MASS HYSTERIA "Matière noire" (2015)

 
 
L’avantage de chroniquer pour l’écrit plutôt que la radio, c’est pour votre serviteur de parvenir à faire son job alors même que l’album auquel il s’attaque vient de lui fracasser la mâchoire. KO debout, sonné par « Matière Noire », huitième album des furieux de MASS HYSTERIA. Si le précédent album, « L’Armée des Ombres », avait tout retourné sur son passage, le groupe lâche ici totalement prise et explore avec méthode et violence le côté le plus sombre de son identité musicale. Cette matière noire, l’un des grands mystères de l’univers, ce sont ces riffs puissants, nerveux, mécaniques, qui entraînent tel un rouleau compresseur tournant au propergol les six premiers titres de l’album. Des riffs habillés de samples variés qui en accentuent l’aspect hypnotique, mais aussi enrobés d’une section rythmique remarquable qui sait se faire groovy, lourde ou épileptique. Jamais le son, que l’on doit une nouvelle fois à Fred Duquesne, désormais guitariste au sein du groupe, n’aura été aussi ostensiblement metal. La matière est noire mais le groupe n’y cache pas ses intentions. Dès le speedé « Chiens de la casse », la messe est dite et même Stephen Hawking y perdrait son latin. « Matière Noire » enchaîne alors les brûlots, dans une ambiance homogène d’où chaque titre émerge pourtant : « Vae Soli ! » et ses samples d’harmonica, « Vector Equilibrium » et son passage thrash mémorable parfaitement assumé, « Notre complot » qui alterne vitesse et lourdeur, « L’espérance et le refus » (qui a sonné le glas de ma mâchoire), et « Tout est poison » qui s’achève en une réminiscence du « One » d’un certain groupe de San Francisco. Bim ! A ce moment là, nothing else (black) matters ! Si le rythme, mais pas la qualité, retombe un peu alors, c’est pour mieux finir dans un florilège de ce que MASS HYSTERIA fait avec maestria, du rock (« Matière Noire »), de l’émotion (« Mère d’Iroise »), et de l’hymne en puissance pour enflammer les prochaines setlists (« Plus que du metal »). Mais cette matière noire n’est pas que musicale. Il faut se pencher sur les textes ciselés concoctés par Mouss et dont la lecture du livret dévoile toutes les subtilités lexicales, pour comprendre de titre en titre que l’on n’est pas loin du concept album. « Chiens de la casse, sans-dents, parias,…» l’immense masse des citoyens silencieux constitue cette matière noire hétéroclite, « manquante dans la balance », et il ne tiendrait qu’à elle, non pas de se rebeller, mais de se « révolter » positivement, avec « la joie comme vengeance », pour que « l’intelligence éclate au grand jour », une « énergie libre ». MASS HYSTERIA invite cette matière noire à la prise de conscience. Cet album est un hymne à la citoyenneté, dans sa diversité (« Soyons tous ensemble, restez comme vous êtes, le combat est dans la tête »). A ce titre, « Matière Noire » est un album plus engageant qu’engagé. Un album humaniste. Evoquant les 20 ans du groupe, Mouss chante avec justesse sur « Notre Complot » : « Partis avec presque rien, il nous en reste encore ». Avec cet album dévastateur et intelligent, MASS HYSTERIA démontre avec brio que la « matière noire » naît de la matière grise.
 
MASS HYSTERIA
« Matière Noire »
Verycords
 
Sorti le 23 octobre 2015  

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