MYLES KENNEDY "Year of the tiger" (2018)

 

Myles Kennedy, chanteur et guitariste chez Alter Bridge, a bossé sept ans sur son premier album studio, mais une pige plus longue que prévue avec Slash et ses Conspirators l’a contraint à remiser sur une étagère pendant près de deux ans le fruit de son travail. Une fois libéré, le bouclé chapeauté s’étant finalement ré-acoquiné avec ses potos de Guns N’Roses, tout laissait à penser qu’on allait ENFIN l’entendre, cet album solo constamment repoussé ! Malheureusement, après l’avoir réécouté, Myles Kennedy se rendit compte que la DLC en était dépassée,… et n’eut d’autre choix que de tout jeter à la poubelle ! Plus qu’un simple retour à la case départ – au grand dam des fans – Kennedy entreprit alors un véritable retour sur lui-même, sur sa prime enfance, sur le traumatisme né de la tragique disparition de son père survenue alors qu’il n’avait que quatre ans. Un père décédé stupidement pour n’avoir ni pu, ni su, ni voulu concilier la nécessité d’un traitement médical et ses croyances. Mort pour la foi. Incompréhensible, inacceptable. «Year of the tiger » jaillit comme l’expression tardive à la fois triste et optimiste de cette douleur, un cri du cœur conçu cette fois-ci en six mois. C’est surtout un album hautement intimiste et cathartique. Enfermé chez lui avec ses guitares et un magnétophone, mais aussi un banjo, une mandoline, une basse, et avec l’aide ponctuelle de Zia Uddin (ex-The Mayfield Four) à la batterie et Tim Tournier à la basse, sous la houlette du producteur attitré d’Alter Bridge, Michael Baskett, Myles Kennedy répand avec émotion ses tripes sur douze titres et cinquante minutes. Toute l’énergie du chanteur, même si elle est la plupart du temps contenue, est belle et bien présente sur cet album où l’adéquation entre voix et textes touche au sublime, à l’émouvant. Musicalement, Kennedy s’éloigne du style qui l’a rendu célèbre. « Year of the tiger » ne s’approche que très très rarement des rivages métalliques. Il navigue en revanche entre blues et folk, entre country et rock’n’roll, et fait la part belle aux guitares acoustiques, parfois électriques, avec un constant et discret usage de la slide. Le fan appréciera avec contentement le grand écart perpétuel entre ballades acoustiques à la Led Zeppelin II, III ou IV (« The Battle of Evermore » vient forcément à l’esprit) et le blues du delta de Mississippi John Hurt, le guitariste que Kennedy cite régulièrement dans ses influences principales. Musique et textes à l’unisson dans la simplicité, la subtilité et l’émotion. Sur la base de ce traumatisme familial, Kennedy réalise un album universel et profondément humain. Il est dès lors très difficile de faire ressortir quelques titres d’un ensemble aussi compact et homogène. Du morceau éponyme qui ouvre l’album à « One fine day » qui le clôture en laissant l’auditeur muet sur son séant le souffle coupé, « The year of the tiger » est un rollercoaster émotionnel, culminant sur l’enchaînement « Nothing but a name » et « Love can only heal » sur lesquels il est difficile de retenir ses larmes. Une oeuvre forte.
(8,5)
MYLES KENNEDY
« Year of the tiger »
Napalm Records
Sortie le 09 mars 2018
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2 réflexions sur “MYLES KENNEDY "Year of the tiger" (2018)

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