Le monde qu’on nous a fait miroiter n’est pas celui qu’on nous a construit.

C’est il y a bien longtemps, au siècle dernier, en 1995 ou 1996, que je pris mon premier abonnement à internet. Via Club-internet. La joie de pouvoir accéder une quinzaine d’heures par mois au monde entier. C’est marrant – aujourd’hui – de se remémorer ce monde. C’était il y a une grosse vingtaine d’années, et ça donne l’impression d’être la préhistoire. J’étais sous windows 95, après quelques temps sous la version 3.1. On savait alors encore pourquoi « Windows » s’appelait comme ça. Et je ne parle pas du bruit du modem accompagnant chaque connexion… J’ai fait de belles rencontres sur la toile des années 90, à discuter de comics avec des « amis virtuels » américains, anglais, australiens, et même  (incroyable) un français ! Il faut dire qu’on parlait beaucoup dans le vide alors. Les premiers sites faisaient leur apparition, de belles pages figées, avec des images fixes en couleurs, et des liens hypertextes.

Pour discuter entre amis, on échangeait par courriels. Ou par liste de diffusion. Et puis il y avait les forums. C’était sympa, ça, les forums, avec leur arborescence. Il fallait les trouver, et puis on s’y sentait tout de suite en famille. On avait réponse à tout. Une encyclopédie humaine.

Rapidement, les utilisateurs se sont multipliés. La croissance d’internet était exponentielle, phénoménale. Le petit cercle familial et amical des débuts est vite devenu plus impersonnel.

Jusqu’à ce que surgissent « les trolls » (même si naïvement on ne savait pas vraiment qui ils étaient).

Je me souviens à l’époque avoir discuté avec un cousin par alliance, ingénieur de métier. Plus jeune que moi. Quand je lui parlais d’internet et des possibilités d’échanges extraordinaires qui allaient en jaillir, notamment par les forums, il avaient des mots très durs. Avec ses collègues « instruits », ils considérait cette toile mondiale comme un outil de savoir. Et lui de me prédire que les forums allaient être parasités par l’arrivée de gens débiles ayant un avis sur tout, sûrs d’eux, imposant un nivellement par le bas… Comme j’étais terriblement contre cette conception élitiste du système, comme il était visionnaire !

On y est. Les réseaux sociaux sont nés. Je me souviens m’être inscrit sur facebook à sa création sur les conseils d’un ami qui trouvait ça formidable, alors que je n’en voyais pas l’intérêt…. une fois encore, il y avait si peu d’utilisateurs. MSN régnait sur les discussions du quotidien.

Aujourd’hui, le nivellement par le bas est là. Le café du commerce et son nectar équitable s’est emparé de la toile, de nos discussions, de nos états d’âme, de notre quotidien… Du pain et des jeux 3.0. L’empire des rageux, des contestataires, des « mon avis est plus avisé que le vôtre ». Et la société de consommation aussi. « Râle ! Achète ! », c’est le nexus de FB.

Je ne sais pas où mon cousin discute avec ses collègues aujourd’hui. Peut-être Facebook a-t-il phagocyté et rassemblé tous les « je parle pour ne rien dire »… Peut-être existe-t-il un autre endroit, plus civilisé, plus civil, où les gens discutent en se respectant, échangent en s’écoutant, et partagent leur intelligence. Je rêve sûrement….

C’est d’autant plus frustrant que FB m’a fait faire de belles rencontres, que j’ai lié de vrais liens d’amitié avec des personnes que la « vraie » vie ne m’aurait jamais fait rencontrer. A tel point qu’aujourd’hui j’aimerais tellement jeter l’eau du bain en gardant le bébé.

Etre et avoir été… Savoir et avoir su….. Comprendre et ne plus pouvoir se faire comprendre…

Je m’inquiète pour l’avenir, pour les plus jeunes d’entre nous qui dépendent de ces réseaux, aussi divers soient-ils. Je sais bien qu’il faut vivre avec son temps, que je n’ai pas à faire mon Don Quichotte, mais on est passé à côté de quelque chose, comme si notre rêve et notre bien-être avaient été subtilisés par la finance, la société de consommation, le gain, le profit… La fin justifie les moyens, toujours. Et entretenir les tensions et les animosités est le meilleur moyen de contrôler la population, car elles sont tout sauf constructifs.

Quand j’étais jeune (Hé ! Je le suis toujours !), le fameux AN 2000 nous faisait rêver, c’était un cap, « le monde du futur », on volerait en voitures volantes, la paix régnerait dans le monde, on n’aurait plus besoin de travailler, des robots seraient à nos côté, nous nagerions dans le bonheur. On lisait 1984 d’Orwell avec horreur et dégoût en se disant que jamais une telle société n’existerait…

Naïfs…

Déçus…

Tristes…

Malheureux d’avoir le sentiment d’être passé à côté de quelque chose,

Que nos rêves aient été dévoyés…

Vivre dans une société d’illusions, entretenus par/dans l’obscurantisme numérique…

Mais pas résignés. Pourtant ce serait si simple.

 

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