vu du résultat, le label a envie de poursuivre l’aventure ?

Oui. Ca c’est le top. Tu vois, on y revient, j’en ai eu des contacts avec des labels qui ne tiennent pas le même discours. Tu vois que c’est un passionné. Je suis vraiment très content de ce choix.

Pour toi, cet album est allé au-delà de tes espérances initiales ?

(rires) Hmmm…. c’est… j’ai plaisir à l’écouter. Ca veut dire que quand je l’écoute je ne m’entends pas (rires) ! Donc je pense que j’ai réussi à atteindre mon but. Parce que suis entouré de musiciens très talentueux. C’est eux qui rendent l’album intéressant. Ils ont mis du vrai feeling dedans. J’ai vraiment eu de la chance de travailler avec eux.

(Chronique à suivre…)

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