DIS TONTON, C’ETAIT COMMENT AC/DC AVEC AXL A MARSEILLE ?

AC/DC @ Marseille (Nouveau Stade Vélodrome)
BACK IN ROSE

 

Et si la magie existait ? En allant voir AC/DC au Stade de France l’année dernière, sur la première partie de la tournée mondiale « Rock or Bust », nous questionnions l’intérêt d’assister une fois de plus au concert d’un groupe qui depuis des années ne prend plus de risques, proposant un spectacle rock’n’roll devenu aussi intemporel qu’immuable, et ce quand bien même les cadres historiques, Malcolm et Phil, avaient été remplacés par d’anciens intérimaires. La réponse, ou plutôt l’évidence, nous avait alors éclaté au visage. Mené par un Angus éclipsant de tout son charisme le reste du groupe, AC/DC avait livré deux prestations d’anthologie, malgré une mise en scène quasi inexistante, des effets éculés (la cloche, les coups de canons, les baudruches du train et de Rosie), et la bouillie dans la bouche d’un Brian Johnson au déhanché félin. Comme un rappel de vaccin, nous pensions en avoir repris pour une dizaine d’années et n’avions pas envisagé de nous déplacer sur les rives de la méditerranée pour assister au seul concert que le groupe allait donner en France cette année, laissant à 60,000 autres fans la chance de partager ce nouveau moment de bonheur.

 

 

Depuis la vente des billets, les choses ont pourtant bien changé, puisque l’emblématique chanteur du groupe depuis 1980, l’un des artisans du mythique album « Back in black », Brian Johnson, a été contraint de jeter l’éponge à son tour en mars dernier pour des raisons de santé sur lesquelles la presse et le net se sont largement répandus et sur lesquelles ne nous reviendrons pas ici, pas plus que sur le choix du groupe de continuer la tournée avec Axl Rose au chant. Un choix contestable, comme tous les choix imposés à des fans souvent convaincus de gérer mieux que le groupe lui-même ses propres affaires. Toujours est-il que le malheur des uns faisant le bonheur des autres, certaines places ont été revendues, permettant aux curieux, tel votre serviteur, de finalement s’organiser pour assister à un show qui s’annonçait quoi qu’il arrive exceptionnel… et historique !

 

 

Ni la date (Vendredi 13), ni le ciel couvert, ni le mistral,… et encore moins la présence du chanteur des Guns N’Roses ce soir, n’ont l’air de stresser les fans croisés sur le vieux port en ce début d’après-midi, pintes à la main. Ceux qui arborent un t-shirt « AC / DC » sont tout autant sourire dans le métro, et aux abords du vélodrome les queues se forment aux stands de merch officiel, où les cornes rouges et les cravates s’arrachent par milliers ! Et dire que d’aucuns ont prétendu que sans Brian il n’y a pas d’AC/DC… pourtant, pas moyen de trouver une casquette clignotante au merch ! On nous assure que les contrôles à l’entrée du stade sont pour les services de sécurité un test grandeur nature en vue de l’euro de football qui débute dans un mois. Précisons que le type chargé de la fouille au niveau de la porte 16 est particulièrement au point et sera probablement employé du mois en juin prochain. La fouille commence sous les ongles des doigts, bras tendus, et s’achève dans les chaussettes. Les parapluies sont également saisis, mais il s’agit certainement d’une volonté de communication de l’office de tourisme de la Canebière ! Eh oh ! Ici c’est Marseille ! Le temps de monter dans les gradins, de passer par le bar et choper une chope dans l’un des trois verres (consignés mais que l’on ne rapporte jamais) marqués du logo du groupe, représentant au choix la pochette de « High Voltage » (rapidement épuisé), « Ballbreaker » ou « Rock or Bust », ou comme le demande le personnel des bars qui visiblement ne connaît pas vraiment le groupe : « le jaune, le bleu ou le marron ? », et enfin nous accédons à cette magnifique enceinte, à la fois si grande et si compacte. Un joyau brut, galbé, sans aucun lien avec le Stade de France aux lignes beaucoup moins charnelles. Le Nouveau Vélodrome se remplit tranquillement, alors que les premiers accords de TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN résonnent – littéralement, malheureusement -. Difficile de se prononcer sur la prestation de ce jeune groupe, le son manquant de clarté et les écrans géants se contentant de présenter un plan large fixe. Impossible donc depuis les gradins d’apprécier à sa juste valeur, sans son ni image décents, la musique de ce groupe très teintée 70’s. A redécouvrir dans d’autres conditions !

