EVIL DEAD ou la banalité du quotidien

 
 
Il y a quelques temps de cela, à mes enfants qui cherchaient un bon film d’horreur à visionner, j’avais mis entre leurs mains le DVD d’EVIL DEAD 2 de Sam Raimi. Ils étaient ressortis de leur chambre après une après-midi passée devant la télé. Sans un mot. Alors que je m’inquiétai de savoir s’ils avaient eu peur, ils me répondirent qu’ils avaient regardé le film, mais que c’était un peu vieillot, et qu’on n’y croyait pas trop. Silence. Abasourdissement. Je crois que mes bras sont toujours au sol. A la suite de cet événement, j’avoue être entré en analyse. Quand même, la cabane en rondins de bois, l’isolement, la forêt, la nuit, le livre des morts… Mais que leur fallait-il de plus, bordel ??? C’est vrai ça, le coup de la cabane abandonnée, même Netflix vient de nous le ressortir avec « The Ritual ». C’est un classique de l’horreur ! Et puis, là, il y a une heure, j’ai enfin compris. Je « les » ai compris. Hier soir, un de nos enfants retrouvait quelques amis pour une soirée d’anniversaire, quelque part dans le nord Finistère. Quelques dizaines de jeunes adultes livrés à eux-mêmes pour une nuit, quelque dizaines de litres de breuvages divers et variés, quelques dizaines de parts de pizza froides, de chips humides, et probablement de choses inavouables dont ils nieront jusqu’à l’existence quand bien même leur vie en dépendrait. Leur Necronomicon à eux en quelque sorte. Une maison de vacances en pierres, à proximité de la Manche mais perdue au milieu de champs vierges à perte de vue, balisés de rares pierres granitiques parfois dressées par l’homme, toujours inquiétantes. 10 h ce matin, « Tu peux venir nous chercher ? ». Je prends la route et arrive vers midi. La maison est là. Isolée, entourée d’un terrain lui-même ceint d’un imposant mur érigé en pierres aussi, plusieurs fois centenaires. La porte est grande ouverte malgré le froid. Un jeune sort. Puis deux. Puis trois…. La tête basse. Nonchalamment. Comme au ralenti. Tels les survivants d’un naufrage venant d’être hélitreuillés après une nuit en enfer. « Merci d’être venu. Julien n’est pas trop bien, mais ne t’inquiète pas, il a un sac avec lui ». Hmm… à ce que je vois, il a surtout la tête dans le sac. Et une grosse balafre sur le front. « Il est tombé de sa chaise hier soir, sa tête a heurté la terrasse ». Et toi ? Ca va ? « Oui, je me suis juste coupé au niveau du poignet, et… Ouch ! J’ai une bosse derrière le crâne mais j’ignore comme j’ai pu me faire ça ! ». Je sors de la voiture pour aider Sébastien à monter à l’arrière. Son jean est déchiré sous le genou gauche et je constate qu’il porte une attelle. Il boite bas. Il ne dit pas un mot. Je lis le néant dans son regard. Vous avez passé une bonne nuit ? « Oh oui, c’était génial, tout s’est bien passé ». Bien sûr. Nous avons pris la route sous un soleil radieux illuminant un ciel bleu immaculé, laissant la maison de l’horreur dans notre dos. Combien de jeunes avaient déjà quitté les lieux ? Combien étaient-il encore à l’intérieur ? Les mains agrippées au volant, l’habitacle de la voiture noyé dans le seul bruit des vomissements de Julien, je repense au propriétaire des lieux qui avait pris soin de préciser qu’elle débrancherait par précaution le four à gaz. Je repense aussi à Evil Dead et la banalité de son histoire…
 
 
 
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