AUDREY HORNE "Blackout" (2018)

Audrey Horne est originaire de Norvège, un pays plus célèbre pour ses élevages de saumons et le black metal que pour ses chemises de garçons de café et ses poulpes. Il n’aurait donc pas été choquant de découvrir en toute logique un salmonidé affublé de corpsepaint sur la pochette du tout nouvel et sixième album des petits gars de Bergen. Oui mais, c’était sans compter sur l’humour décalé d’un groupe dont la musique ne l’est pas moins en 2018. Si le groupe s’est très tôt cristallisé autour de Kjetil Greve (batterie), le duo de guitaristes Ice Dale et Thomas Tofthagen, et Toschie (chant), le line-up ne devient définitif qu’en 2012 avec l’intégration de Espen Lien à la basse. C’est à cette époque, celle du quatrième album « Youngblood », qu’Audrey Horne établit une direction musicale dont il n’a toujours pas dévié, celle d’un hard-rock indubitablement très 70’s, où chant clair époumoné et refrains chantants partagent l’espace avec des guitares mélodiques faisant feu de tout bois, une basse vrombissante et une batterie métronomique. Et toujours l’envie et le plaisir (communicatifs) mixés au premier plan. On imagine sans mal les deux gamins Ice et Thomas séchant les cours lors de leurs premières années de collège, « La guitare pour les nuls » glissé sous le manteau, s’enfuyant au travers d’une sombre et lugubre forêt de pins immenses (les clichés sur la Norvège ont la vie dure – ndr), finissant leur cavale dans une cabane en rondins de bois (les clichés, toujours – ndr) sur les murs de laquelle ils placardent à jamais les trois pages du chapitre « Play twin guitars like Thin Lizzy and Iron Maiden », le reste du livre partant au feu. Car si Audrey Horne ne change pas depuis 2009, sa musique ne varie guère plus d’un titre à l’autre. Et pourtant, subtilement, « Blackout », la cuvée 2018, représente une petite révolution. Alors que le groupe se cherchait, restant toutefois très intéressant dans toutes ses explorations, jusqu’au merveilleux troisième album éponyme (2010), le revirement est total avec « Youngblood » (2013), encensé par la critique pour son énergie digne de celle des grands groupes à double guitares des années 70. En 2014, « Pure Heavy » enfonce le clou. Mais à chaque fois, le groupe avance tel un funambule sur le câble étroit séparant l’hommage de la copie. On reconnaît ici les emprunts à Kiss, là ceux à Whitesnake, et un peu partout ceux à Thin Lizzy. Mais l’ensemble est toutefois fait avec suffisamment de talent et d’envie pour que ça passe. Avec « Blackout », Audrey Horne passe définitivement un cap. Le groupe s’est suffisamment approprié le style pour que les emprunts ne transparaissent (presque) plus. Si les refrains sont toujours aussi efficaces, les couplets et mélodies font jeu égal avec eux sans que l’on pense au plagiat. Le groupe s’est trouvé. Le style n’est pas original, c’est sûr – et à ce titre l’auditeur quadra ou quinqua est en terrain connu -, mais les compositions le sont dorénavant totalement. Plus ça change et plus c’est la même chose, dit-on. Avec « Blackout », on peut sans se tromper dire que moins ça change, et plus c’est différent. Des morceaux assez courts, tournant autour de quatre minutes, un groove de chaque seconde, des riffs et des solos qui jaillissent de tout bord, un chant que l’on ne peut se retenir d’accompagner, l’envie irrépressible de taper du pied… En dix titres, « Blackout » incite à mettre de côté ses questions existentielles, à s’abandonner dans la musique, à se laisser porter par ses mélodies anachroniques, surannées, mais transcendées et remises au goût du jour avec maestria. Audrey Horne met la joie en musique. Le metal n’as pas tué le hard-rock. « Blackout » d’Audrey Horne en est la preuve éblouissante ! (8,5/10)

Audrey Horne
BLACKOUT
Napalm Records
Sorti le 12 janvier 2018

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3 réflexions sur “AUDREY HORNE "Blackout" (2018)

  1. Décalé c'est le moins que l'on puisse dire. Anti-conformiste dans l'univers de Bergen certainement. J'avais beaucoup apprécié Young Blood ainsi que leur prestation au Raismes Fest.

    Je n'ai guère de souvenir de Pure Heavy que j'avais du reste écouté, mais je ne manquerai pas de jeter une oreille à ce nouvel opus.

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