 

 

Les rageux avaient prévenu, avec Axl, AC/DC arrivera sur scène avec 2 h de retard. Alors que les gradins et la pelouse se blindent, c’est pourtant à 20h45 pétantes que l’intro démarre, cette vidéo spatiale très fun qui voit AC/DC s’écraser sur terre, là, devant nous, sur scène. Les premiers accords de « Rock or Bust » emplissent alors le stade, et les deux questions existentielles qui hantaient l’esprit des spectateurs depuis quelques jours trouvent réponses : Angus Young porte son costume bleu, et Axl a toujours le pied gauche dans une attelle le contraignant à rester assis. Alors que certains groupes démarrent leurs shows à 2000 à l’heure, AC/DC sur cette tournée commence à la cool, limite plan-plan. Axl n’est pas trop sollicité sur ce titre. Visage dégagé, cheveux au vent, sur son axelmobile à roulettes, devant l’avancée qui permet à Angus de s’approcher du public de la « pelouse Or », il assure son rôle de remplaçant mi-humain, mi-Dalek. Mais dès le deuxième titre, « Shoot to thrill », se produit alors ce que chaque fan présent ce soir espérait. Personne ne souhaitait bien évidemment l’absence de Brian Johnson. Il est dans tous les esprits. Et Axl n’a ni sa voix, ni celle de Bon Scott, l’idôle des (moins) jeunes. Mais il donne ce que l’on attendait de lui : le frisson ! Dès cet instant, c’est gagné pour lui. Malgré un son très (trop?) aiguë, AC/DC joue à nouveau en accordage standard, un poil plus rapidement que l’année dernière, et ce que le groupe perd en précision, il le gagne en énergie. Bien sûr, Cliff Williams (basse) et Steve Young (guitare rythmique), jouent toujours au fond de la scène, de part et d’autre de la batterie de Chris Slade, et ne s’avancent que pour assurer les choeurs. Mais la STAR, celui qui virevolte sans se soucier de ce qui se passe derrière lui, malmenant sa Gibson, jouant avec le public, c’est Angus. Celui qui paraît si vieux et rabougri en interview, et si jeune et gigantesque sur scène. La première moitié de la soirée reste assez conforme aux shows que le groupe donnait avec Brian. « Hell Ain’t A Bad Place To Be », « Back In Black », « Got Some Rock & Roll Thunder », « Dirty Deeds Done Dirt Cheap », « Rock ‘N’ Roll Damnation », « Thunderstruck », « High Voltage », « Rock ‘N’ Roll Train » et « Hells Bells », AC/DC enquille les standards, avec un avantage certain aux titres de Brian (7) contre ceux de Bon (4). Axl n’est pas arrivé dans le groupe par hasard, c’est à la base un fan, mais surtout de la période « Bon scott » dont il se sent plus proche du registre. Curieusement, il s’avère plus respectueux du répertoire de Brian, et s’astreint à le reproduire au mieux, avec un talent… bluffant. Malgré tout, malgré cette application et le talent d’un Axl qu’on ne se souvient pas avoir entendu aussi en voix, l’ensemble est presque trop respectueux et il manque un peu de folie. Axl sait que tout un stade guette le moindre faux-pas de sa part, comme il scruterait du regard la prestation d’un funambule œuvrant sans filet. Alors oui le frisson est là, mais on attend plus ! Et puis soudain le concert bascule. La cloche rangée backstage, le groupe se lance dans une interprétation de « Given the dog a bone » que l’on qualifiera d’« à la one-again », mais qui fait diablement mouche ! Un souffle rock’n’roll transperce alors le Nouveau Vélodrome, et ne fait que croître ! « If You Want Blood (You’ve Got It) » joué pour la première fois depuis 2003, et l’on se demande s’il n’y a que les vieux cons présents ce soir pour comprendre la logique du choix d’Axl… « Sin City » et le solo d’Angus avec….sa cravate !, « You Shook Me All Night Long », « Shot Down In Flames », « Have A Drink On Me », « T.N.T. » et les « Oïe ! » d’Angus au micro, « Whole Lotta Rosie » et « Let There Be Rock» ! Cette partie du concert est tout Bonne Mère, pardon, tout bonnement « phénoménale » ! Axl entame « Whole lotta Rosie » très bas pour pouvoir envoyer salement un « You could say she’s got it all !!!!!! » ultra puissant de folie au moment même où les écrans géants captent le visage radieux de Cliff Williams. Quant à « Let there be rock », ce titre est LE morceau qui clôture le show et permet à Angus de les enterrer tous, avec son solo sans fin sur un promontoire au milieu de public, sous une pluie de confettis. Puis enfin, alors que tous les membres du groupe ont disparu – est-ce une allégorie ? – Angus surgit sur le mur d’amplis qui orne le fond de la scène pour un final en solo, qui nous ramène à l’album live « If you want blood ». Cela fait deux heures que le diablotin bleu ensorcelle la foule. Une foule subjuguée, une armée d’adorateurs, une communauté de fans heureux, transportés. Enivré, le stade réclame un rappel qui ne tarde pas à venir.
 
