STEVEN WILSON "To the bone" (2017)



Comme il paraît loin (comme il EST loin) le temps où la carrière de Steven Wilson au sein de PORCUPINE TREE paraissait rectiligne. Le Harry Potter lunaire au carré impeccable poursuit depuis 2008 un chemin solo balisé de contre-pieds, de zigs et de zags, et balance « To the Bone », un cinquième album qui le voit tout chambouler : son style, sa maison de disques, ses collaborateurs. Tout sauf sa mise en plis. La meilleure façon de ne pas se répéter, et d’éviter les jugements à l’emporte-pièce à l’aune de ses productions passées justement encensées. Comment faire mieux que « Hand.Cannot.Erase » ? En faisant comme s’il n’existait pas. En repartant de rien. Apparemment, au moins. Dans « To The Bone », on trouve du programming à outrance, des boucles, de l’énergie… mais POP cette fois ! L’artiste ne joue plus la carte de la démonstration, mais ses chansons techniquement épurées s’imposent tout autant à l’auditeur. Avec la même force. Less is more. Faisant du mieux l’ennemi intime du bien. Ici les styles se télescopent, se percutent, s’affrontent sans vainqueur, et l’auditeur est ballotté comme la boule d’un flipper allant de bumper en bumper. Tour à tour lourd, groovy, majestueux (Quels arrangements !), léger, rythmé par une batterie la plupart du temps binaire,… l’album du bien-être, du cerveau en veilleuse. L’album de l’été dont le principal défaut est de sortir fin août. Quelle idée… « To the bone » est moins exubérant, moins audacieux, moins technique, moins mémorable que son prédécesseur. Qu’en restera-t-il dans quelques mois ? Des morceaux assez radiophoniques, qui s’écoutent comme on écouterait…la radio, mais aussi d’autres plus ambitieux, plus enthousiasmants, qui attirent la curiosité et captent l’attention. « Hand.Cannot.Erase » offrait un voyage, laissant à son terme l’auditeur dans un ailleurs. Ce nouvel album est plus une succession de chansons, dont certaines auraient pu servir d’interludes s’il s’était agi d’un concept album, mais qui ici tombent parfois à plat, voire pourraient sembler inutiles (« Blank Tapes »). L’album est hétérogène, quelques hauts points, des bonnes idées, de la nouveauté, de l’inutilité (très peu)… mais heureusement suffisamment différent du précédent pour éviter tout comparaison. Curieux de voir comment « Permanating » s’insérera en live… au milieu des ambiances sombres et torturées qui sont l’apanage de Wilson. « To the bone » est un album varié, comme à l’habitude très personnel. Surprenant aussi, car la musique de Wilson est rarement apparue aussi ostensiblement légère. « Chassez le naturel, il revient au galop », dit-on. Sûrement, car passées les deux premières chansons très pop et lumineuses (« To the bone » et « Nowhere now ») co-écrites avec Andy (XTC) Partridge, Steven Wilson frappe des étriers et revient en terrain connu avec « Pariah » qui sonne comme un leftover de son précédent album. Mais que deux ou trois titres un peu moins surprenants ne gâchent pas la fête. Cet album est – souvent – de très haut vol. Moins cataclysmique émotionnellement que le précédent, mais la barre était placée tellement haute. Malgré tout, comment résister à « The same Asylum as Before » et ses sensations zeppeliniennes ? A son solo sorti tout droit des 80’s ? So groovy ! A « Refuge », véritable montagne russe émotionnelle ? A « Permanating », pure sucrerie placée au cœur de l’album, qui sous ses allures de figure de style transpire la frivolité pop ! Au nerveux « People who eat darkness » sur lequel Wilson s’empare de la basse et s’arrache les cordes vocales ? A « Song of I », hymne électro organique à l’amour et invitation à l’abandon ? Ou encore à ce « Song of Unborn » qui clôt l’album majestueusement en arrachant quelques larmes à votre serviteur… « To the bone » est un album lumineux malgré quelques thèmes sombres comme l’est notre époque. Un album qui, malgré les références invoquées par l’auteur (Kate Bush, Peter Gabriel, Talk Talk, Tears For Fears – tous ceux dont le hard rockeur de 1980 ne voulait pas entendre parler) s’apprécie pleinement sans en connaître ou en apprécier les sources d’inspiration. Parce que nous sommes en 2017. Parce que la musique n’a jamais été aussi « open ». Parce que comme le chantait Britney Spears, Steven Wilson « did it again ». Parfois il ne rime à rien de chercher à comprendre. Quand la musique se suffit à elle-même, il faut l’ECOUTER, tout simplement. Steven Wilson a ce talent, et il le démontre une nouvelle fois. « To the Bone » est un album qui se savoure jusqu’à la moelle.

Steven Wilson
« To the Bone »
SW record – Caroline

Sorti le 18 août 2017

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