 
C’est tout d’abord « Highway to Hell » dont le refrain est repris en choeur par 60 000 gorges déployées. Impressionnant ! Puis un « Riff Raff » endiablé (sans jeu de mots !) scotchant de dynamisme après plus de deux heures quasi ininterrompues de rock’n’roll, et enfin l’indéboulonnable « For those about to rock » et ses canons assourdissants. Welcome acouphènes, solidarité avec Brian. 2H15 de show avec moins de temps morts que lors des dernières tournées, la messe est dite. Le Nouveau Vélodrome se vide doucement. Les cornes clignotent longtemps sur les boulevards adjacents (le lendemain à l’aéroport de Marignane, des passagers erreront toujours les cornes sur le crâne).
Que dire de ce show sinon que les absents auront eu tort ? Tout d’abord, Angus confirme son statut de demi-Dieu. Ce type est incroyable. On dirait un lapin duracell sous ecstasy ! Pendant plus de deux heures, il est intenable. Ferait-il n’importe quoi (enfin, c’est ce qu’il fait de temps en temps), que la foule continuerait à l’acclamer. « Angus ! Angus ! Angus ! ». C’est simple : AC/DC = Angus. C’était vrai avant, ça l’est encore plus aujourd’hui. Ensuite, les 60,000 fans présents ont passé une soirée de rêve. Ils ont acclamé le groupe sans cesse, tapé des mains, des pieds, chanté, repris les refrains en choeur, et clignoté des cornes ! Ils ont jugé sur pièce les capacités du chanteur remplaçant, et objectivement, pour son troisième concert avec les boys, Axl a réussi haut la main son examen de passage français. Un concert ne se juge pas sur youtube a posteriori, ni après quinze visionnages d’une vidéo enregistrée sur un téléphone portable. Il se vit dans le moment présent. Il se frissonne. Les fans ont frissonné au Vélodrome, et le mistral n’y était pour rien.
Contraint à la position assise, Axl Rose a assuré. Quoi qu’on pense du personnage dont le passé est certes loin d’être irréprochable, sa prestation aujourd’hui à Marseille ne souffre aucune critique. Il n’en a pas « trop fait », il s’est mis au service du groupe et a fait honneur à son répertoire, qu’il s’agisse de celui de Bon Scott (12 titres) ou de Brian Johnson (11 titres). On lui doit sans aucun doute le passage de la setlist à 23 titres, contre 20 à Paris l’année dernière, et le retour de plusieurs morceaux de l’ère Bon Scott. Bien qu’assis, il n’a eu de cesse de bouger sur son siège, de manifester un groove certain, d’accompagner les paroles des chansons de gestes opportuns. Alors bien sûr il a changé deux fois de chapeau et de bandana, et mis ses lunettes de soleil à deux reprises même s’il est permis de se demander s’il ne s’agissait pas simplement de lunettes de vue nécessaires pour lire les prompteurs sur les titres les plus récents avec lesquels il est moins familier… Son interprétation a été d’une grande justesse, et d’une grande clarté. Enfin des paroles intelligibles sur tout un show ! Malgré son attelle, il a tapé des pieds pendant plus de deux heures. Axl Rose, au service du groupe, l’égo dans la poche, donne indubitablement un coup de jeune à AC/DC. Mais ce qui impressionne le plus, c’est le magnétisme qui se dégage de sa personne. Même assis. Alors que Brian s’est souvent caché sous la visière de sa casquette, Axl regarde son public droit dans les yeux et tend son visage vers la foule. Il s’offre au public. Cet homme irradie en permanence. Après l’avoir entendu chanter dans AC/DC pendant plus de 2 heures, la décision de l’adjoindre au groupe paraît d’une telle logique. Avec Axl au micro, le groupe joue en sécurité : Angus n’a ni à le chaperonner ni à garder l’oeil sur lui. Ce n’est que leur troisième show ensemble, et la paire fonctionne sans accroc. Axl n’a pas peur de se retrouver devant 60,000 personnes. Il s’offre à elles. Et elles lui mangent dans la main. Et pendant ce temps Angus fait son show sans se soucier de quoi que ce soit. Deux parfaits contrepoints. Tout est neuf mais paraît tellement rodé. Plus encore, Axl est une STAR tout autant qu

 

‘Angus. Ce que n’a jamais été Brian, qui bien qu’ayant été le chanteur d’AC/DC pendant 36 ans, et ayant oeuvré sur le deuxième album le plus vendu de tous les temps, a toujours eu cette humilité qui l’a préservé de ce statut parfois lourd à porter. Axl a bâti sa réputation sur son talent autant que sur ses frasques et son ego. En remplaçant de luxe, faisant preuve aujourd’hui d’une humilité insoupçonnée, il n’a pas à craindre de se produire dans l’ombre d’Angus. Il fait jeu égal avec lui, et semble y prendre un tel plaisir ! Un plaisir d’enfant. Pendant « Riff Raff », on l’a senti émerveillé de jouer ce titre, qu’il reprend si souvent, avec l’idole rock de sa jeunesse. Après ce concert, il apparaît évident que le groupe se devait de trouver un remplaçant de cette stature pour équilibrer une scène si grande. Finalement, ni le groupe ni Axl n’auront pris de risque en collaborant. En revanche, s’il est manifeste que l’idée d’un prochain album studio d’AC/DC avec Axl au chant laisserait assez perplexe, le retour de Brian au chant pour de futures prestations live à près de 70 ans – après ce lifting contraint et subi par le groupe – risquerait de décevoir ceux qui auront été témoins de cette tournée historique…. qui aura dynamité la bande à Angus ! L’avenir reste à écrire.

Quant à ceux qui soutiennent que le groupe aurait mieux fait d’arrêter, il valait mieux pour eux qu’ils ne croisent pas les 60,000 personnes qui étaient à Marseille ce soir ! 60,000 personnes qui éclatent de rire en même temps, ça doit être impressionnant !

 

 

 

 

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